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Comment exorciser les fantômes qui réclament justice?

Il semblerait que certains citoyens et citoyennes, victimes des abus du pouvoir en place, aient invoqué leurs «loa», en quête de justice. Coïncidence ou superstition, des fantômes, en uniforme, envahirent les rues de Port-au-Prince. Armés jusqu’aux dents, ces hommes et femmes encagoulés se réclamèrent de la Police nationale. Après plusieurs démonstrations de force, ils voulurent contraindre leurs supérieurs à accepter leur mouvement, sous forme de syndicat. Et pour montrer qu’ils étaient prêts à tout, pour atteindre leurs objectifs dévoilés, ils mirent le feu aux précieux stands du carnaval. Selon la logique, on ne saurait pas avoir un «Mercredi des Cendres» sans un Mardi Gras, en feu. Une telle approche allait choquer nos dirigeants politiques qui considéraient les tentatives de boycotter un carnaval, comme des sacrilèges contre la fierté d’une nation qui n’avait que seulement 3 jours, pendant toute l’année, pour célébrer sa fierté culturelle.

En guise de trêve, ces Fantômes 509 allaient affronter une armée (de zombis) qui avaient pour mission de protéger avec leurs vies, les espaces sacrés, dédiés aux célébrations carnavalesques. Après plusieurs heures d’échanges de tirs mortels, les bilans ont convaincu les deux parties de se replier. Ce fut un retrait tactique et stratégique des fantômes qui avaient décidé de s’attaquer de préférence, à des cibles non protégées. Et après plusieurs semaines de casses et de troubles, le CSPN céda aux pressions des policiers fantômes. Les concessions, sous forme de promesses, avec le support d’un arrêté ministériel, allaient donner du temps au gouvernement pour désamorcer la crise. Ce fut une grande première victoire, pour un nouveau premier ministre qui se vante d’être un expert dans la résolution de conflits par la dialectique.

Ni les promesses de prêts de l’ONA, ni les jeux de «Good cop, Bad cop» du premier ministre jouant le rôle de «bouche douce» et son ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, jouant celui de dur à cuir avec ses déclarations parfois bien épicées, ni les 6 chars blindés, ni les menaces d’arrestation ne purent freiner ces fantômes motivés qui réclamaient justice à tout prix. Eureka! Un des conseillers politiques sembla avoir trouvé la vielle formule de Jules César: «Diviser pour régner». Voilà: au sein de la PNH, plusieurs groupes de policiers veulent créer leurs propres syndicats. On ne parle plus d’un seul syndicat qui défendrait les intérêts des policiers de l’État haïtien, tout en les protégeant des poursuites civiles pour leurs propres exactions. On s’attend à des regroupements syndicaux, par unité des forces publiques, par division géographique voire par affinités. Le SPNH n’est plus un concept unique. On verra probablement, JSPNH pour les policiers de Jacmel ou de Jérémie, USPNH pour les agents de l’UDMO, etc.

Souvent, on entend dire que la police est l’auxiliaire de la Justice. Quand on voit le bras de fer entre les membres des entités qui sont formés et payés pour protéger le peuple, on doit se demander qui défendra le peuple, en cas de danger? Les réclamations de meilleures conditions de travail, de meilleures compensations de ces jeunes hommes et femmes qui patrouillent nos rues sales, étroites et dangereuses, pour affronter les bandes criminelles parfois mieux armées qu’eux, méritent une attention particulière. Le gouvernement, à travers le CSPN, doit diligenter des négociations sérieuses, pour arriver à une solution pacifique à cette crise avec les policiers syndicalistes: les Fantômes 509. Les menaces et les promesses vides ne feront qu’aggraver la situation dont les actuels bénéficiaires sont les bandits qui règnent en toute impunité dans certains quartiers populaires. En même temps, les nuisances, casses et mises à feu des biens publics et privés risquent de les faire prendre pour de vrais fantômes qui mériteraient d’être exorcisés injustement.

La motivation nécessaire à l’exorcisme permanent de ces fantômes frustrés et endiablés se trouve dans les coffres des trésors publics. Leur baptême se fera aux locaux de leur syndicat avec leurs familles: époux, épouses et enfants, sourires aux lèvres, grâce à un futur plus prometteur. Rappelons aux dirigeants décideurs dans cette affaire, que les pertes actuelles, en biens et en vies, causées par les kidnappings et crimes organisés coûtent bien plus chers à la société, comparées aux efforts pour répondre partiellement et graduellement aux exigences de ces Fantômes. Ainsi, après l’acquiescement de l’État à leurs justes revendications, ils redeviendront, sans doute, ces policiers, libres de toutes frustrations, de tout esprit destructeur. Qui sait si, bientôt, on ne parlera plutôt que des Protecteurs 509, en lieu et place des Fantômes 509?

Rodelyn A.

Ecrivain, poète

Journal Haïti Progrès

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