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Haïti-Culture: le tourisme et le patrimoine, deux secteurs inexploités

En Haïti, on évoque généralement la question du tourisme lorsqu’il y a carnaval et rara, deux manifestations culturelles très populaires en Haïti. Ces deux manifestations, dans des périodes bien spécifiques, sont-elles suffisantes pour parler d’un secteur touristique en Haïti? Quel traitement accordé aux sites patrimoniaux ou au patrimoine culturel en Haïti?

Les sites patrimoniaux et les lieux de conservation des biens culturels, notamment les musées et les centres d’arts, sont le moteur dans le secteur touristique, le bon tourisme ou le tourisme culturel, si on veut reprendre le thème de Saskia Cousin. Le tourisme, il faut le reconnaître, peut avoir de graves conséquences, dont la destruction de tout un lieu, s’il est mal encadré. Toutefois, il est clair qu’il est, pour certains pays, une source de revenus et a une grande importance dans le PIB, génère, entre autres, de nombreux emplois directs et indirects. Or, en Haïti, ce secteur est mécompris et s’approprie mal par des personnes et agences qui le résument aux visites de quelques sites patrimoniaux, la Citadelle Laferrière, le Palais Sans-souci, etc. De plus, l’État haïtien et le secteur privé ne s’engagent pas dans leur valorisation, en vue d’attirer des touristes internationaux et locaux.

Il suffit de faire un tour en Haïti pour comprendre le mépris de l’État pour son patrimoine, des héritages laissés par nos ancêtres. En effet, sans vouloir lister les patrimoines négligés du pays, nous pouvons, en quelques exemples, mettre à nu cet État sans aucune conscience de la valeur symbolique du patrimoine, et tenter de comprendre comment ce dernier peut participer à construire une identité culturelle aussi forte. Cet État insouciant de la culture, en général, et du patrimoine en particulier, laisse périr un ensemble de patrimoines «bâtis» les plus symboliques, par rapport à leur importance dans notre histoire de lutte pour l’indépendance. Il s’agit, entre autres, des forts Jacques et Alexandre, situés à Fermathe; la grotte Marie-Jeanne, la plus longue de la Caraïbe (Port-à-Piment); les forts des Oliviers (Saint-Louis du Sud). Il ne faudrait pas oublier de mentionner la négligence de l’État qui a laissé incendier, ce 13 avril 2020, la Chapelle royale de Milot, classée Patrimoine mondial de l’UNESCO, qui fut construite entre 1810 et 1813.

La valorisation, la protection et la bonne gestion de notre patrimoine culturel pourraient contribuer au développement socio-économique, si l’État et le secteur privé s’entendaient pour faire du tourisme un secteur de rentabilité économique. Ce qui sans doute favoriserait un développement local, et même de l’autonomie fiscale et financière de certaines collectivités territoriales. Pour cela, l’implication des élus locaux dans ce processus serait très importante, pendant que l’État et le secteur privé, en raison de nos potentialités liées au climat, nos biens culturels, notre gastronomie, nos monuments et sites, etc. investiraient dans ce secteur très prometteur pour l’économie nationale. Si le tourisme et le patrimoine ne sont pas les priorités de l’État, à quoi servent les institutions ISPAN, BNE, Ministère de la Culture, Ministère du Tourisme et de l’Industrie, et l’ensemble des cadres juridiques nationaux et internationaux ratifiés au sujet de la protection en général du patrimoine culturel, naturel, etc.?

Job Pierre Louis

jobpierrelouis.kas@gmail.com

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