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La sensibilisation contre le COVID-19, l’affaire de tous, mais…

«Le virus frappera et frappera fort. La situation va s’aggraver. Tout ce qu’on peut faire, pour le moment, c’est d’arriver à retarder sa propagation. L’État n’a pas la capacité de tout prendre en charge, face à ce qui s’en vient. Tout le monde doit s’impliquer et assumer ses responsabilités», a recommandé le recteur de l’Université Quisqueya. Il affirme qu’il faut commencer par lutter contre ce qu’il appelle «la stigmatisation violente», manifestée à l’égard des gens infectés par le coronavirus dans le pays, qui vont être considérés comme des «dangers» pour la communauté; ce qui, selon lui, va provoquer des réactions violentes par rapport aux malades ainsi qu’aux centres hospitaliers qui les reçoivent, craignait le professeur, prévoyant également la survenue de cas de «stress respiratoire» dans les espaces hospitaliers qui ne pourront pas prendre en charge tout le monde.

Nombreux sont les artistes haïtiens qui ont mis la main à la pâte, pour sensibiliser la population sur les dangers que représente la pandémie du coronavirus. Le chanteur Jean-Jean Roosevelt s’est lui aussi engagé dans ce combat qui nous concerne tous. D’abord, avec sa dernière composition de sensibilisation titrée «Kowona», mais aussi avec ses actions comme influenceur de l’UNICEF et mille et une initiatives auxquelles il prend part. «Kowona» de Jean-Jean Roosevelt est l’une des toutes premières chansons avec pour sujet la lutte contre le coronavirus, sortie pendant la période de prolifération de cette pandémie. Ce morceau entraînant, sur l’air du tube très connu «DjaDja» de la chanteuse Aya Nakamura, roule en boucle sur diverses stations de radio, depuis déjà plusieurs jours. Cette composition, qui dans un premier temps devait être un simple spot d’information sur le COVID-19, selon les dires de Jean-Jean, s’est vue rapidement transformée en une chanson de sensibilisation. «L’idée était surtout de faire passer un message, afin de sensibiliser le plus de gens possible, parce que cette lutte concerne le monde, dans son ensemble», a affirmé l’artiste qui croit que tous ensemble, nous pourrons combattre le coronavirus et même l’éradiquer. Jean-Jean Roosevelt a aussi lancé une campagne dans les régions les plus reculées du pays, pour étendre la sensibilisation le plus loin possible. «La communication autour des dangers de la pandémie reste limitée autour des grandes villes. Il y a ces milliers d’habitants dans les milieux ruraux qui ne sont point informés des risques de cette épidémie car les messages n’arrivent pas jusqu’à eux», indique l’artiste. Ainsi, il a lancé une campagne à Lafite, une section de la commune d’Abricots, dans le département de la Grand-Anse d’où il est originaire.

Les étudiants de la Faculté de génie et de la Faculté de médecine de l’Université Quisqueya (UniQ), de leur côté, ont entrepris des initiatives, dans le cadre de leur mission de service communautaire, cherchant à sensibiliser la population au risque de propagation du coronavirus. «Ils ont produit des spots de sensibilisation et de formation, en appui au Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), à propos du coronavirus. Ils font également de la sensibilisation au niveau de la zone de Turgeau (où résident environ 300 000 habitants). «Les étudiants de la Faculté des sciences, de génie, installent des kits stérilisés de lavage des mains, au sein de l’université et au niveau du quartier», s’est enthousiasmé le professeur Jacky Lumarque, recteur de l’université. «Nous allons également le faire dans les quartiers de La Saline, de Carrefour-Feuilles, et peut-être à Petit-Goâve. Nos moyens sont limités, quoiqu’il y ait beaucoup de demandes», a soutenu le recteur, insistant sur l’importance du lavage des mains, dans le cadre de la mobilisation contre la propagation du COVID-19, en circulation sur le territoire.

Haïti n’a pas la capacité, ni en termes d’espaces ni en termes de spécialistes, en matière d’urgence, pour accueillir les 15 000 personnes qui présenteront des cas sévères. Pour les 5 000 personnes qui seront dans la catégorie des cas critiques, la situation est encore pire. «Ces malades auront besoin d’être placés sous ventilation artificielle, à cause de leur incapacité à respirer. À côté de leurs poumons, plusieurs autres organes pourraient être affectés par le virus», précise le médecin, faisant remarquer qu’il existerait en Haïti, actuellement seulement 124 lits de soins pour les cas critiques. Même si les autorités décidaient d’acheter dix mille ventilateurs aujourd’hui, le problème ne serait toujours pas résolu, selon l’urgentologue. «Il faut tout un système, incluant les ventilateurs, l’espace, le matériel, les spécialistes pour fournir des soins critiques», a fait savoir Dimitri Henrys. Fort de ce constat, le docteur Dimitri Henrys pense que nous devons faire le «maximum de sensibilisation pour casser la chaîne de transmission du virus». Le peu de cas enregistrés, jusqu’à date, ne doit pas être une raison pour minimiser la maladie. «Nous sommes dans la phase d’illusion. La désillusion nous frappera très rapidement», a-t-il dit, en prenant l’exemple de l’Italie et des États-Unis qui sont passés respectivement de 21 cas à 59 138 cas et de 16 cas à 32 536 patients, du 21 février au 22 mars.

La Faculté linguistique appliquée s’est montrée, quant à elle, consternée par le message de sensibilisation du comédien Tonton Bicha sur le coronavirus. Dans une note, la FLA a exigé le retrait du spot de l’humoriste qui, dans ce message, a banalisée la faculté linguistique appliquée, en conseillant à la population : «Pou le moman, evite Fakilte Lengwistik la. Sa vle di, sispann pran lang» où l’auteur sensibilise la population sur les comportements à adopter, dont l’évitement de la Faculté de Linguistique Appliquée. «Quelle déraisonnable plaisanterie ! Quelle loufoquerie ! Quelle banalisation d’une institution d’enseignement supérieur dans un pays où très peu de citoyens accèdent à l’enseignement supérieur !», s’indignait la Faculté. «Le comédien mesure-t-il les conséquences potentielles de son discours empreint d’une légèreté à nulle comparaison ?» L’auteur associe la FLA au coronavirus. Si l’on ne s’en tient qu’à la première partie de la phrase, on comprendra simplement que la FLA est un foyer diffuseur du virus, un espace où le coronavirus règne en maître… Néanmoins, il a bien dit peu avant : «Pa fè diskriminasyon, pa fè stigmatizasyon». Alors qu’on voit bien qu’il discrimine et stigmatise la FLA, en la mettant à l’index, comme espace à ne pas fréquenter, si l’on veut éviter d’être atteint du coronavirus.

Altidor Jean Hervé

 

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