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Le remède est pire que le mal

Les déclarations du Président Jovenel sont donc en contradiction avec les propos de son nouveau Premier Ministre et des porte-parole serviles qui ont voulu minimiser la crise politique et humanitaire, afin de calmer la colère grandissante de la population haïtienne. Ce nouveau gouvernement de facto n’est donc qu’une sortie provisoire pour le Président Jovenel Moïse, car l’accord conclu avec ses alliés n’a apporté aucune solution ni aux différends qui ont fait éclater les mouvements de manifestations populaires sur le terrain, ni à la question de nombreux secteurs de la vie nationale qui ont exigé son départ du pouvoir et, également, les dirigeants de l’opposition qui sont campés sur leur position de ne pas négocier avec ce pouvoir malfrat. Ce gouvernement de facto qui a été mis en place par Jovenel Moïse et ses amis politiques, sans aucun accord politique avec les vrais secteurs vitaux de la vie nationale, ne peut, en aucun cas, résoudre les difficultés auxquelles fait face le peuple haïtien, au cours de ces dernières années. Nombreux sont ceux qui estiment que, face à la détermination du peuple pour libérer entièrement le pays du joug de ce régime, ce gouvernement illégal et de facto ne pourra pas durer longtemps. Ils croient que c’est un cessez-le-feu qui est particulièrement fragile et qui ne sera, au bout du compte, qu’une pause pour que l’opposition se prépare pour sa prochaine opération. Jovenel Moïse a fait payer aux dirigeants des partis politiques, qu’on qualifie de modérés, leur contribution éhontée aux négociations politiques qui se sont terminées sur un constat d’échec. Pour l’Organisation du Peuple en Lutte (OPL), la décision prise par le Président Jovenel Moïse, de mettre en place un nouveau gouvernement, sans obtenir de consensus politique, constitue un projet chimérique. «Cet acte politique téméraire démontre combien le Président ne mesure pas la dimension de la catastrophe qui menace le pays. Seule une concertation peut retirer le pays du labyrinthe dans lequel il se trouve.», a écrit l’OPL, dans une note. Pour l’Initiative de la société civile (ISC), seul un minimum de consensus pourrait permettre de résoudre les graves problèmes socio-politiques et économiques, auxquels fait face le pays. « Je regrette infiniment que le Président de la République n’a pas attendu que les groupes en discussion aient trouvé un accord, avant qu’il nomme un nouveau Premier Ministre. Nous n’avons pas un Parlement fonctionnel. Nous sommes sortis de l’ordre constitutionnel, du régime démocratique qui devrait être un équilibre entre les pouvoirs. Donc, il était nécessaire de trouver un accord, entre le pouvoir et les partis de l’opposition, pour qu’il y ait un gouvernement d’ouverture», a lamenté Rosny Desroches, directeur de l’ISC. Pour sa part, le mouvement de l’opposition a rejeté l’appel à la trêve lancé par le Premier Ministre Joseph Jouthe. Me André Michel, Porte-parole du Secteur Démocratique et Populaire, a dit rejeter catégoriquement l’appel à la trêve, lancé par le nouveau Premier Ministre, Joseph Jouthe, qu’il a qualifié de: «de Facto», n’ayant pas été ratifié par le Parlement. Il a indiqué qu’au contraire « c’est maintenant que le combat commence » contre le Gouvernement.

 

Le chaud et le froid des États-Unis

Cerise sur le gâteau, le vendredi 6 mars, l’Ambassadrice des États-Unis accréditée en Haïti, Michèle Sison, s’est entretenue avec le nouveau Premier Ministre Joseph Jouthe, pour discuter des tâches urgentes auxquelles le Gouvernement haïtien va devoir s’atteler. Il a été question, entre autres, de s’attaquer aux problèmes de sécurité publique, de lutte contre la corruption, de relancer la croissance économique et d’organiser des élections législatives, libres, équitables et crédibles, dès que ce sera techniquement possible. Alors que beaucoup d’acteurs politiques ont exprimé leur colère et scepticisme face à ce gouvernement de facto, les États-Unis, inconditionnel allié du Président Moïse, ont apporté leur soutien au gouvernement. «Les États-Unis sont prêts à travailler avec le nouveau gouvernement d’Haïti et son Premier ministre», a fait savoir l’ambassade américaine, dans une déclaration postée sur son compte Twitter, le mercredi 4 mars 2020, quelques heures après la cérémonie d’investiture du cabinet ministériel que dirige Joseph Jouthe. Par ailleurs, à la suite de l’avis du Département d’État américain de mettre Haïti au niveau d’alerte 4, sur la liste des pays à éviter, M. Jouthe a demandé aux Américains de réévaluer leur classement, estimant que ce n’était pas le moment pour remettre Haïti au niveau 4. À rappeler que le Département d’État américain déconseille aux citoyens américains de voyager en Haïti. Le Département d’État américain vient d’emboîter le pas au Canada et à la France, en modifiant son avis de voyage sur Haïti. Haïti est placée sur la liste noire des pays à ne pas visiter par les ressortissants américains. La nouvelle de la classification du pays au niveau 4 (Do not travel), par le Département d’État américain, est tombée le jeudi 5 mars, 24 heures après l’investiture de Joseph Jouthe comme Premier ministre.

Emmanuel Saintus

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