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La reprise des activités scolaires: le nouveau débat

«Beaucoup ne peuvent plus se rendre à l’école depuis septembre dernier. Ils sont ainsi privés de leur droit fondamental à l’éducation», regrette le gouvernement de la France, à l’occasion de la Journée internationale des Droits de l’Enfant, ce mercredi 20 novembre 2019. Le gouvernement de la France évoque également la violence, sur le territoire national, qui pèse lourdement sur la vie de ces enfants, dans un communiqué transmis par l’ambassade de France en Haïti. Des mobilisations, parfois émaillées de violence et visant à réclamer la démission du président Jovenel Moïse, continuent de paralyser les activités scolaires à travers le pays. Le gouvernement de la France réaffirme son engagement en faveur des droits de l’enfant, à l’occasion du 30e anniversaire de l’adoption, le 20 novembre 1989, de la Convention internationale des Droits de l’Enfant. Il y a 30 ans, pas moins de 191 pays, dont Haïti, ont pris un engagement historique envers les enfants du monde entier, en adoptant la Convention relative aux Droits de l’Enfant, qui fait office d’accord international. Il s’agit du traité relatif aux droits de l’homme le plus largement ratifié de l’Histoire et qui a contribué à transformer la vie des enfants du monde entier. Toutefois, certains enfants n’ont toujours pas la possibilité de profiter pleinement de leur enfance. Aujourd’hui encore, de nombreux enfants, à travers le monde et notamment en Haïti, voient leur enfance écourtée. En essayant de comparer la situation des enfants haïtiens avec celle des pays avancés ou ceux ayant ratifié la Convention de 1989 sur la protection des Droits de l’Enfant, on peut alléguer, sans risque, que le fossé est béant, vues les disparités existant entre eux. Le moins qu’on puisse dire, c’est que les troubles politiques en Haïti ne font qu’empirer la situation.

La fondation «Zanmi Timoun», amis des enfants, saisit l’occasion pour attirer l’attention des acteurs politiques sur la nécessité de permettre aux enfants haïtiens de regagner leurs salles de classe. Depuis plus de trois mois, en effet, et en raison des mouvements de protestation initiés par l’opposition contre l’administration du président Jovenel Moïse, les activités scolaires sont paralysées, privant ainsi plus de deux millions d’écoliers de leur droit à l’éducation. C’est une situation qui traumatise les enfants, se plaint Guyrlande Messadieu, coordonnatrice de la Fondation «Zanmi Timoun» qui souligne qu’il est temps que les activités scolaires reprennent, à travers le pays.

Pour sa part, l’UNICEF et l’UNESCO appellent à l’ouverture des écoles, au respect du droit à l’éducation et à la continuité de l’éducation des enfants et des jeunes haïtiens. (CDE), l’UNICEF et l’UNESCO exhortent les institutions étatiques ainsi que tous les acteurs politiques, sociaux et économiques, à travailler ensemble pour permettre la reprise immédiate des activités normales de toutes les écoles publiques et privées en Haïti, pour la continuité de l’éducation de tous les enfants. Depuis le début du mois de septembre, les troubles politiques, les blocages de route et la montée de la violence en Haïti, ont réduit considérablement l’accès aux services sociaux de base, notamment les écoles et les universités. Selon le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), 70% des écoles du pays sont fermées, ce qui signifie que plus de trois millions d’enfants n’ont pas pu commencer ou poursuivre leur éducation. 50 jours de cours, sur un total de 189 jours prévus, ont déjà été perdus, créant ainsi un déficit énorme d’apprentissage pour les élèves et les étudiants. Un plan de rattrapage doit être proposé aux écoles pour récupérer 250 heures de cours perdues, sur les 945 que comptent l’année scolaire. Selon l’article 28 de la Convention relative aux Droits de l’Enfant, chaque enfant a droit à une éducation primaire gratuite, et un accès à l’éducation secondaire et supérieure. Le droit à l’éducation est fondamental et doit rester inviolable même en temps d’instabilité. L’école, les écoliers, l’université, les enseignants et les parents doivent, en tout temps, être protégés, afin que l’éducation des enfants continue. L’éducation est un droit qui ouvre la voie à l’exercice d’autres droits, et c’est l’un des outils les plus puissants qui permet aux enfants et aux adultes, exclus et marginalisés sur le plan social et économique, de s’affranchir de la pauvreté et de participer pleinement à la société. Plus de deux millions d’enfants, à travers le pays, n’ont pas été à l’école pendant près de deux mois. À l’occasion de la Journée internationale des Droits de l’Enfant, plusieurs institutions appellent au respect notamment du droit à l’éducation des enfants qui ont déjà perdu environ 45 des 189 jours de classe programmés par le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle. Tout comme le droit de manifester, le droit à l’éducation est reconnu par la Constitution de 1987 amendée. Suivant le calendrier scolaire pour l’année académique 2019-2020, les élèves devraient consacrer 945 heures de cours pour le fondamental et 1134 heures pour le secondaire. Les troubles qui ont éclaté à la mi-septembre 2019, pour exiger le départ du président Jovenel Moïse, obligent les parents à garder leurs enfants chez eux. Certaines écoles sont contraints d’adapter des programmes à compétences minimales, consistant à enseigner aux enfants, l’essentiel de chaque matière, sans rentrer dans les détails.

L’Action internationale pour les droits humains (AIDH), dans un communiqué, a appelé les protagonistes de la crise haïtienne à respecter le droit à l’éducation des enfants. Cette situation, qui a trop duré, est, pour l’AIDH, une violation de la convention relative aux droits de l’Enfant, ratifiée par Haïti il y a 25 ans (1994). L’AIDH dit condamner avec force les inégalités sociales qui entravent le respect des droits fondamentaux de l’enfant. Elle appelle «le gouvernement et les leaders de l’opposition à prendre des mesures urgentes, visant essentiellement à mettre un terme aux actes de violence, en vue de faciliter l’accès à l’école, à deux millions d’enfants».

Le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, dans un communiqué en date du jeudi 21 novembre 2019, a informé le grand public en général et la communauté éducative en particulier, qu’il n’a publié, jusqu’à date, aucun nouveau calendrier scolaire remanié pour l’exercice 2019-2020. Le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) a démenti les allégations, selon lesquelles, un nouveau calendrier remanié a été présenté au monde éducatif, dans lequel, la reprise des activités scolaires est programmée pour le 2 décembre prochain. Il y a effectivement une réflexion en cours sur des projets de réaménagement du calendrier scolaire : un qui pourrait éventuellement débuter en décembre et l’autre en janvier, ont indiqué les responsables du MENFP, mais, précisent-ils, aucun de ces projets n’a été validé, pour le moment. Sitôt que la décision sera arrêtée, elle sera communiquée officiellement, a-t-il ajouté, dans un communiqué de presse, daté du jeudi 21 novembre 2019. Il est clair, pour le MENFP, que la poursuite des activités scolaires, dans les endroits affectés, ne saurait attendre. C’est en ce sens qu’il tient à lancer un appel à tous les acteurs, en vue de la poursuite de ces activités, a conclu le communiqué. Après avoir ordonné aux responsables régionaux de promouvoir le 2 décembre comme date de la «réouverture» des classes, le ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP) fait marche arrière et déclare que ce n’était qu’un «projet de calendrier remanié». Véritable aveu d’impuissance du gouvernement de facto. Devant un «Pays lock» interminable, les dirigeants du MENFP ont avoué qu’il «y a effectivement une réflexion en cours» sur le réaménagement du calendrier scolaire, alors que les élèves haïtiens ont perdu plus de 50 jours de classe. Faisant preuve d’une désinvolture sans pareille, le MENFP révèle être encore au stade d’étude de deux projets de calendrier : «un qui pourrait éventuellement débuter en décembre et l’autre en janvier».

Altidor Jean-Hervé

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