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La crise économique se complique, et l’insécurité alimentaire avec

Au point où nous en sommes, l’importation de marchandises, y compris de denrées alimentaires, est difficile, et la plupart des échanges commerciaux à l’intérieur du pays sont sérieusement entravés. Les prix des denrées alimentaires montent en flèche, affectant lourdement les ménages les plus vulnérables. Cette nouvelle enquête de l’IPC, sur la sécurité alimentaire, conduite en octobre 2019 au niveau national, pour la période courante, montre un niveau croissant de vulnérabilité des ménages les plus pauvres, tant dans les zones rurales qu’urbaines. L’IPC a évalué à 3,7 millions, le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë, soit une forte augmentation par rapport aux 2,6 millions estimés à la fin de 2018, a mentionné ce rapport dont fait écho la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA). Selon l’analyse de l’IPC, une bonne partie de la population, tant en milieu rural qu’en milieu urbain, est en situation de phase urgente. 10 % de la population analysée (1 046 000 personnes) est en IPC phase d’urgence et 25% (2 627 000 personnes) est en phase de crise, représentant approximativement 35 % de la population analysée, soit 3,67 millions d’habitants. Compte tenu de la situation socio-économique désastreuse et de l’absence de plans immédiats pour y remédier, ces chiffres devraient encore augmenter en 2020, pour grimper à 4,1 millions de personnes en besoin d’une action urgente. Parmi les causes identifiées dans ce rapport de l’IPC, on peut citer :

«- la hausse des prix des denrées de base (inflation annuelle d’environ 22,6 %);

la dépréciation de la gourde par rapport au dollar d’environ 24 % en glissement annuel (octobre 2018-2019);

les troubles socio-politiques et la dégradation des conditions de sécurité, qui ont largement réduit l’accès à la nourriture des ménages les plus pauvres.»

Parmi les zones analysées, deux se trouvent en situation d’urgence : le bas Nord-Ouest, en milieu rural, et les quartiers très pauvres de Cité-Soleil, en milieu urbain. À l’exception de certains quartiers moyens et mieux lotis de l’aire métropolitaine qui sont classifiés en situation de stress, le reste des zones analysées est classifié en situation de crise. La zone présentant le plus fort pourcentage de personnes en situation de crise alimentaire d’urgence est celle des quartiers les plus pauvres de Cité-Soleil et des quartiers très pauvres de Croix-des-Bouquets qui sont dans le besoin d’une action urgente. Dans les départements classés en situation de crise, l’Artibonite, les Nippes ainsi que la Grand’Anse sont ceux qui comptent le plus fort pourcentage de personnes nécessitant une assistance immédiate. En ce qui concerne l’analyse antérieure, conduite en octobre 2018, l’analyse actuelle (octobre 2019) montre que la situation continue de s’aggraver. Rock André et Marc Alain Boucicault ont analysé la situation des entreprises. Après 8 semaines de paralysie totale des activités, les deux économistes ont fait le point sur les entreprises touchées par la crise et évoqué des décisions qui doivent être prises pour redresser la situation. Pour Rock André, durant cette période de crise, les entreprises sont dans une situation alarmante. «Cette situation va en s’aggravant. À CEDEL-Haïti, nous sommes en contact avec plusieurs entreprises. Un grand nombre d’entre elles sont obligées de fermer leurs portes. D’autres mettent leurs employés en disponibilité. Certaines autres licencient leurs employés tout bonnement. Il y a une quatrième catégorie d’entreprises qui restent en «standby», attendant une amélioration de la situation, afin de pouvoir reprendre leurs activités. La situation est préoccupante, sachant que les entreprises représentent le poumon de notre économie. Quand elles ne peuvent pas fonctionner, les recettes de l’État diminuent», fait-il remarquer. Pour sa part, Marc Alain Boucicault, P.D.G. de BANJ, invite les entrepreneurs dont les entreprises ont été victimes, à demander à un juge de faire un constat des dégâts pour avoir un document officiel et de procéder à un état des lieux. «J’encourage les responsables d’entreprises à porter plainte au niveau des instances concernées, ce, en dépit du fait qu’on ignore ce qui peut en advenir», encourage-t-il. Plus loin, les deux experts ont fait un appel à la protection des petites et moyennes entreprises dans le pays. «Selon les prévisions, le taux de croissance sera inférieur à 1%. Cela dit, avec moins de richesses créées, il y aura plus de pauvreté. L’État ne peut pas donner du travail à tout le monde. On avoisine des déficits publics records. Si l’on continue à s’en prendre aux entreprises, on conduit le pays dans une situation difficile avec un taux de change galopant, une inflation excessive et une flambée des prix. Quel que soit l’issue de la crise, nous aurons une économie à genoux, avec moins d’emplois et moins de richesses», estiment-t-il. L’ancien gouverneur de la BRH, l’économiste Fritz Alphonse Jean, qui a analysé certaines mesures prises par l’exécutif, alors que le pays s’enlise dans une crise multidimensionnelle, estime que la décision du gouvernement d’ajuster le salaire minimum ou encore son bras de fer avec certaines entreprises contribuent à fragiliser la situation socio-économique. «Cette décision fragilise encore plus le peu de ce que nous avons», soutient-il. Sur le salaire minimum, Fritz Jean souligne que les secteurs étaient d’accord depuis longtemps sur le fait qu’il faut un ajustement, en raison des conditions de vie difficiles de la population, de l’inflation, du taux de change, entre autres. «Cependant, cela doit se faire dans l’ordre. L’exécutif avait banalisé la situation, en ajoutant un montant dérisoire aux salaires, alors que cela concerne une bonne partie de la population. En pleine crise, on décide de faire cette augmentation alors que les entreprises font face à d’énormes difficultés. Si l’on calcule le montant en dollars, il est inférieur au montant d’octobre 2018. Cependant, il faut tenir compte de l’environnement. Les petites et moyennes entreprises sont aujourd’hui à genoux. C’est une décision démagogique de la part de l’exécutif», tranche-t-il. Il est à noter que les revenus de plus de 281 entreprises dominicaines ont chuté avec l’amplification de la crise en Haïti. En effet, l’on rapporte que le pays voisin a cessé de recevoir «plus de 2 milliards de pesos» des échanges commerciaux entre les deux pays. L’impact négatif de ladite crise sur l’économie dominicaine a été constaté par l’Association nationale des entreprises industrielles de Herrera (ANIEH).

Altidor Jean Hervé

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