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Mobilisation contre la rareté de carburant

Routes barricadées, les accès dans les différents quartiers à Port-au-Prince ont été interdits le lundi 2 septembre 2019.  La circulation a été bloquée dans diverses rues de la capitale, à Port-au-Prince, des pneus enflammés, des ordures jonchaient le macadam dans plusieurs quartiers.  Les commerces sont restés paralysés.  Ce mouvement spontané survient du fait de la rareté de carburant sur le marché local.  Un gallon de gazoline coûte entre 500, 750 ou 1000 gourdes dans certaines régions en Haïti.  Les autorités en place ont menacé d’augmenter les prix du carburant sur le marché local, dans les jours à venir.  Selon les responsables, le pouvoir en place refuse de subventionner les produits pétroliers.  La rareté imminente de carburant, observée depuis plusieurs jours dans le pays, vient relancer le débat sur la nécessité pour l’État haïtien de trouver une formule lui permettant de mettre fin à la subvention des produits pétroliers, sans pénaliser les plus faibles.  La dette du gouvernement envers les compagnies pétrolières est à la base de cette panique créée depuis le début de la semaine.  Mais qui va le faire?  Entre la nécessité d’ajuster le prix de l’essence et l’obligation de maintenir le calme dans le pays, le pouvoir en place est face à un dilemme cornélien.  Les autorités auront beau vouloir rassurer sur la disponibilité des produits pétroliers mais la réalité est dans les stations à essence; certaines peuvent encore servir du diesel, d’autres ont simplement passé les cadenas.  Les quelques rares stations qui peuvent encore distribuer de la gazoline sont comme prises d’assaut.  C’est l’aspect visible du problème.  Depuis plus d’une semaine, plusieurs station d’essence de la Capitale sont fermées, faute de carburants, d’autres sont assiégées par d’interminables files d’attente d’automobiles et d’un grand nombre de taxis-moto à la recherche du précieux liquide, dont le prix ne cesse d’augmenter et qui leur sera vendu après des heures d’attentes, en quantité limitée.  Le constat est le même dans les villes de province.  David Turnier, le Président de l’Association nationale des distributeurs des produits pétroliers (ANADIPP) a confirmé la situation. « Il y a effectivement une rareté de produits pétroliers sur le marché local ».  Le Gouvernement doit plus de 5 milliards de gourdes aux compagnies pétrolières, au titre de remboursement de la subvention, et, avec des caisses quasiment vides, l’État n’est plus en mesure de faire face à ses engagements.  Toutefois, la semaine écoulée, le Gouvernement dit avoir remboursé aux compagnies à peine 30% de sa dette (l’équivalent d’un mois de subvention).  Avec une trésorerie fortement réduite, les compagnies ont été contraintes de réduire le volume de leurs commandes, faute de fonds. Elles avaient informé qu’afin d’éviter une rupture d’approvisionnement à la pompe, le rationnement serait maintenu jusqu’à l’arrivée de nouveaux navires de carburants.  Mais elles avaient aussi prévenu que l’approvisionnement à la pompe va dépendre, dans les prochaines semaines, de la capacité du Gouvernement à rembourser les compagnies et que, si rien n’est fait pour réviser les prix à la pompe et éliminer progressivement cette subvention, la rupture d’approvisionnement pourrait être totale dans les prochaines semaines.  Suite à cette rareté, les automobilistes et les chauffeurs de transport en commun dans la région métropolitaine de Port-au-Prince se  sont mis en colère, en raison du rationnement de l’essence.  La majorité des stations à essence sont tout simplement fermées.  Il s’agit d’une disposition visant à distribuer au compte-goutte les hydrocarbures, pour éviter une rupture de stock.  Le  lundi 2 septembre 2019, de nombreux citoyens ont entamé  un vaste mouvement de protestation dans divers artères de la capitale, en vue d’exiger de l’État le retour à la normale dans le dossier de la distribution de carburant.  La rareté a déjà provoqué une hausse des prix du gallon de gazoline sur le marché noir.  Certains citoyens dénoncent ce qu’ils qualifient de rareté artificielle, arguant que le rationnement profite à certains hommes influents du secteur privé ou de l’administration publique.  Les autorités haïtiennes, après maintes alertes, ont annoncé le versement de 2 milliards de gourdes de dettes aux compagnies pétrolières.  Le ministre des Finances a confirmé la transaction qui représente 50% des dettes accumulées par l’État, en raison de la subvention des produits pétroliers.  Le ministre Ronald Décembre a confié au journal Le Nouvelliste que la Direction du Trésor a été autorisée à effectuer des versements, afin de mettre un terme au problème de trésorerie des compagnies pétrolières.  Les ressources devraient permettre aux compagnies pétrolières de placer à nouveau des commandes sur le marché international.  Des spécialistes ont révélé que les compagnies s’évertuent à gérer les stocks pour éviter une pénurie de carburant.  Le gouvernement refuse d’envisager la fin de la subvention sur les hydrocarbures, tandis que les compagnies pétrolières assurent que c’est la seule solution viable.  Récemment, les autorités avaient mis un terme au monopole du Bureau de Monétisation de l’Aide Publique au Développement, en ce qui a trait à l’importation des hydrocarbures.

Emmanuel Saintus

 

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