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Kidnapping: le dossier de «Sonson La Familia» refait surface

Depuis quelques années, nombreux sont ceux qui ne cessent de s’interroger sur la signification de la justice. C’est un constat que la majorité des citoyens n’ont pas confiance en la justice haïtienne. «Avec beaucoup d’ironie et de désappointement, très souvent, des magistrats, chargés de rendre la justice, n’ont pas non plus confiance en la justice», avait dit Me Stanley Gaston. La justice haïtienne est gangrenée par le virus de la corruption. Aujourd’hui, la corruption se manifeste chez nous sous différentes formes : politique, économique, électorale, scolaire, etc. En Haïti, l’empire de la corruption jette ses fondements, non seulement sur l’incapacité des dirigeants à combattre l’impunité qui alimente l’insécurité, mais encore sous la propension de la majorité des Haïtiens à la richesse facile, au sauvetage individuel et à la fuite, face aux responsabilités citoyennes. Le système judiciaire haïtien n’est pas épargné par ce fléau qui fait des ravages et dont les plus grandes victimes sont le plus souvent les masses défavorisées.

En effet, la décision qui avait été prise par le tribunal criminel siégeant sans assistance de jury pour libérer Woodly Ethéart, alias Sonson La Familia, et Renel Nelfort, a refait surface. Les deux principaux chefs du gang Galil ont été poursuivis pour enlèvement, séquestration contre rançon, trafic illicite de stupéfiants, blanchiment des avoirs, assassinat et association de malfaiteurs. Ce jugement a été dénoncé depuis jeudi par le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), en raison du caractère spécial des assises criminelles, réalisées par le juge Lamarre Bélizaire, réputé proche de l’équipe au pouvoir. Le vendredi 2 août 2019, le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Paul Éronce Villard, a confirmé que la cour d’appel a rendu son ordonnance dans le cadre du dossier de Woodly Ethéart, alias Sonson La Familia, Renel Nelfort, alias Renel Le Récif et consorts. C’est une décision qui, souligne-t-il, va relancer le dossier gelé depuis plus d’un an. Au mois de mai 2018, la Cour de cassation avait annulé la décision du juge Lamarre Bélizaire, dans le dossier de Woodly Ethéart, alias Sonson La Familia et Renel Nelfort, connu sous le nom Renel Le Récif, et avait ordonné « que cette affaire soit entendue devant le même tribunal avec une autre composition, après l’épuisement des voies de recours exercées par les appelants». À rappeler que les informations communiquées par la police et les aveux de la plupart des complices de ces deux chefs de gang, font croire que cette association de malfaiteurs a procédé, en moins de deux ans, à l’enlèvement suivi de séquestration contre rançon de 17 personnes. Dans son ordonnance de renvoi, le juge d’instruction, Sonel Jean François, avait mentionné l’ensemble des indices trouvés dans le cadre de cette enquête. Jugés pour des faits d’enlèvement et de séquestration, de blanchiment des avoirs, de trafic illicite de drogue, d’assassinat et d’association de malfaiteurs, Woodly Ethéart et Renel Nelfort avaient été renvoyés « hors des liens de l’accusation, pour insuffisance de preuves et de charges » par le juge Lamarre Bélizaire. Le juge avait aussi ordonné « la levée de tous les scellés qui sont apposés sur les immeubles des accusés et la levée de l’interdiction de départ qui avait été prise à l’encontre de l’accusé Woodly Ethéart ». Le parquet ne pouvait donner de suite à la décision de la Cour de cassation, pas avant que toutes les voies de recours n’aient été épuisées, a fait savoir Paul Éronce Villard sur Magik 9, le vendredi 2 août. Et de poursuivre que le juge Lamarre Bélizaire avait endossé la responsabilité de juger uniquement Woodly Ethéart et Renel Nelfort, sans tenir compte du dossier dans sa globalité. D’autres personnes impliquées dans le dossier avaient exercé un recours auprès de la cour d’appel contre la décision du juge Lamarre Bélizaire qui avait ordonné au ministère public de « prendre toutes les dispositions nécessaires pour faire ce que de droit avec les autres personnes dont les noms figurent dans l’ordonnance de clôture du magistrat instructeur».

«Pas plus tard que cette semaine, j’ai appris que l’arrêt de la cour d’appel a été rendu », a révélé le chef de la poursuite. Mais, même si l’arrêt de la cour d’appel a été rendu, il y a une formalité à suivre pour acheminer le dossier, a lamenté Paul Éronce Villard. Une fois les formalités remplies, ajoute-t-il, nous allons prendre les décisions qui s’imposent, en vue de respecter les dispositifs de l’arrêt de la Cour de cassation. Le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince n’a pas manqué de taper sur les doigts de l’ancien juge Lamarre Bélizaire. «Le juge n’avait pas le droit de rendre son jugement sans avoir en main tout le dossier. Il s’agit d’une irrégularité grave», rappelle Paul Éronce Villard qui dit ne pas vouloir reproduire ces mêmes erreurs.

Par ailleurs, l’ingénieur Gaétan Jean, mandaté par un groupe de 50 jeunes diplômés en génie civil, a déposé, le lundi 29 juillet 2019, au parquet de Port-au-Prince, une plainte contre le président Jovenel Moïse, pour faux et usage de faux, usurpation de titre, corruption et escroquerie, en relation avec l’affaire PetroCaribe.

Emmanuel Saintus

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