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La terreur de la vie chère

La dégradation brutale de la situation économique fait rage en Haïti. Le jusqu’au-boutisme de l’équipe de Jovenel Moïse semble être parvenu à exacerber cette crise aigüe. Depuis l’arrivée au pouvoir du clan PHTK, Haïti traverse la crise économique la plus grave de son histoire. Elle a non seulement provoqué une situation de détresse sociale, mais également contribué à approfondir la polarisation politique qui caractérise le pays depuis des décennies. Cette question est au cœur des préoccupations de tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à l’économie. L’économiste Énomy Germain a mis en garde contre toute minimisation de la crise en Haïti, dont le niveau de complication requiert des personnes expérimentées et non des novices. «Des gens, composant le probable cabinet ministériel, font leur première expérience au niveau de l’État. C’est un manque de respect et un refus de responsabilité face à la crise», a critiqué l’expert en économie. Il a jugé important de disposer d’une bonne expertise pour faire face à la situation explosive qui prévaut en Haïti. Plus de 2,6 millions de personnes sont actuellement en besoin d’assistance alimentaire. Pour tout le pays, la prévalence de l’insécurité alimentaire plutôt chronique, liée à des causes plus profondes et qui nécessitent des interventions à moyen et long terme, est estimée à 70%, au niveau de la population, selon les dires des économistes. «Près de 50 % (soit 49,8%) de la population haïtienne du milieu rural vit dans l’insécurité alimentaire aiguë, c’est-à-dire nécessitant des interventions urgentes. «Entre 2011 et 2013, le pays avait connu un niveau d’insécurité alimentaire dans ces milieux, estimé à 6%. Le taux a grimpé jusqu’à atteindre 17,% en 2019 ». Il existe, en Haïti, une crise économique, humanitaire et inflationniste, brochée sur une situation de crise politique, a fait remarquer l’économiste Énomy Germain. «Nous sommes unanimes à reconnaître» combien la conjoncture actuelle se situe à la limite d’une situation d’émeutes de la faim, a-t-il prévenu, relevant la situation d’insécurité alimentaire dans laquelle se trouvent actuellement 2,6 millions d’Haïtiennes et d’Haïtiens. Une catégorie de citoyennes et de citoyens se voient contraints de perdre progressivement, au jour le jour, leur pouvoir d’achat, à cause d’une augmentation constante du coût de la vie (l’inflation actuelle est estimée à 18 %), a dit le professeur d’université, Énomy Germain. «Le nombre de personnes en insécurité alimentaire risque de grossir davantage. La population, qui est aux abois, gagnera les rues de façon catastrophique. La situation inquiétante actuelle devrait interpeller nos élites. Il faut des gens, ayant une certaine compétence de l’administration publique et de la situation d’Haïti, pour apporter des changements profonds», a fait savoir l’économiste Énomy Germain. Dans son Bulletin de juillet 2019, la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire (CNSA) montre que, pour la première moitié de l’année (janvier à juin 2019), la valeur du panier alimentaire a augmenté d’environ 25% contre 10% pour l’ensemble de l’année 2018. La CNSA explique que la hausse mensuelle de la valeur du panier est surtout influencée par les céréales importées (riz et maïs), tandis que la hausse annuelle est liée à la fois aux produits locaux et importés. «Ces hausses s’expliquent aussi par d’autres facteurs, notamment la détérioration du taux de change, observée ces derniers mois, et l’un de ses corollaires (l’inflation), les effets résiduels de la sécheresse de 2018 et le faible niveau de production agricole», a dit la CNSA. La CNSA rappelle que « le panier considéré dans le cadre de cette analyse est composé de 6 produits de base (riz, farine de blé, maïs, haricots, sucre et huile végétale) qui représentent 1,870 kilocalories consommées par personne et par jour. Il est constitué de telle sorte que 100% de consommation de calories proviennent de ces 6 produits alimentaires, ceci à cause du manque d’information pour d’autres produits, en particulier les fruits, les légumes, les racines et les tubercules. L’analyse du panier permet de suivre l’accès des ménages au panier de base, dans le temps et dans l’espace. La CNSA a présenté quelques chiffres collectés sur les marchés locaux où le panier a enregistré les plus fortes hausses. «En rythme mensuel, les plus fortes hausses ont été enregistrées sur les marchés du Cap-Haïtien (+ 10%), de Jérémie (+7%) et de Croix-des-Bossales (+ 7%). Et en glissement annuel, au Cap-Haïtien (+ 48%), à Jérémie (+ 4%), aux Cayes (+ 40%), à Fond-des-Nègres (+ 39%) et à Ouanaminthe (+36%).» La valeur du panier alimentaire est plus élevée au niveau des marchés du Grand Nord, notamment au Cap-Haïtien (1 965 gourdes), à Ouanaminthe (1 934 gourdes) et aux Gonaïves (1 759 gourdes).

Emmanuel Saintus

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