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Haïti aux abords d’une émeute de la faim

«Nous sommes à la limite d’émeutes de la faim en Haïti.» C’est l’avis de l’économiste Énomy Germain, interrogé par le journal Le Nouvelliste, le mardi 23 juillet. Cette phrase de l’économiste retentit comme une sirène dans le contexte actuel. Face à la stagflation de l’économie nationale, à l’insécurité alimentaire, au taux de change qui décroche, la situation est extrêmement préoccupante, selon lui. Les gens en insécurité alimentaire et ceux considérés en sécurité sont limités par une ligne très mince. Autrement dit, la situation de stagflation que vit le pays peut jeter des gens en sécurité alimentaire dans l’insécurité, à tout moment. D’où la fragilité actuelle de l’économie. De plus en plus en proie à l’insécurité alimentaire, Haïti est le pays de la région Amérique latine et Caraïbe où ses citoyens dépensent la plus grande part, soit 59% de leurs revenus pour s’acheter des produits alimentaires. Se nourrir en Haïti est un exercice des plus difficiles. Le pays arrive en dernière position de la zone, dans un classement établi par la Banque Interaméricaine de Développement (BID), dans un rapport titré: «Sécurité alimentaire en Amérique latine et dans la Caraïbe», publié le mercredi 24 juillet 2019. Les Guatémaltèques (47%) et les Nicaraguayens (40%) complètent ce podium peu enviable de la région Amérique latine et Caraïbe. À l’autre extrémité, le Brésil est le pays qui consacre la plus faible part de revenus de ses habitants à l’achat de produits alimentaires (20%), suivi du Chili (22,5%) et de l’Uruguay (25%). En comparaison, dans des pays comme le Canada et les États-Unis, la population dépense moins de 10% de son revenu pour l’alimentation. En ce qui concerne la malnutrition aiguë chez les enfants, la prévalence dans la région a été réduite de 3,1% en 1990-1994 à 2,3% en 2012-2016. La région de la Caraïbe est la sous-région qui a le taux de prévalence de malnutrition aiguë le plus élevé chez les enfants de moins de 5 ans, avec une moyenne de 4,7% dans la zone. Ce nouveau rapport de la BID montre aussi que la prévalence de la malnutrition varie considérablement d’un pays à l’autre. Par exemple, en prenant la période 2014-2016, le Brésil et l’Uruguay étaient les seuls pays où la prévalence de la malnutrition était inférieure à 2,5%. Par ailleurs, selon l’Agence des Nations-Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), les pays où la prévalence de la malnutrition est supérieure à la moyenne régionale sont les suivants: Haïti (47%), Bolivie (20%), Nicaragua (17%), Guatemala (15,6%), Honduras (15%), République Dominicaine (13,5%), El Salvador (12%), Équateur (12%) et Paraguay (12%). Dans le monde, 2 milliards de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire. Plus de 5 millions d’Haïtiens en font partie. Les indicateurs concernant Haïti, selon ce rapport, sont alarmants. «La prévalence de sous-alimentation chez la population est de 49,3 %. Celle du retard de croissance chez l’enfant de moins de cinq ans est estimée à 21,9%, tandis que la prévalence de l’anémie chez la femme en âge de procréer (15-49 ans) est de 46,2% », a dressé le rapport statistique, soulignant que la prévalence de la sous-alimentation et le taux de retard de croissance chez les enfants sont corrélés à la pauvreté extrême. On observe que la sous-alimentation et le retard de croissance chez l’enfant sont supérieurs aux niveaux prévus en fonction de la pauvreté extrême. Ainsi, Haïti est le pays qui compte le plus grand nombre de personnes ne pouvant pas manger à leur faim dans les Amériques. Le Rapport de la FAO de 2019 démontre que l’ancienne colonie prospère de Saint-Domingue est aujourd’hui un pays où se nourrir devient carrément un luxe. Sous l’initiative des organisations telles la FAO, le FIDA, l’OMS, le PAM et l’UNICEF, le rapport présenté le 15 juillet montre qu’Haïti vient en première position avec 49,3% de malnutrition en devançant le Venezuela qui occupe la deuxième place avec un score de 21,2 %. «On a touché le plafond avec ce pourcentage de personnes en insécurité alimentaire» touchant près de 50 % de la population rurale, avait souligné lors d’une entrevue en ce mois de juillet 2019 avec Loop Haïti, l’économiste Etzer Émile.

Pour les autres pays, la situation est ainsi répartie : en 3e position vient la Bolivie avec 17, 1 % ; 4) le Nicaragua 17% ; 5) le Guatemala, 15,2% ; 6) le Honduras 12,9 % ; 7) le Paraguay 10,7% ; 8) le Panama 10% ; 90 le Pérou 9,7% ; 10) la République Dominicaine 9,5% ; 11) le Salvador 9% ; 12) le Surinam 8,5% ; 13 la Guyane 8,1% ; 14) la Jamaïque 8% ; 15) Équateur 7,9% ; 16) Bélize 7,5% ; 17) la Dominique 6,2% ; 18) Les Îles Saint-Vincent et la Grenade 5,7% ; 19) Trinidad 5,5% ; 20) la Colombie et le Costa-Rica 4,8% ; 21) l’Argentine 4,6% ; 22) la Barbade 3,9% ; 23) le Mexique 3,6% ; 24) le Chili 2,7% ; 25) Saint-Kitts et Nevis 2,5% ; 26) Brésil 2,5% ; 27) l’Uruguay 2,5%.

Ce rapport montre qu’Haïti frise une crise humanitaire ou des émeutes de la faim, selon les considérations de l’économiste Énomy Germain. «Le pouvoir d’achat très limité des gens qui n’ont pas un emploi les empêche de s’acheter de quoi se nourrir», explique Germain qui rappelle les chiffres du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire : le nombre de personnes touchées par l’insécurité alimentaire entre mars et juin 2019 est estimé à environ 2,6 millions, dont 2 millions en situation de crise et 571 000 en situation d’urgence.

Altidor Jean Hervé

 

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