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Insécurité: quelque chose ne tourne pas rond

Fanmi Lavalas a accusé les autorités de «terrorisme d’État». Au cours de deux ans du mandat de Jovenel Moïse, l’insécurité est en hausse dans toutes les régions en Haïti. Des massacres ont été perpétrés dans divers quartiers populeux à Port-au-Prince, notamment à La Saline, Tokyo, Cité-Macaron et Carrefour-Feuille. Des groupes armés se multiplient dans tous les coins et recoins en Haïti. Des autorités au pouvoir arment les bandits pour terroriser la population, particulièrement dans les quartiers pauvres, dans le but de freiner les mouvements de manifestation contre Jovenel Moïse. Dans la nuit de dimanche à lundi 13 mai 2019, dans la zone de Gérald Bataille (Commune de Delmas), un policier issu de la 25ème promotion est tombé sous les balles assassines d’individus non identifiés, circulant à moto. Des bandits armés circulant à bord de trois (3) motocyclettes ont attaqué à Port-au-Prince, le jeudi 9 mai, un couple de commerçants au centre-ville. Le mari, Ormil Lamartine, évoluant depuis plus d’une vingtaine d’années au marché Hyppolite, très connu dans la communauté des petits et moyens entrepreneurs, a été tué et son épouse, atteinte de plusieurs projectiles, est admise dans un centre hospitalier de la Capitale. Il s’agit d’un assassinat de trop, touchant le secteur des PME, a déploré Yanick Mezil, de la Fédération des petites et moyennes entreprises. Elle appelle les autorités compétentes à prendre des mesures susceptibles de garantir la «paix dans la Cité». En effet, la Commission Nationale de Désarmement, de Démobilisation et de Réinsertion a déjà dénombré l’existence de soixante-seize (76) gangs armés dans le pays. «Nous avons répertorié jusqu’à présent soixante-seize gangs à travers tout le pays. Et nous n’avons pas encore terminé», a fait savoir Jean Rebel Dorcénat, membre de la CNDDR. Le nombre de membres qui font partie de ces groupes armés, varie. «Il y en a qui comptent dix membres, d’autres quinze, d’autres encore soixante ou quatre-vingts», précise le commissaire. Il a aussi révélé le cas de Lanmò Sanjou qui a 349 hommes dans sa base à Croix-des-Bouquets. À cette date, la commission a déjà discuté avec plus de soixante-dix pour cent des chefs de gangs armés, a déclaré Jean Rebel Dorcénat, ajoutant que la plupart de ces gangs imposent certaines conditions pour déposer les armes. «Ils ont la volonté», a dit Jean Rebel Dorcénat. Et de poursuivre que les membres de ces gangs n’ont pas les moyens pour acheter les armes et les munitions qu’ils ont en leur possession. «Ils m’ont fait savoir qu’ils ont été armés par des politiciens proches du pouvoir et proches de l’opposition et par des gens du secteur privé », a lâché Jean Rebel Dorcénat qui n’a pas voulu révéler les noms de ces politiciens et de ces hommes d’affaires. «Nous sommes dans un processus de négociation. Il serait très fragile de dévoiler ces noms. L’une des exigences faites par certains de ces groupes de bandits pour déposer les armes, c’est qu’ils ne voudraient pas être poursuivis par la police ni la justice. Nous leur avons clairement fait savoir que nous ne sommes pas là pour remplacer la justice ni pour blanchir quiconque», a indiqué Jean Rebel Dorcénat.

En outre, la situation d’insécurité qui s’installe dans la commune des Gonaïves (Artibonite), pendant ces derniers temps, a des graves conséquences sur le secteur des affaires. En effet, à l’initiative de «Gonaïves business union», les entreprises fermeront leurs portes les lundi 13 et mardi 14 mai 2019, en vue d’exiger des autorités d’assumer leurs responsabilités.

 

Le massacre de La Saline

La Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) a remis son rapport d’enquête sur le massacre de La Saline. Le mercredi 8 mai, en conférence bilan, le Commissaire du Gouvernement de Port-au-Prince, Me Paul Eronce Villard, a annoncé que, dans le dossier du massacre de La Saline où au moins 71 personnes ont été assassinées le 13 novembre 2018, environ 11 ont été appréhendées. Ce dossier est entre les mains du juge Chavannes Étienne, chargé de l’instruction. Par ailleurs, suite à une enquête sur le massacre de La Saline, la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) exige du Parquet de Port-au-Prince, l’arrestation de plusieurs personnes dont, notamment, le Directeur Général du Ministère de l’Intérieur, Fednel Monchéry, le Délégué départemental de l’Ouest, Rigaud Duplan, ainsi que Jimmy Chérizier, un agent de la Police Nationale d’Haïti (PNH), Grégory Antoine alias «Ti Grég », Bout JanJan et consorts, pour leur implication présumée dans ce massacre. Ils doivent être envoyés devant le tribunal criminel pour assassinat, association de malfaiteurs et détention illégale d’arme à feu, entre autres charges. Le parquetier a révélé que, de janvier à cette date, il a reçu pas moins de trois (3) rapports de la DCPJ sur le dossier du massacre de La Saline. Ces enquêtes, a-t-il dit, ont été réalisées grâce au support de l’UNPOL et de l’INTERPOL. Selon Me Paul Eronce Villard, le dernier rapport d’enquête de la DCPJ a été transmis le 23 avril 2019 au parquet de Port-au-Prince qui l’a acheminé, le mercredi 8 mai 2019, au cabinet du juge d’instruction, Chavannes Étienne. Maintenant, il revient à ce magistrat instructeur de décerner, si besoin est, des mandats dans le cadre de cette affaire, a fait valoir le commissaire du gouvernement. Également, Pierre Richard St-Fort, Polesse Doussous, Sadrac Brice et 15 autres personnes, aux ordres de la justice, seront poursuivies, a suggéré la police judiciaire, parce qu’elles se sont associées en malfaiteurs pour commettre des actes répressifs comme: assassinat, vol à main armée, viol, tentative d’assassinat, extorsion, incendie criminel. Le Bureau des affaires criminelles de la DCPJ, a appris le journal, suggèrerait que des mandats soient émis par les autorités judiciaires compétentes contre plus de 70 personnes, dont les nommés Joseph Pierre Richard Duplan, Délégué départemental de l’Ouest, Fednel Monchéry, Directeur général du ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales, Pierre Léon Saint-Rémy et Jimmy Chérizier, alias Barbecue, dans le cadre de ce dossier. Dans un rapport publié en date du 20 novembre 2018, le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) avait fait état de 71 personnes assassinées, 2 autres portées disparues, 11 victimes de viols collectifs, 5 personnes blessées, 150 maisons vandalisées et/ou criblées de balles à Projet La Saline et ses environs et des dizaines d’autres maisons incendiées à Nan Chabon».

Emmanuel Saintus

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