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Le marasme économique continue, malgré les potentialités régionales

« Il est très difficile d’attirer les investissements directs étrangers dans un contexte pareil. Il est même difficile de garder ceux qui sont là. Quelque part, on est dans un dilemme du prisonnier. » Le mercredi 1er mai 2019, plusieurs organisations ouvrières ont marché dans les rues de la capitale, Port-au-Prince. L’Objectif de ce mouvement ouvrier du 1er mai 2019 : exiger un montant de 1500 gourdes comme salaire minimum journalier pour les ouvrières et ouvriers, selon les informations obtenues. Cette marche du 1er mai 2019, à l’occasion de la Journée internationale des travailleuses et des travailleurs, viserait à forcer les autorités à satisfaire les revendications des ouvrières et des ouvriers, notamment la prise en compte du niveau du salaire minimum souhaité. La Centrale Nationale des Ouvriers Haïtiens, le Respect des Ouvriers Haïtiens de la Manufacture (ROHAM), Antèn Ouvriye Ayiti (A.O.A), entre autres, entendent dénoncer les mauvaises conditions de travail des ouvrières et des ouvriers, tout en réclamant de meilleurs accompagnements sociaux pour les ouvrières et les ouvriers. Ces organisations demandent au Sénat de la République, de porter à 1500 gourdes, le niveau de salaire minimum journalier en Haïti, au-delà de la proposition de loi, récemment votée par les députés. Le montant de 750 gourdes, voté par les députés comme salaire minimum journalier, ne saurait permettre aux ouvrières et ouvriers de reproduire leurs forces de travail, soulignent-elles, dans une lettre de revendications, adressée au président de la Commission des Affaires Sociales au Sénat, Wanique Pierre.

Par ailleurs, le tourisme dans le Sud du pays dispose d’un potentiel économique fort, qu’il s’agit aujourd’hui de mettre en valeur pour faire de cette région, comme dans le tableau de Préfèt Duffaut, « un jardin posé sur la mer ». Le tourisme pourrait ainsi être un levier fort de croissance économique et de création d’emplois ; mais, il est en perte de vitesse dans la région, même si le Sud d’Haïti reste un diamant à l’état pur, qu’il faut retirer d’un sac de charbon et le ciseler, sans se salir les mains. En effet, les nombreux rapports récents, consacrés à son attractivité, mettent l’accent sur ces points suivants :

  • le manque de vision stratégique des espaces dédiés au développement touristique,
  • l’anticipation insuffisante en matière de planification territoriale,
  • la nécessité de mieux prendre en compte l’économie touristique et ses liens avec l’économie du territoire où ces projets touristiques vont prendre forme,
  • L’incapacité manifeste de l‘État déconcentré et des municipalités, à assurer une gouvernance effective du territoire, particulièrement face aux risques.

La composante «tourisme » de tout projet de développement de la région doit donc être définie à partir des orientations d’aménagement et de développement de l’offre, fixées dans une stratégie touristique locale, sur la base d’un choix de positionnement marketing. Les plans d’urbanisme doivent donc être élaborés en tenant compte du tourisme comme secteur économique à part entière, en se basant sur cette stratégie touristique locale. Comme celle-ci n’existe pas, dès lors, les opérations structurantes d’hébergements touristiques marchands doivent faire l’objet d’une réflexion spécifique dans la définition des opérations d’aménagement, pour en déduire les effets induits par un développement touristique. La question du développement de l’hébergement marchand doit donc être abordée de manière globale. La réflexion sur l’attractivité de la région doit porter d’abord sur la qualité du cadre urbain environnant (bâti et non bâti). Un travail sur l’image des villes cœurs devrait être mené par les collectivités qui peuvent prévoir, par exemple, des actions de requalification des espaces publics (front de mer, circulations douces internes, place centrale…), des actions sur les façades (ravalements) et des opérations de rénovation de l’immobilier et l’aspect extérieur des constructions, sur la protection du patrimoine paysager ou urbain. Cette réflexion doit porter également sur les moyens que la collectivité est en mesure de mettre en œuvre pour favoriser l’implantation de nouveaux hébergements ou la rénovation d’hébergements existants. La collectivité peut, par exemple, intervenir en amont, en réalisant un programme d’équipements publics adaptés. Cette réflexion doit en plus s’inscrire dans ce qui fait cruellement défaut dans le projet de tourisme côtier durable, financé par la BID : un schéma de cohérence territoriale. Ce document porteur d’une vision intégratrice des problématiques d’urbanisme, de déplacements, de démographie et d’habitat, devrait être le cadre privilégié pour accompagner et anticiper le développement économique dans une logique de cohérence et de complémentarité avec les autres composantes de la planification touristique sur le territoire du Sud. Sa vocation devrait être de traiter, par exemple, des enjeux portant sur la consommation d’espaces par les activités touristiques et tertiaires, sur les conflits d’usages et la requalification d’espaces économiques mal utilisés, sur l’équilibre entre économie productive et économie résidentielle, sans oublier la pêche, l’activité agricole et les problématiques d’usage du foncier ou encore les technologies de l’information et de la communication, principalement dans leurs relations avec les systèmes productifs locaux de la région.

Altidor Jean Hervé

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