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L’économie du pays en situation criante

Un coup d’œil sur la gestion économique du pays vous permettra de voir facilement que la situation économique du pays est grave. Avec la montée de l’insécurité, le nombre d’Haïtiens qui entraient au pays autrefois durant la période pascale, a remarquablement diminué. Le bas de la ville est vidé de ses marchands aux profits d’autres marchés, les transactions bancaires ralentissent. Enfin, toutes les conditions sont réunies pour déboucher sur une crise économique toute aussi grave que la crise politique qui perdure depuis des ans dans le pays. À cet effet, le gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH), Jean Baden Dubois, s’est dit préoccupé par cette situation de l’économie. Il indique que l’analyse de l’accord sur le prêt concessionnel de 229 millions de dollars peut être reportée au 21 mai 2019. Concrètement, les autorités haïtiennes pourront, au plus tard, bénéficier du premier versement de 45 millions de dollars de cet accord, si les conditions sont remplies au 1er juin 2019. Si un gouvernement légitime n’est pas en place et ne parvient pas à faire voter le budget avec les conditions du Fonds Monétaire International (FMI) avant juin, il faudra alors renégocier l’accord.

Durant la période pascale, le plus grand marché public (Croix-des-Bossales) qui dessert Port-au-Prince est devenu l’endroit à éviter. Les affrontements entre gangs armés ralentissent les activités là-bas. À quelques mètres du Parlement, des détaillants tuent le temps. La peur au ventre, ils sont là. L’envie d’aller écouler ses produits ailleurs, habite encore l’un d’entre eux. «Je connais d’autres marchands qui se sont éparpillés dans divers marchés. Je reste ici, malgré les risques, parce que les espaces dans ces marchés sont déjà occupés », confie cette dame dans la cinquantaine. Un homme assis à ses côtés, conseille aux motards de ne pas s’aventurer dans les parages de Croix-des-Bossales, car dans cet endroit, les troupes armées font parler la poudre. À la 5e avenue Bolosse, à Martissant, un marché est ouvert. Des poissons séchés, des légumes, des ignames sont tous exposés. Mais pas d’acheteurs. «Ils ne viennent pas faire leurs emplettes ici en raison de l’insécurité », murmure une vendeuse de poissons. Martissant est l’une des zones de non-droit de la capitale. Au marché Salomon, c’est la grande affluence. Il fallait toute une gymnastique pour effectuer ses emplettes à travers les méandres de ce marché. Néanmoins, aux alentours de la mairie de Port-au-Prince, sur le Bicentenaire, des marchandes viennent quand même braver le danger, non loin de la Croix-des-Bossales, pour se procurer des épices, espérant la venue des acheteurs potentiels. D’autre part, la Banque de la République d’Haïti a révélé, dans sa dernière note de politique monétaire pour le deuxième trimestre de l’exercice fiscal 2018-2019, que 64% des réservations pour le mois de février 2019 ont été annulées. Une enquête avait été réalisée par la Direction Monnaie et Analyse économique auprès de 23 hôtels et a abouti à la conclusion que les troubles politiques ont eu un impact négatif sur l’hôtellerie et le tourisme, secteurs porteurs de richesse et de croissance économique.

La Banque Centrale a aussi souligné une réduction du nombre de vols des compagnies aériennes sur Haïti, secouée par une vague de manifestations violentes et d’émeutes visant à renverser le chef de l’État, Jovenel Moïse. Ajouter à cela, l’accroissement vertigineux de l’insécurité. Le Département d’État Américain avait, face à la montée de l’insécurité enregistrée lors de ces mouvements de rue, imposé sur Haïti son alerte à niveau 4, déconseillant les visiteurs étrangers à y venir. Dans ces conditions économiques somnambules arrive heureusement la 9e édition du sommet sur la finance et la technologie qui se déroule cette année : du lundi 22 au samedi 27 avril 2019. Le thème de cette neuvième édition : « Financer l’agritourisme ». Les quatre premiers jours seront consacrés aux sujets traditionnels à l’hôtel Karibe, à Juvénat. Le vendredi 26 et le samedi 27 avril, se réalisera sur le campus de l’Université Quisqueya, à Turgeau, le quatrième sommet de la Fintech, la technologie appliquée à la finance. Souhaitons qu’à la fin du sommet, une proposition de sortie de crise sera offerte au pays, afin de l’insuffler économiquement car la situation somnolente dans laquelle est plongée l’économie haïtienne ne peut durer.

Emmanuel Saintus

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