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Insécurité : les péripéties d’un peuple déjà en agonie

Des bandits sans foi ni loi, sans scrupules, certains, dit-on, sous contrôle des dirigeants au pouvoir, continuent de semer la terreur dans diverses régions en Haïti. Ces groupes armés en conflit ouvert avec d’autres groupes armés rivaux, luttaient pour le contrôle de territoire. Ces bandits lourdement armés, qui remplacent l’État, imposent leur loi, notamment dans les quartiers populeux. Dans la nuit du dimanche 14 avril, l’un des quartiers de La Saline, Tokyo, a été incendié par un groupe armé, dirigé par le chef de gang: Ti Junior, un proche du PHTK. Le quartier de « Macaron » a été complètement détruit par le feu. Selon les témoignages, les morts pourraient bien être nombreux car, en plus des personnes brulées vives, des corps décapités sans tête ont été découverts dans le quartier de Tokyo (La Saline). «Les tueurs seraient partis avec les têtes des victimes (environ une trentaine, dit-on), afin de dissimuler leur identité», a fait savoir un résident de La Saline qui intervenait sur les ondes d’une radio de la Capitale. Le mercredi 17 avril, les corps calcinés de quatre individus non identifiés ont été retrouvés à Tokyo, l’un des quartiers de La Saline. Les corps ont été retrouvés après que des bandes armées se soient affrontées et aient incendié plusieurs maisonnettes dans ce quartier. Les résidents ont dénoncé l’impossibilité pour les pompiers d’intervenir dans la zone, en raison de l’insécurité et de l’incapacité de la police à rétablir l’ordre et à protéger les vies et les biens.

La machine démoniaque de l’insécurité marche un peu partout et continue de broyer la population. Par-ci et par-là à Port-au-Prince, des malfrats illégalement armés par des autorités de la République, braquent, volent, tuent, pillent et incendient en temps voulu. Et la police, dont la mission est de protéger et de servir, reste impuissante face aux forfaits des gangs armés. Très indigné, un pasteur victime à La Saline, qui a eu le bâtiment logeant son église, incendié dans le cadre des événements du dimanche, appelle les autorités de l’État à assumer leurs responsabilités ou à jeter tout simplement l’éponge. Le mardi 16 avril, la «Gare MacDonald», où l’on vend des produits alimentaires, a été incendiée. Le marché de la Croix-des-Bossales, particulièrement la partie appelée « Gare MacDonald », a été brûlé par des inconnus armés, sans mobile apparent. À rappeler que le marché de la Croix-des-Bossales a été incendié six fois au cours du règne du régime PHTK. «Les hommes de « Bout Janjan», qui revenaient sur les lieux après avoir passé plusieurs jours hors de la zone, pourchassaient ceux de «Nan chabon», ont expliqué des marchandes victimes. Aussi, ont-elles ajouté, les hommes de « Bout Janjan » ont pillé certains entrepôts de marchandises, avant d’y mettre le feu.

 

La tension monte d’un cran dans la zone nord de l’aire métropolitaine où la violence bat son plein. Les gangs terrifient toute une population déjà en proie aux maux de l’inégalité sociale. Le jeudi 18 avril, à Martissant et dans les quartiers environnants, des agents de différentes unités de la Police Nationale d’Haïti (PNH), notamment les membres du SWAT et de l’Unité Départementale de Maintien d’Ordre (UDMO), appuyés par des agent la police onusienne (UNPOL), ont été déployés, afin d’assurer la sécurité de la population. Le 19 avril, à Martissant 7, une fusillade a eu lieu entre 5 bandits à bord d’une Toyota Prado qui s’apprêtaient à détourner un camion de marchandises, et la Police Nationale d’Haïti (PNH). 2 des bandits ont été tués. Les 3 autres ont réussi à s’échapper. Les résidents de La Saline, de Delmas 2, de Tokyo, de rue Saint-Martin mais également de Cité-Soleil appellent désespérément les autorités concernées à intervenir le plus vite possible pour freiner les ardeurs des bandits. Les policiers de l’Unité Départementale de Maintien d’Ordre dont leur base se trouve à Cité-Soleil et qui ont achevé leur service, sont eux aussi obligés de se terrer au commissariat. «Nous ne sommes pas attaqués mais nous ne pouvons pas sortir et nous n’avons pas d’ordre non plus de leur faire face», a affirmé un auditeur, se présentant comme un policier de l’UDMO. De nombreux observateurs se plaignent de constater que les forces de l’ordre sont incapables de rétablir l’ordre dans les zones dites de non-droit où des bandes armées terrorisent en toute quiétude, de jour comme de nuit, la population. De nombreux citoyens sont pris en otage chez eux, ne pouvant pas quitter leur domicile, en raison des tirs sporadiques qui retentissent dans ces zones. Ils font état de tirs sporadiques d’armes automatiques, entendus toute la nuit, ce qui paralyse complètement les activités dans ces bidonvilles, notamment au niveau de La Saline, du Carrefour de l’aviation, ou encore non loin de la Maternité Isaïe Jeanty, communément appelée hôpital Chancerelle, pratiquement vidée de son personnel médical et de ses patients. En plus, le nombre des employés au Parlement diminue considérablement ces derniers jours. Depuis le mercredi 17 avril 2019, les cas d’absence sont de plus en plus remarqués dans la majorité des bureaux au Sénat de la République comme à la Chambre des députés. Le climat d’insécurité qui s’installe dans la zone de La Saline, en est la cause principale. Les parlementaires eux aussi abandonnent l’espace et se trouvent actuellement dans leur circonscription ou département respectif.

 

Opération d’Arnel et de ses alliés

Le vendredi 19 avril, une situation de tension a régné dans la commune de Petite-Rivière de l’Artibonite, lorsque des individus lourdement armés ont attaqué le Commissariat de police. L’incident serait survenu après l’arrestation de plusieurs individus membres d’un gang armé dans la localité Nan Savien, dont un chef dénommé «Kébreau», par la police de Petite-Rivière de l’Artibonite. Les assaillants, furieux que leurs complices aient été transférés à Saint-Marc, ont décidé d’attaquer le Commissariat après avoir demandé du renfort auprès du chef de gang Arnel Joseph qui se trouve depuis quelques temps dans l’Artibonite. Selon des témoignages, Arnel serait intervenu activement aux côtés de ses hommes dans cette attaque. Les assaillants ont saccagé le commissariat et ont mis le feu aux véhicules de police. Deux assaillants ont perdu la vie et un policier en est sorti blessé. À la suite de l’attaque armée contre le Commissariat de Petite-Rivière de l’Artibonite, le vendredi 19 avril, la Police Nationale d’Haïti (PNH) a déployé une unité d’élite et a repris le contrôle de la situation. Dans une note de la Primature, datée du 20 avril, le Premier Ministre a.i., Jean-Michel Lapin, également Président du Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN), se dit déterminé à faire face au climat d’insécurité et réaffirme sa volonté de combattre l’insécurité partout dans le pays. Il informe que des déploiements similaires seront effectués dans toutes les zones occupées par des gangs armés, sur l’ensemble du territoire national et que des instructions claires ont été passées à cet effet au Directeur Général de la Police Nationale d’Haïti (PNH), Michel-Ange Gédéon, et aux autorités concernées, pour traquer et mettre hors d’état de nuire, tous les gangs armés qui sèment le deuil et la peur au sein de la population et de rétablir le calme et la paix au pays. Il conclut ainsi: «L’État, au plus haut niveau, réaffirme la volonté des forces de l’ordre à résoudre ce problème d’insécurité». Léon Ronsard Saint-Cyr, secrétaire d’État à la Sécurité publique, a lancé un appel aux groupes armés pour qu’ils déposent leurs armes et intègrent le programme de réinsertion du Gouvernement. Par ailleurs, il a expliqué que la raison pour laquelle des chefs de gang sont toujours en liberté, c’est simplement parce que le Gouvernement veut éviter des pertes dans la population si les forces de l’ordre tentent de les capturer par la force. «En qualifiant l’action des gangs de guérilla urbaine, l’État risque de concéder aux bandits le statut de révolutionnaires. Ainsi, ils ne seront plus considérés comme des criminels visant un gain économique illicite, mais comme des combattants armés, visant un but politique légitime». Telle est la réflexion émise par James Boyard, enseignant-chercheur à l’UEH, concernant cette déclaration du Premier Ministre a.i.

 

Par ailleurs, en raison des affrontements armés entre gangs rivaux, la situation sécuritaire du bureau des douanes de Port-au-Prince est chaque jour de plus en plus précaire. L’Association des douaniers d’Haïti (ADH) lance un appel au secours aux autorités policières et judiciaires, et réclame des mesures d’urgence. Si rien n’est fait, l’ADH n’écarte pas de recourir à des moyens de pression contraignants.

Emmanuel Saintus

 

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