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Salaire: le mensonge de l’ADIH

Près de 60 000 emplois sont en danger, a menacé le responsable de l’Association des Industries d’Haïti (ADIH), après le vote de la Chambre des Députés sur le salaire minimum. Le vote de la Chambre basse sur le salaire minimum fait débat. Le dossier salaire minimum est presque sur toutes les lèvres depuis le vote de la loi modifiant les salaires minimum à la Chambre basse. Plusieurs responsables d’associations de patrons et du secteur privé se montrent très inquiets sur les conséquences que pourrait avoir une telle loi, si elle est entérinée au Sénat de la République, sur les emplois en Haïti. Ils reprochent aux députés d’avoir pris une telle décision sans avoir consulté les principaux acteurs du système. «La Chambre des députés semble ainsi avoir balayé d’un revers de main les attributions du Conseil Supérieur des Salaires (CSS), seule institution étatique incontournable devant traiter sur ce sujet. Cette décision aurait été prise sans consultation préalable avec les secteurs concernés, en dehors du processus tripartite, et nous est donc parvenue comme un autre déstabilisateur au sein d’un secteur en plein rétablissement d’une période d’instabilité socio-économique dévastatrice », a dit l’ADIH, dans une note. Pour le député Cholzer Chancy, cette consultation n’aurait pas été nécessaire. «Nous n’avons pas besoin des avis d’experts pour comprendre la nécessité d’ajuster les salaires », a indiqué le parlementaire. Cholzer Chancy s’arcboute sur une approche comparative du taux de change. «Nous avons remarqué que quand le salaire était de 200 gourdes, on avait besoin de trente-cinq à quarante gourdes pour un dollar, aujourd’hui, il nous faut près de quatre-vingt cinq gourdes », avance l’élu d’Ennery. Cholzer Chancy justifie la loi votée par la Chambre des députés par la hausse du taux d’inflation qui est passé de 15,5% en janvier à 17% en février. «Il y a une disparité assez énorme qu’il faut corriger », a déclaré le député qui estime que les ouvriers sont beaucoup plus affectés par l’inflation que les patrons, tout en minimisant la position des associations du patronat qui expriment leurs inquiétudes par rapport à cette loi qui risque d’affecter le nombre d’emplois créés dans le secteur de la sous-traitance. «C’était le même discours en 2009 », a conclu le député Cholzer Chancy. En plus, le vendredi 5 avril 2019, le Président Jovenel Moïse s’est entretenu avec les membres du Conseil d’Administration de la compagnie de textile Sud-Coréenne S&H Global S.A. établie au Parc Industriel de Caracol, qui a décidé de poursuivre son extension en République Dominicaine et non en Haïti. Les discussions ont porté sur la gestion du Parc Industriel, le salaire minimum, le coût de l’électricité et les emplois. Dans le même temps, 8 manufactures coréennes du secteur textile installées en Haïti : Elansia S.A., Centri Group S.A., Haiti Cheung Won S.A., Hansae Haiti S.A., H&H Textiles S.A., MBI HAITI S.A., Pacific sports Haiti S.A. et The Willbes Haitian S.A., qui représentent près du tiers des 926 millions de dollars d’exportation et des milliers d’emplois, ont écrit à l’Association Des industries d’Haïti (ADIH), pour exprimer leurs vives préoccupations, suite au vote des députés, le 26 mars dernier, d’une proposition de loi révisant le salaire minimum qui propose une augmentation du salaire minimum des ouvriers de la sous-traitance de 78,5%. Ces entreprises se disent « très choquées et insatisfaites » et demande l’aide de l’ADIH pour leur assurer que l’augmentation du salaire minimum « soit fixée en tenant compte de la législation haïtienne et de la réalisation des études effectuées par le CSS (Conseil Supérieur des Salaires) comme elle l’a été l’an dernier.» «Si la proposition suggérée par la Chambre des députés entre en vigueur, «cela va causer des dommages énormes non seulement à nous, mais à la population et à tout le secteur », précisant entre autres que les millions de dollars d’investissements prévus pour les trois prochaines années par les entreprises textiles coréennes ne pourront pas être réalisés, anticipant également des pertes d’emplois immédiates. Ces entreprises coréennes rappellent que plusieurs pays voisins dans la région sont de plus en plus compétitifs et que, devant une telle augmentation, «il ne sera plus intéressant d’investir en Haïti. Nos clients vont retirer leurs activités ici, en raison de la situation et nous ne pourrons plus continuer nos activités». Au-delà de simples avertissements, la compagnie S&H Global S.A, filiale haïtienne de Sae-A Trading Co. Ltd, l’une des plus grandes entreprises coréenne de fabrication de vêtements dans le monde, qui a investi 78 millions de dollars pour développer ses opérations dans le Parc Industriel de Caracol (PIC), a déjà pris la décision de réaliser son extension en République Dominicaine, (prévues initialement en Haïti) privant ainsi l’économie haïtienne de la création de plus de 10 000 emplois. Selon la loi votée le 26 mars, le salaire des ouvriers du segment A passe de 500 à 800 gourdes, le segment B de 400 à 600 gourdes, le segment C de 350 à 425 gourdes, le segment E de 215 à 335 gourdes, le segment F de 420 à 750 gourdes, le segment G de 400 à 750 gourdes et le segment H de 400 à 600 gourdes.

Emmanuel Saintus

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