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Les réactions pleuvent, suite à ce mouvement de «Pays Lock»

Dans sa lecture sur la crise haïtienne, le sociologue haïtien, Laënnec Hurbon, soutient que les émeutes de ces derniers jours sont l’expression de la colère de la population contre la corruption. Interrogé par Radio France Internationale (RFI), M. Hurbon, chercheur au CNRS, s’est étonné que les manifestations de protestation se soient poursuivies au-delà de 7 jours. Il est critique vis-à-vis du chef de l’État, estimant que M. Jovenel Moïse avait peut être misé sur l’incapacité des citoyens à poursuivre la mobilisation au-delà de 3 jours. M. Hurbon assure que la mobilisation est dans toutes les villes et les villages, puisque les gens ont un ras-le-bol de la corruption liée à la misère. De l’avis de M. Hurbon, il est évident que l’affaire PetroCaribe a été l’élément déclencheur des manifestations lancées depuis le 7 février 2019. Il fait remarquer qu’on ne peut accuser les gens d’être manipulés, puisque la mobilisation est dans toutes les classes sociales. Selon M. Hurbon, le chef de l’État s’évertue à protéger les membres de son parti politique qui étaient impliqués dans la gestion des fonds PetroCaribe. Il dénonce la mauvaise gestion et l’opulence affichée des membres des pouvoirs exécutifs et législatifs qui ont eu pour effet d’exacerber la colère des couches vulnérables dans les quartiers populeux.

Pour sa part, la Commission interaméricaine des droits humains (CIDH) exhorte l’État à entamer un dialogue avec tous les acteurs concernés pour une issue à « la grave crise politique et économique » que traverse le pays. Ce dialogue doit être « pacifique, inclusif et strictement respectueux des droits humains », souligne la CIDH, dans un communiqué de presse en date du mercredi 13 février 2019. Elle se dit préoccupée face à la situation actuelle de violence qui aurait causé la mort d’au moins 7 personnes en Haïti. Des manifestations émaillées de pillages et d’actes de violence se poursuivent depuis le jeudi 7 février 2019, en vue de réclamer la démission du Président Jovenel Moïse. Tout en exprimant sa solidarité avec les familles des personnes décédées, la CIDH exhorte toutes les parties à rejeter et à cesser toute violence. Elle appelle également l’État haïtien à enquêter sur les décès, avec diligence et dans le respect de la légalité, pour déterminer des responsabilités et rendre justice. Le Centre d’Analyse et de Recherche en Droits Humains (CARDH) se dit lui aussi préoccupé face à la détérioration constante de l’actuelle crise sociopolitique et économique qui sévit en Haïti. Cette dégradation entraîne notamment l’augmentation du nombre de personnes tuées par balles, la non disponibilité des soins de santé pour les blessés et les patients des hôpitaux, souligne le CARDH, dans un communiqué en date du jeudi 14 février 2019. Selon les organismes des droits humains, une dizaine de décès ont été enregistrés lors des mobilisations enclenchées depuis le jeudi 7 février 2019, en vue d’exiger la démission de Jovenel Moïse, alors que l’opposition politique parle d’une cinquantaine. Les évêques catholiques romains en Haïti lancent, pour leurs parts, un cri d’alarme aux protagonistes politiques, par rapport à la conjoncture difficile que connaît actuellement le pays, dans un communiqué. Les évêques catholiques romains en appellent à la conscience citoyenne des différentes parties, en vue d’une décision patriotique, ne serait-ce qu’au prix de grands sacrifices. Ils encouragent à trouver une solution de sagesse qui prendrait en compte les intérêts supérieurs de la nation et de la défense du bien commun. «Nous devons nous réveiller pour prendre ensemble toute la mesure du danger qui nous menace, toutes et tous. C’est le moment d’unir nos forces et nos intelligences pour sauver notre barque commune, Haïti, qui est notre fierté», exhortent-ils. Des pertes humaines (plus de 10 morts depuis le 7 février 2019) et matérielles (bilan encore inestimable durant tous les jours des casses) ont été enregistrées ces derniers temps, dans les voyages clandestins et les manifestations de rues, déplorent-ils, profitant pour présenter leurs sympathies aux victimes et aux parents des victimes. De plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer la démission du Président de la République Jovenel Moïse. La Conférence des Pasteurs Haïtiens croit que le départ du chef de l’État est le seul moyen pour calmer la tension politique qui ne cesse de monter depuis plusieurs jours dans le pays. La COPAH met en avant la détérioration des conditions de vie de la population. La confédération appelle Jovenel Moïse à faire un geste patriotique pour permettre aux acteurs sociaux, politiques et économiques, de trouver une issue durable aux problèmes sociaux économiques et politiques auxquels Haïti fait face. La présence de l’élu du parti haïtien Tèt Kale (PHTK) est un handicap à la tenue du procès PetroCaribe et au jugement des auteurs du massacre perpétré dans le quartier de La Saline en décembre 2018, juge le secrétaire exécutif de la COPAH, Normil Dorvila. L’ancien Premier ministre Evans Paul, un allié du pouvoir, estime quand à lui que si Jovenel Moïse ne dirige rien, «vaut mieux qu’il parte…» Depuis 7 jours, les principaux axes routiers du pays sont bloqués, le transport en commun, les écoles, les industries, le commerce, l’administration publique… sont paralysés. Au Centre-ville de Port-au-Prince comme à Delmas, des individus pillent et brûlent des magasins. Parce qu’ils sont incapables de rétablir l’autorité de l’État, le Président de la République et le Premier ministre observent un silence assourdissant. «Le pays est à la dérive ! Si un président ne dirige rien, vaut mieux qu’il parte», a préconisé Evans Paul. « Aller oui, mais comment aller ? Et remplacer par qui ? », se demande perplexe Evans Paul, dans une interview accordée au Nouvelliste, le mercredi 13 février 2019. L’ancien Premier ministre se demande aussi si le départ de Jovenel Moïse est la solution à la crise. Selon lui, il n’y a pas une alternative clairement exprimée après un éventuel départ du chef de l’État.

Altidor Jean Hervé

 

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