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7 février, échec total du pouvoir

La crise socio-politique a pris de l’ampleur dans plusieurs régions en Haïti où de nombreux mouvements de contestation ont été remarqués. La crise économique, la vie chère, l’inflation, l’insécurité, la corruption et la mauvaise gestion du Gouvernement Jovenel / Céant ont poussé des centaines de milliers de personnes dans les rues d’Haïti, pour exiger la démission de Jovenel et de son équipe au pouvoir. Les activités ont été paralysées dans la zone métropolitaine et dans plusieurs villes de province. L’appel du gouvernement à la reprise des activités n’a visiblement pas été suivi. Malgré la présence policière, le Gouvernement semble ne plus avoir le contrôle de la situation où la désobéissance civile semble être le mot d’ordre de la population. Le lundi 11 février, 5e jour de manifestation, sur fond de coups de feu et de rafales d’armes automatiques sporadiques, et dans une atmosphère enfumée de pneus enflammés, la journée à été très mouvementée à Port-au-Prince et dans les communes avoisinantes où les dégâts s’annoncent considérables. Les manifestants ont lancés des pierres sur de nombreux business à Delmas, pour exprimer leur colère et exiger le départ du Chef de l’État. De nombreuses barricades de pneus enflammés ont été érigées sur plusieurs axes routiers, notamment John Brown, Bourdon, Canapé vert et Lalue. La situation est demeurée très tendue à Port-au-Prince où la plupart des magasins sont restés fermés, alors que les rues sont désertées par la population. Les forces de l’ordre ont affronté, à plusieurs reprises, les manifestants sur la route de Delmas et de l’aéroport, et ont fait usage de gaz lacrymogène pour reprendre le contrôle de la situation. Sur la route de Nazon, des individus ont lancé un engin explosif sur une génératrice de la UNIBANK, jetant également des pierres sur l’institution financière. À la rue Pavée, c’est la succursale de la SOGEBANK qui a été attaquée par des individus cagoulés qui ont brisé les vitrines et tenté d’incendier la banque. Toujours sur la rue Pavée, des individus ont mis le feu à une station service a proximité du Palais National, l’intervention rapide des pompiers a permis d’éviter le pire et la propagation de l’incendie. Le samedi 9 février vers 20h00, un véhicule blindé de transport de troupes de la MINUJUSTH, déployées en renfort, a percuté un tap-tap sur la route de Canapé-vert causant la mort de 4 personnes et blessant 9 policiers, dont 4 grièvement. L’inspecteur Gary Desrosiers, Porte-parole de la Police Nationale d’Haïti (PNH), a fait savoir qu’un policier de la PNH et 8 policiers des Nations Unies qui ont été blessés, font actuellement l’objet de soins. Le policer de la PNH et 3 policiers des Nations Unis seraient grièvement blessés, 2 d’entre eux seraient dans le coma. Helen La Lime, Représentante Spéciale du Secrétaire général en Haïti, présente ses condoléances aux familles des victimes et ses sympathies aux personnes blessées. « Je suis profondément attristée par les pertes en vies humaines et souhaiterais présenter mes sincères condoléances aux familles et aux amis des défunts, ainsi que ma vive compassion aux blessés, » a indiqué Mme La Lime, soulignant: « j’ai demandé que les circonstances de cet accident fassent l’objet d’une enquête approfondie. » À Port-au-Prince, plusieurs manifestations spontanées ont été réalisées. Plusieurs personnes ont été blessées et des dizaines d’autres tuées par balle, lors des manifestations contre la corruption, la mauvaise gestion du Gouvernement, l’insécurité, la vie chère, exigeant la démission de Jovenel Moïse, depuis le 7 février.

 

Un bilan partiel

Selon un bilan des responsables de l’opposition démocratique, 52 personnes sont mortes sous les balles dans les 10 départements, 247 autres sont blessées par balles et 519 ont été arrêtées dont 250 ont déjà été libérées. Le samedi 9 février, la police a dû faire usage de ses armes, en tirant à balles réelles pour disperser des centaines de manifestants en colère qui s’étaient rassemblés devant l’hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH) où les corps avaient été transportés. Un jeune adolescent de 14 ans a été abattu par les agents de l’UDMO à la rue Monseigneur Guilloux, à proximité de l’HUEH. Le samedi 9 février, la capitale, Port-au-Prince, a été progressivement bloquée par des barricades de pneus enflammés, des carcasses de voitures, des branches d’arbres et des roches. Au Champ-de-Mars, des policiers ont dû faire usage de gaz lacrymogène pour disperser les manifestants qui leur jetaient des pierres et d’autres objets. À Carrefour, des milliers de manifestants très motivés ont envahi le béton pour réclamer le départ de Jovenel Moïse, scandant des slogans hostiles au Gouvernement et érigeant des barricades. À Pétion-Ville, des manifestants ont bloqué l’accès à la route de Kenscoff conduisant à Pèlerin où se trouve la résidence de Jovenel Moïse. À Pèlerin 5, des barricades de pneus enflammés avaient été érigées et des situations de panique rapportées, à la suite de coups de feu. La maison du Président Moïse a été la cible de jets de pierres, à la suite, semble-t-il, d’un incident avec un des agents de sécurité du cortège de l’ancien Premier Ministre, Jack Guy Lafontant, qui aurait agressé une dame sur la route de Pèlerin, provoquant des jets de pierres contre le cortège de l’ex-Premier Ministre qui était sur la route conduisant à la résidence du Chef de l’État. Au cours de cet affrontement, un agent de sécurité de Lafontant a blessé par balle un motocycliste. En outre, le vendredi 8 février 2019 au Palais National, au lendemain d’une journée de manifestation, et alors que des pneus brûlaient un peu partout dans la capitale et que des tirs d’armes automatiques sporadiques se faisaient entendre non loin du Palais, le Président Jovenel Moïse a rencontré les importateurs de riz de l’Artibonite, afin d’analyser les possibilités de réduire le prix de cette denrée, l’une des plus importantes dans le panier de la ménagère haïtienne. Lors de cette réunion, Jovenel Moïse a tenu à souligner que les problèmes ne sont pas uniquement d’ordre politique, assurant qu’il ne quittera pas le pouvoir avant la fin de son mandat, encourageant l’opposition qui réclame sa démission, si elle a une solution pour résoudre la crise que traverse le pays, à emprunter le chemin des urnes et à respecter la Constitution. D’une durée d’à peine 10 minutes, lors de son message, le Chef de l’État avait peu de choses à annoncer sur sa réunion avec les importateurs de riz, sauf qu’il avait instruit le Premier Ministre de trouver une entente avec les importateurs de riz, en vue de la baisse du prix et qu’il attendait le résultat des négociations. Concernant le déficit budgétaire, il a parlé de la décision de réduire le train de vie de l’administration, de l’état d’urgence économique et du nouveau Pacte de Gouvernance signé entre le ministère des Finances et la BRH, ce qui devrait assurer que le déficit ne dépasse pas 1 milliard de gourdes par mois. Questionné sur sa démission réclamée à cors et à cris par la population, il a rejeté une nouvelle fois cet appel et déclaré: « Nous sommes pour le respect de la Constitution. Nous avons participé à une élection. Nous avons été élu Président. Nous sommes disposés à parler avec tous nos frères et sœurs sur les difficultés auxquelles le pays est confronté. Si une personne pense ou imagine avoir la solution toute faite, la seule façon pour que cette solution puisse être mise sur la table, est d’aller aux élections pour en faire la promesse », a dit Jovenel Moïse, ajoutant: « Nous savons que le problème du pays n’est pas seulement politique. Il est social et économique. Il faut s’asseoir et se regarder dans les yeux pour mettre le pays sur la voie du changement ».

Emmanuel Saintus

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