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La crise financière, le mal d’enfer du pays

La situation économique du pays est en pleine détérioration, surtout avec la dévalorisation de la gourde par rapport au dollar, qui accompagne l’accroissement des prix des produits de première nécessité. Le président de la commission éthique et anti corruption du Sénat haïtien, Youri Latortue, accuse le gouvernement d’avoir provoqué la crise de l’économie haïtienne, en utilisant des fonds de réserve pour l’achat de produits pétroliers. L’ex-président du Sénat, qui enquête sur plusieurs dossiers de corruption, assure que les ressources financières ont été utilisées pour payer la compagnie allemande, Dermalog. Cette compagnie, qui a signé un contrat de 27 millions de dollars avec Haïti, a débuté récemment ses activités. Le contrat est contesté par le Sénat qui l’a jugé non conforme à la législation sur la passation de marché. De l’avis de M. Latortue, il y a eu détournement de fonds et financement d’un contrat non validé par la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA). De plus, il soutient que l’utilisation des réserves pour l’acquisition des hydrocarbures a provoqué une dévaluation accélérée de la gourde. Le taux de change de la gourde par rapport au dollar américain est supérieur à 81 gourdes dans plusieurs institutions bancaires. Pour sa part, le docteur en économie, M. Eddy Labossière, a fait savoir que la crise du taux de change risque de provoquer la chute du pouvoir de Jovenel Moïse. La gourde dégringole à un rythme effréné, au point qu’il faut aujourd’hui 82 gourdes pour se procurer un dollar américain. «Le pire est qu’on ne voit rien de précis qui soit capable d’arrêter cette descente vertigineuse, » a indiqué l’économiste, expliquant que les instruments de la Banque de la République d’Haïti (BRH) ne sont plus efficaces, les réserves sont réduites à une peau de chagrin, à peine 800 millions de dollars. De plus, on ne peut plus parler de production nationale, a-t-il dit. Face à cette escalade, si l’opposition n’arrive pas à renverser le gouvernement, la dégradation de la monnaie locale (la gourde) avec un taux qui pourrait atteindre les 100-150 gourdes pour 1 dollar, pourrait se charger de le faire. Le gouvernement va sans doute vouloir verser dans la répression, face à une population qui ne va certainement pas rester les bras croisés. Pour le docteur Eddy Labossière, ce gouvernement est un gouvernement illogique qui n’a aucun sens de la mesure. Même sans budget, il a versé dans des dépenses abusives, ayant provoqué un déficit de 18 milliards de gourdes. Malgré l’effondrement du pouvoir d’achat des citoyens, les dépenses courantes de l’État ont augmenté de 35% au cours du dernier trimestre, dénonce-t-il. La gourde est en chute libre par rapport au dollar, le déficit budgétaire se creuse de plus en plus, le taux d’inflation a atteint les 15,1%, les prix des produits de première nécessité ne cessent de grimper… C’est la débandade totale dans l’économie du pays. Toutes les conditions sont réunies pour un éclatement social. Face à cette situation de tension, le gouvernement veut appliquer le « cash monitoring ». Cette mesure consiste à diminuer considérablement les dépenses publiques, à limiter le déficit budgétaire et à faire baisser la pression sur le dollar américain. Même s’ils ne sont pas en de bons termes depuis un certain temps, le Président de la République et le Premier ministre multiplient les rencontres, en vue d’éviter le pire dans l’économie du pays. Jovenel Moïse et Jean-Henry Céant se sont donc entretenus mercredi sur la situation du pays et sur les grandes décisions à prendre pour stopper la décote de la gourde et le déficit budgétaire. Après ces rencontres, il est décidé que le gouvernement applique le « cash monitoring » des dépenses publiques. « Le gouvernement va payer les salaires des fonctionnaires de l’administration publique. Les dépenses non essentielles seront supprimées. Le déficit budgétaire sera réduit de façon drastique à un milliard de gourdes par mois. Hormis les salaires, toutes les dépenses publiques doivent avoir un impact sur la production nationale… », a confié, au journal Le Nouvelliste, Guichard Doré, conseiller spécial du président de la République, à l’issue d’une rencontre à la Primature. Cependant, le conseiller du président a souligné que les programmes sociaux qui soulagent les couches les plus vulnérables seront maintenus. Notons que dans une circulaire en date du 29 janvier 2019, adressée aux banques commerciales, aux banques d’épargne et de logement et aux institutions financières non bancaires, la Banque de la République d’Haïti (BRH) a annoncé de nouvelles modifications au niveau des coefficients de réserves obligatoires. Cette mesure concernant les taux des réserves obligatoires sur les passifs libellés en gourdes et en monnaies étrangères seront constitués, à compter du 4 février 2019, respectivement de 45% et de 51% pour les banques commerciales. Les coefficients de réserves obligatoires sur les passifs en monnaie locale seront fixés à 33,5% pour les banques d’épargne et de logement. La BRH a fixé le taux de réserves obligatoires sur les passifs en monnaies étrangères pour ces entreprises à 39,50%. Cette mesure va toucher aussi les institutions financières non bancaires. Pour ces entreprises, les taux des réserves obligatoires sur les passifs en gourdes et en monnaies étrangères seront fixés respectivement à 45% et 51%.

Altidor Jean Hervé

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