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La corruption prend des plus grandes proportions en Haïti

Dans le tableau 2018, publié le mardi 29 janvier 2019 par Transparency International, Haïti a régressé, se retrouvant à une peu reluisante 161ème position sur 180 pays. Haïti obtient un score de 20 sur 100. En 2017, le score d’Haïti était de 22 sur 100 contre 20 sur 100 en 2016, et 17 sur 100 en 2015. Dans la région des Amériques, Haïti ne devance que le Venezuela confronté à une grave crise politique. Plusieurs scandales, dont le fameux dossier PetroCaribe, ont provoqué de grandes manifestations sur l’ensemble du territoire en 2018. La commission éthique et anti corruption du Sénat a tiré la sonnette d’alarme sur plusieurs dossiers, indexant les officiels du gouvernement. L’opposition et le gouvernement revendiquent le droit de conduire la lutte contre la corruption, tandis que les membres des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire sont accusés d’implication dans des cas de corruption. La corruption effrite la démocratie et produit un cercle vicieux, en sapant les institutions démocratiques. En effet, plus ces institutions sont faibles, moins elles sont en mesure de contrôler la corruption », a déclaré Patricia Moreira, directrice générale de Transparency International. Le président du Sénat haïtien, Carl Murat Cantave, juge indispensable l’organisation d’un procès sur le dossier PetroCaribe. Le sénateur de l’Artibonite estime que, dans l’état actuel du dossier, les pouvoirs publics sont dans l’obligation de répondre aux revendications de la population, en organisant le procès. Le procès doit inévitablement être réalisé, a dit M. Cantave. Il promet d’œuvrer dans le cadre du processus de reddition de comptes, arguant que le Sénat orientera ses actions dans cette direction. Le Sénat doit accompagner le dossier jusqu’à ce que justice soit rendue, a-t-il insisté, pressant le gouvernement à adopter des dispositions pour favoriser le déroulement de l’enquête. M. Cantave a confié que le dossier PetroCaribe avait provoqué une fracture au Grand Corps, au cours de l’année écoulée. La décision de transmettre le dossier à la Cour des Comptes avait provoqué une réaction virulente de l’opposition radicale et des groupes modérés, entraînant un quasi dysfonctionnement du Sénat. Un an après, le dossier revient au Sénat et le nouveau président assure avoir tiré les leçons de la gestion antérieure. «L’expérience nous a ouvert les yeux, » lance M. Cantave, promettant que le suivi approprié sera accordé au dossier. La Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux administratif a remis le rapport de l’enquête réalisée sur l’utilisation des fonds PetroCaribe en mains propres, au président du Sénat de la République, Carl-Murat Cantave, lors d’une séance spéciale au Grand Corps, le jeudi 31 janvier 2019. Lors de la remise du document, le président de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA), Volmar Demesyeux, a précisé qu’il s’agit d’un rapport partiel. Le tribunal administratif n’a pu réaliser un travail exhaustif, en raison de la réception tardive de certains documents, a-t-il précisé. Des sénateurs comme Joseph Lambert, Youri Latortue, saluent le travail effectué par la Cour qui, selon eux, vient confirmer les révélations des enquêtes sénatoriales. L’ancien président du Sénat, Joseph Lambert, prédit déjà qu’il y aura des agitations dans le pays, considérant les personnalités indexées dans ce rapport. À la suite de la réception du rapport, le président du Sénat haïtien, Carl Murat Cantave, affirme que la publication du rapport PetroCaribe constitue une nouvelle page d’histoire pour Haïti. «C’est une nouvelle page d’histoire qu’on est en train d’écrire et la postérité va jouir des fruits de cette page d’histoire,» a laissé entendre M. Cantave. En recevant le rapport du président de la Cour des Comptes, Volmar Demesyeux, le président du Sénat a promis de faire le suivi du dossier. «Nous allons prendre toutes les dispositions nécessaires pour que ce dossier aboutisse,» a martelé M. Cantave, faisant allusion à la tenue d’un procès sur ce scandale financier. Il prévient que le dossier sera traité au Sénat sans dilatoire et sans émotion, et ne sera pas expéditif. Dans son intervention, M. Cantave a admis que les sénateurs étaient dans l’attente du document, puisque le dossier avait polarisé le Grand Corps en 2018. Il a salué le travail accompli par les conseillers de la Cour des Comptes, suivant la requête du Sénat.

 

Le rapport de la Cour s’étend sur une période de 10 ans (mars 2008 – avril 2018). L’audit est réalisé sur les projets et concerne les administrations de René Préval, Michel Martelly, Jocelerme Privert et Jovenel Moïse. Les conseillers ont analysé 409 projets exécutés au cours de cette période par les différents conseils des ministres. 4 237 598 789 dollars sont concernés dans l’accord sur la vente de produits pétroliers par le Venezuela à Haïti, dans le cadre de l’accord PetroCaribe. De cette enveloppe monétisée, le Bureau de Monétisation de l’Aide Publique au Développement (BMPAD) a dépensé 2 258 796 683 dollars. Ces ressources financières ont été dépensées dans la réalisation de 409 projets et dans la vente de carburant à SOGENER et à EDH. Plus de 600 millions de dollars ont été dépensés dans le carburant alloué aux deux compagnies qui produisent l’énergie électrique. 40% de l’enveloppe totale, soit plus de 1,9 milliards, devraient en principe être payé par l’État haïtien dans les 45 jours après la livraison des produits pétroliers. C’est la première fois qu’une enquête précise que le montant en question dans l’affaire PetroCaribe est de 2 258 millions de dollars. L’audit de la Cour concerne les projets réalisés par 5 institutions : le BMPAD (2), le ministère de la Planification et de la Coopération Externe (17), le ministère des Travaux publics (20), le ministère du Tourisme (9), le ministère de l’Agriculture (9). Après l’analyse de chaque projet, les vérificateurs de la Cour des Comptes identifient les responsables. Trois niveaux de responsabilité sont listés:

  • premièrement les ministres et les directeurs généraux,
  • en deuxième lieu les membres des comités d’évaluation,
  • et enfin les comptables et administrateurs des ministères.

Altidor Jean Hervé

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