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Haïti, quel espoir?

Taw, taw taw, taaaaaaaaaaaaw, taw! «yon vye malere» dont le père est en Afrique, pour répéter Dessalines, les éternelles victimes politiques, sociales et économiques d’Haïti. Elles tombent sous les balles assassines de groupes armés qui s’affrontent entre eux ou avec la Police nationale. Ces groupes armés, ce sont des jeunes, des adolescents, des enfants qui, en 2004, «nou sonje?», tuaient, brûlaient tout sur leur passage, et pour faire fortune, pratiquaient aussi le kidnapping. On avait alors accusé le président Aristide d’être l’instigateur de ce phénomène. Mais on avait oublié le Général Raoul Cédras et consorts qui les avaient utilisés, et l’armée d’Haïti avant ces derniers, les fameux attachés militaires, l’époque des gouvernements militaires, l’incendie de l’église Saint-Jean Bosco, les massacres, les répressions, tant d’autres catastrophes de ce genre. Encore, «nou sonje»? En 2004, tous les camps avaient leurs propres armées de jeunes, d’adolescents. Mais que sont-ils devenus? La justice a pris le soin de traquer et d’arrêter ceux du président Aristide, qui étaient les plus connus et plus fidèles. Les autres, que sont-ils devenus? Ils peuvent être n’importe où, dans le législatif, dans le judiciaire et même dans l’exécutif. Il faut se rappeler que la justice est aveugle. Ceux qui étaient des adolescents, des enfants, ont grandi en tant qu’humains, Et, en tant que «groupes organisés», ils ont appris la leçon de leurs prédécesseurs. Ils s’organisent pour assurer leur survie. Ces groupes armés sont les purs produits de la misère, des problèmes sociopolitiques et économiques qui les nourrissent, et de la politicaillerie haïtienne. Nous les avons créés. À eux seuls, ils peuvent réduire le pays à feu et à sang, grâce à des promoteurs qui sont des démocrates avérés, des fervents défenseurs du peuple haïtien. Un terme qui revient souvent: «pèp la». «Pèp la» a tellement de défenseurs, qu’à chaque mandat d’un président, d’un nommé ou d’un élu quelconque, il devient plus pauvre, et ses défenseurs, plus riches. Ces groupes armés sont retranchés dans des blocs qui ne font même pas la taille d’un terrain de football. Autant de blocs, autant de jeunes ou d’adolescents armés. Aucune revendication dite démocratique, quelle qu’elle soit, ne passera, sans les avoir préalablement mobilisés. Ils sont le bras armé de la démocratie ou des démocrates. Il faut les armer et les financer car ils protègent leur vote, lors des élections. Ils peuvent mettre la pression, si c’est l’opposition qui les contrôle, et, si c’est le gouvernement en place, ils sont alors utilisés pour la répression officieuse. Politiquement, c’est correct, paraît-il. La police, elle, pour rétablir la paix, traque, arrête et, dans certains cas, exécute ces jeunes, ces adolescents. La police fait en quelque sorte le sale travail des politiciens, des bandits qui se font élire et réélire, nommer et renommer. Nous savons tous que la vraie démocratie passe par le triomphe de la justice que l’élite a pris soin d’abandonner entre les mains de l’histoire qui n’a que des mots pour verdict. «Li ta sanble ke nou tout, lè nou t ap konbat diktati a», nous étions nous-mêmes des dictateurs. On se demande parfois: ceux-là qui ont combattu la dictature des Duvalier, comment se sentent-ils aujourd’hui? Sans donner raison aux duvaliéristes, nous sommes tous coupables des malheurs de ce pays.

Pierre Mary Time

pierremarytime@gmail.com

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