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Les armes continuent de tonner à La Saline

La situation est toujours tendue à La Saline. Des échanges de tirs nourris se poursuivent dans plusieurs coins ou corridors, dans ce quartier populeux où des groupes armés s’affrontent encore pour imposer leur loi. Le dimanche 30 décembre 2018, la tension montait d’un cran, du fait que le groupe armé, dirigé par un certain Ti Junior, ainsi connu, a tenté, encore une fois, d’investir la zone. Des tirs à l’arme lourde et des affrontements sporadiques ont été souvent enregistrés à La Saline, depuis le massacre d’État du 13 novembre 2018. En outre, une journée de réflexion a été organisée le jeudi 27 décembre 2018 dans les locaux de l’Université Notre-Dame d’Haïti, sur le massacre sanglant perpétré à La Saline. Le panel réunissait Bernard Craan, Kesner Pharel et Etzer Émile. « Cette journée de réflexion est une alerte à la société. Un massacre avec une telle violence n’est pas simple du tout car la population n’était pas en guerre. Alors, ce sont des victimes innocentes. Cependant, on sent que les coupables bénéficient d’une couche de protection de la part des autorités », a fait savoir Jacky Lumarque, recteur de l’Université Quisqueya, pour tenter de mesurer l’ampleur de ce carnage. Il a également dénoncé la réaction de la société qu’il a jugée trop conciliante. « Nous devons forcer la société à comprendre que ce qui s’est passé à La Saline n’est pas un fait divers, banal et sans importance. Il s’agit d’une onde de choc. Malgré le fait que l’État n’a jamais essayé de documenter sur les victimes et qu’aucune action n’a été menée par la justice, il faut néanmoins exorciser ce mal pour qu’il ne s’installe pas dans l’imaginaire de la population car la violence est une menace pour la société », a expliqué Jacky Lumarque, alléguant qu’il ne saurait fêter en cette fin d’année, le cœur léger, sachant que de nombreuses familles traumatisées et terrorisées par le massacre ont évacué leur résidence et dorment dans la rue.

 De son côté, le coorganisateur de cette activité, le responsable du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), a critiqué l’absence ou l’inaction des autorités policières et judiciaires qui n’ont pas apporté les réponses adéquates en traquant les auteurs, coauteurs et complices de ces atrocités. « Il y a, entre autres, un commissariat qui entoure le quartier de La Saline, pourtant il vient d’y avoir lieu le deuxième plus grand massacre après Jean-Rabel dans le pays depuis 1987. Les autorités ont fait silence. C’est seulement 10 jours après les évènements que le Premier ministre a fait une déclaration publique. Jusqu’ici, l’action publique n’a jamais été mise en mouvement et aucun maillon de la chaîne pénale ne dispose d’un bilan exact de la situation. Au contraire, les autorités ont tenté de banaliser l’évènement, prétextant qu’il s’agissait d’affrontements entre des gangs rivaux. Mais nous pouvons affirmer que c’est un massacre d’État », a déclaré Pierre Espérance.

Marvel Dandin, le directeur général de Radio Kiskeya, se dit frapper par le silence des forces morales du pays. « La presse, l’Église, les instances internationales et l’université n’ont pas pris de position claire et tranchante pour dénoncer, condamner ce qui s’est passé à La Saline », a dit Marvel Dandin, ajoutant qu’il dénote une insensibilité, un mépris couplé au désintérêt des autorités à vouloir enquêter sur ce massacre.

 

Des victimes qui ont pris part à la journée de réflexion ont apporté un témoignage de leur situation. Elles ont survécu jusqu’ici à leur compte, sans l’aide d’aucun secteur. Deux femmes, dont l’une a perdu son fils et l’autre – enceinte- son mari, tué à coups de hache devant ses yeux et en présence de ses quatre enfants, ont raconté leurs déboires. Depuis le 13 novembre, la vie est plus difficile qu’avant. Les gens sont constamment sur le qui-vive. Ils craignent un retour des malfrats qui ont exécuté, de sang-froid, plusieurs dizaines de personnes, dont des enfants. Ces femmes ont fait part de leur crainte. Elles ont peur pour leur vie, leur sécurité, et en appellent aux autorités en place pour leur venir en aide. Le rapport du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) a fait état de 71 personnes assassinées, 2 autres portées disparues, 11 victimes de viols collectifs, 5 personnes blessées, 150 maisons vandalisées et/ou criblées de balles à Projet La Saline et ses environs, et des dizaines d’autres maisons incendiées à Nan-Chabon.

Emmanuel Saintus

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