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Un budget de marchandage

Le mercredi 19 décembre, l’économiste Etzer Émile a passé au crible, la loi de finance 2018-2019 et a conclu qu’elle est déficitaire.  Par conséquent, elle n’est ni crédible ni sincère. « Les prévisions de recettes sont trop optimistes et donc hypothétiques ».  L’État ne dispose pas de moyens, argumente-t-il, pour justifier ses propos.  Il a pris en exemple l’augmentation de 44 % du taux d’accroissement de collecte des recettes de ce projet de budget, par rapport à celui de 2017-2018, ainsi que les recettes douanières qui sont passées de 20,4 à 35,5 milliards de gourdes, soit une augmentation de 74 %.  Estimé à 172 milliards 800 millions de gourdes, le budget prévoit une croissance de 2,8%.  C’est une prévision ambitieuse mais utopique, estime le professeur, et ce, en raison des performances exécrables des quatre dernières années.  Le directeur de Haïti Efficace prévoit ainsi que le déficit budgétaire risque d’atteindre les 30 milliards de gourdes  car, dit-il, les prévisions de revenus sont non atteignables.

 

Un autre constat majeur relevé dans ce projet de budget est son inadéquation avec la lettre de cadrage du Premier ministre Jean-Henry Céant.  Alors que ce dernier a promis de lutter contre la corruption en renforçant l’appareil judiciaire et l’institution policière, Etzer Émile estime que ce budget n’accorde pas suffisamment de ressources aux institutions de lutte contre la corruption.  La baisse de 23 % du budget alloué au CSC/CA illustre bien ce constat.  En outre, l’économiste souligne des modifications apportées au niveau des taxes.  Ainsi, l’exonération sur les énergies renouvelables a été reconfirmée ; les droits de douanes pour les ONG sont passées de 0% à 50%, au niveau des franchises ; l’impôt sur le revenu individuel sera prélevé plus fortement sur la majorité des personnes qui ont très peu de moyens.  En effet, le budget 2018-2019 augmente la taxation de l’impôt sur le revenu sur les gens qui gagnent à partir de 28 350 gourdes. Ces gens qui ont déjà vu leur salaire rongé par la dépréciation de la gourde, seront appauvris davantage, estime Etzer Émile.

 

Pour l’économiste et responsable du Groupe Croissance, Kesner Pharel, la majeure partie des recettes collectées sera allouée aux dépenses courantes.  Analysant le projet de budget 2018-2019 évalué à 172,8 milliards de gourdes déposé récemment au Parlement, l’économiste Kesner Pharel dit constater que la part du budget destinée aux dépenses courantes est très élevée. Même si le gouvernement parle d’un budget à prédominance sociale, l’économiste réalise que les 17,3% du budget destinés au financement des programmes sociaux seront insuffisants pour répondre aux exigences de l’heure.  « Les ressources domestiques estimées à 114 milliards de gourdes qui représentent 67% du budget seront majoritairement prélevées des personnes pauvres et des plus pauvres, et non le contraire.  Avec une diminution de 2 à 4% de l’appui budgétaire externe, une augmentation des dettes externes et internes respectivement calculées à 13 et 9 milliards de gourdes, le gouvernement ne connaîtra pas de succès.  La situation macro-économique du pays est on ne peut plus grave, Haïti n’a connu depuis quatre ans qu’une croissance de 1,7% », a expliqué Kesner Pharel, le PDG du Groupe Croissance qui dénonce une certaine injustice.

Emmanuel Saintus

 

 

 

 

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