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La PNH en pleine crise de crédibilité, en période de grande insécurité

Depuis plusieurs jours, les actes de violence perpétrés un peu partout dans le pays, surtout dans les environs de la capitale, notamment à La Saline, Martissant et Grand-Ravine (Gran Ravin), ont mis à nu l’incapacité du gouvernement haïtien à élaborer un plan sécuritaire pouvant freiner cette dérive et, du même coup, corriger les faiblesses de l’institution policière. Le secteur démocratique et populaire, après avoir organisé une journée de manifestation dans tout le pays, le dimanche 18 novembre 2018, à l’occasion de la célébration de la bataille de Vertières, a réussi à paralyser le pays totalement pendant trois jours, avec des journées de grèves. Durant cette période morte, plusieurs accusations ont été portées contre la PNH dont des accusations d’infiltration d’étrangers ou de connivence avec des bandits de grand chemin. Ce sont des allégations que les proches du pouvoir ont démenti. Toutefois, le DG de la PNH, quant à lui, a juste relativisé sur beaucoup de ses allégations, que ce soit celles venant de membres de l’opposition, des organisations de droit de l’homme ou de simples citoyens. La présence dans les rues d’agents de l’USGPN, certains habillés en noir, avec des armes de gros calibre dont des mitrailleuses M 60, a fait couler beaucoup de salive depuis les manifestations du 18 novembre 2018. Sur les réseaux sociaux, le rythme du partage des photos de plusieurs «pick-up», d’un «sniper» au milieu d’agents de l’USGPN ne s’était même pas estompé que le directeur général de la PNH, Michel-Ange Gédéon, avait provoqué la stupéfaction, en confiant sur les ondes de Caraïbe FM qu’aucune nouvelle unité spécialisée n’a été créée au sein de la PNH et qu’il a vu pour la première fois ces équipements. Le directeur général a indiqué avoir porté ses récriminations à une réunion du CSPN, le lundi 19 novembre 2018. «Le directeur général a déploré et condamné la présence des messieurs de l’USGPN, à bord de véhicules que nous avons vus pour la première fois avec une mitrailleuse M 60. Nous avons répondu que ce n’est pas acceptable», a indiqué Michel-Ange Gédéon, dans le récit de sa position à cette réunion du CSPN. «Nous n’avons pas besoin de l’appui d’autres unités n’ayant pas pour spécialisation le maintien d’ordre», a poursuivi Michel-Ange Gédéon qui a insisté sur son respect des droits de l’homme et sur la non-utilisation des armes à feu lors des manifestations. D’autre part, le Numéro 1 de la Police nationale d’Haïti qui intervenait à la suite des déclarations du sénateur de l’Ouest, Jean Renel Sénatus, disant que «des bandits, des voleurs et des chefs de gang font partie de la PNH», dit croire qu’il est temps pour que chaque dignitaire se comporte en homme d’État. Selon lui, «c’était une erreur de la part du sénateur, et ses propos n’étaient pas les bienvenus». En dépit de toute l’estime qu’il dit avoir pour l’ancien commissaire du gouvernement, il pense que c’est anormal qu’un parlementaire qui est aussi président de la commission Justice et Sécurité du Sénat puisse déclarer publiquement que des commissaires et hauts gradés de la police sont à la tête de groupes de gang. Pour sa part, le Secrétaire général du Conseil des Ministres, Renald Lubérice, a tenu à démentir les informations faisant croire qu’il y aurait des étrangers au sein de l’Unité de sécurité générale du Palais national (USGPN). Selon Renald Lubérice, le Palais n’a violé aucune loi ou règle en mettant des matériels adéquats à la disposition de l’Unité qui doit assurer la protection du Président de la République. Par ailleurs, le Palais national invite chaque acteur à prendre sa responsabilité afin de faire revenir le calme dans le pays. Le Président ne peut pas tout faire, chaque directeur général, chaque ministre ou autre cadre, au service de la population, doit jouer son rôle.

Pour leur part, le Centre d’Analyse et de Recherche en Droits Humains (CARDH) et le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) condamnent une politisation de la Police nationale d’Haïti (PNH) par l’Exécutif, dans un contexte de mobilisations anti-gouvernementales. Dans un communiqué transmis à la presse, elles déplorent les opérations policières menées par des hommes encagoulés, portant un uniforme inconnu et lourdement armés, à bord de véhicules sur lesquels est inscrit « Unité de sécurité générale du Palais national (USGPN) ». Ces agents de l’USGPN ont été pointés du doigt, dans les cas d’au moins six (6) personnes qui, lors de la grande manifestation du 18 novembre 2018, ont été tuées d’une balle à la tête, rapportent ces organismes de droits humains. Ils sillonnent les rues et agressent la population, comme ce fut le cas le 17 octobre 2018, où au moins trois (3) personnes ont été bastonnées par ces agents, indiquent-ils. De plus, leur présence aggrave la psychose de peur qui existe déjà au sein de la population. Les efforts continus de dépolitisation de l’institution policière ne doivent pas être foulés au pied par le Palais national, mettent en garde le CARDH et le RNDDH. Le CARDH et le RNDDH condamnent le fait que « le directeur général de la PNH soit totalement écarté du fonctionnement de l’USGPN et que les armes et munitions dont se servent les agents de l’USGPN aient complètement échappé à son contrôle ». Les organismes de droits humains recommandent au directeur général de la PNH de passer les instructions formelles pour que les agents de l’USGPN interviennent strictement dans leur cadre légal. Ils demandent à l’Inspection générale de l’institution policière « de mener une enquête approfondie sur le déploiement des agents de l’USGPN, en vue de sévir contre tous les responsables qui leur ont fourni les armes, munitions et uniformes ».

Altidor Jean Hervé

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