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Le plan humanitaire de retour volontaire en Haïti ne fait pas l’unanimité au Chili

Il existe actuellement un plan humanitaire de retour volontaire en Haïti pour des migrantes et migrants haïtiens, a fait savoir le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR). Le processus d’inscription dans ce plan, initié par le gouvernement chilien en vue de faciliter le retour volontaire en Haïti de certains migrants haïtiens, a débuté le mercredi 17 octobre 2018. Les migrants bénéficiaires du programme ne pourront pas retourner au Chili avant les neuf (9) prochaines années, rapporte le GARR, citant Álvaro Bellolio, chef du département des Affaires étrangères et de Migration au Chili. Pour s’inscrire au dit programme, les intéressés doivent se présenter avec leur déclaration notariée dûment signée et leur passeport valide. Cependant, les dossiers de ceux et celles qui ont un antécédent judiciaire pendant avec la justice chilienne, seront analysés. 165 000 migrants haïtiens vivent actuellement au Chili, selon les données officielles disponibles. Certains Haïtiens au Chili se montrent très intéressés par ce plan humanitaire du gouvernement chilien, leur permettant de revenir dans leur pays. Le maire de la commune d’Estacion Central, Rodrigo Delgado, a confié que 315 immigrants haïtiens de sa région se sont déjà faits enregistrés, en moins d’une semaine, et sont prêts à monter à bord du premier vol à destination d’Haïti. « Les jours qui ont suivi l’annonce ont été bien reçus, un nombre d’Haïtiens souhaitant s’inscrire dans le plan, sont venus s’inscrire, surtout le matin. Aujourd’hui, nous avions inscrit entre 80 et 100 personnes sur notre système », a déclaré Rodrigo Delgado. Pour faciliter les entretiens entre les immigrants et les agents de l’immigration, la mairie d’Estacion Central a fait appel à des traducteurs qui doivent faire comprendre aux Haïtiens : premièrement que le plan est gratuit, ensuite, qu’ils ne pourront revenir au Chili pendant 9 ans. « Nous voulons être rigoureux, en ce sens que tous ceux qui le signent, le font volontairement et connaissent les détails. Nous les envoyons ensuite au notaire, où ils reviennent avec leur document et effectuent l’enregistrement en personne », a fait savoir le maire. Il a rappelé que le premier vol sera effectué à bord d’un Boeing 737 appartenant à l’armée de l’air chilienne. « Le premier avion aura une capacité proche de 150. Nous avons déjà le premier avion complètement plein», confirme Delgado. Le maire a annoncé qu’il a entamé des discussions avec le ministère de l’Intérieur chilien, afin qu’il réserve certains sièges pour les immigrants haïtiens de sa commune. Le gouvernement chilien n’a pas encore communiqué de date concernant le premier vol. Les médias chiliens annoncent, cependant, que cela pourrait se faire soit à la fin du mois d’octobre ou au début de novembre. Le programme de retour pour les ressortissants haïtiens a été rendu effectif depuis ce 17 octobre au Chili.

 

Si le gouvernement chilien évoque « un retour volontaire », certains y voient une mesure raciste, dissimulant une forme détournée de déportation. Toutefois, il a été constaté que des Haïtiens ont déjà entamé le processus d’inscription relatif au plan en question. La principale raison ? Un journal chilien dévoile cette semaine le résultat d’une enquête réalisée auprès de 100 personnes qui ont manifesté le désir de laisser le pays de Sebastián Piñera, optant pour un retour en Haïti. Dans les faits, « sur les 100 personnes qui ont déclaré vouloir rentrer en Haïti, 66 ont indiqué que leur motif était le chômage…» Pour le reste, les raisons sont diverses. Certains relatent un problème d’adaptation avec notamment le climat. D’autres expliquent qu’ils ne peuvent plus répondre aux besoins de leurs parents en Haïti. Aussi, parmi les réponses, une femme explique que sa décision vient du fait qu’elle a été violée par son employeur. Les autorités chiliennes prévoient d’effectuer entre 15 à 18 vols vers Haïti dans les jours à venir. De son côté, l’organisation socioculturelle haïtienne au Chili a publié un communiqué dans lequel il dénonce le plan du gouvernement chilien visant à faciliter le retour des Haïtiens dans leur pays. Lunie François, représentante de l’organisation, a déclaré que ce plan pourrait être une forme de déportation pour ses compatriotes, particulièrement pour ceux qui sont en situation irrégulière. Selon elle, le gouvernement chilien pourrait profiter de la situation de ces migrants et les expulser contre leur gré. La députée du Parti pour la Démocratie (PPD), Andrea Parra, a averti les autorités chiliennes qu’elles devraient établir les conditions de ce plan humanitaire, afin d’éviter toute forme de déportation involontaire. Elle a proposé à la commission du gouvernement dont elle fait partie, d’analyser le cadre dans lequel le programme sera réalisé. « Ce qui ne doit pas arriver, c’est que finalement, d’une manière ou d’une autre, nous essayons de faire sortir les gens au pays, sans qu’ils ne comprennent ce que signifie ce plan de retour. Nous attendons avec impatience le développement de ce programme », a-t-elle déclaré. Ce plan humanitaire qu’avait annoncé le gouvernement chilien pour faire revenir certains Haïtiens dans leur pays, a été lancé le 17 octobre dernier. Bien avant son lancement, l’initiative a été brutalement critiquée par certains Haïtiens qui le voient comme une forme de déportation légalisée. Maintenant, c’est au tour des experts chiliens de donner leur avis sur la situation. La spécialiste en migration de l’Institut d’études avancées (IDEA) de l’Université de Santiago, Daisy Margarit, a fait savoir au média El Tipografo, que l’approche du gouvernement chilien est incorrecte. « La question devrait être de savoir pourquoi les migrants qui demandent le retour n’ont pas de travail. Est-ce qu’on leur donne les opportunités ? Ont-ils reçu la bonne information ? Car, au Chili, il y a du travail », a-t-elle martelé dans les colonnes du média. L’experte a donné cette réponse, à la suite de la dernière enquête effectuée par Estacion Central qui a indiqué que sur 100 Haïtiens interrogés, 66 ont déclaré vouloir quitter le Chili parce qu’ils ne travaillent pas. Pour Margarit, les politiques actuelles du gouvernement chilien se concentrent sur « la gestion et la régulation de la migration » et laisse croire que l’immigration est une menace. « Elle estime que les avantages de ce phénomène pour l’économie du pays n’ont pas été envisagés. Par exemple, elle souligne que diverses études montrent que les étrangers occupent un pourcentage élevé des emplois que les Chiliens dédaignent », lit-on dans les colonnes de l’article. « Le plan de retour semble être une bouée de sauvetage qui nous permettra de nous débarrasser du problème de la migration, mais il ne le résout pas dans son intégralité », affirme toujours Margarit qui poursuit en indiquant que la migration n’est pas un problème. Pour elle, le problème fondamental est que « nous devons garantir des droits minimaux aux migrants et à toutes les personnes résidant dans ce pays. » En même temps, elle soutient que le plan humanitaire du gouvernement ne considère pas si les conditions de vie ont changé en Haïti. Donc, pour elle, les mêmes conditions qui ont poussé les Haïtiens à venir au Chili sont les mêmes qui les poussent en dehors de ce pays. Quant à la mesure qui interdit aux Haïtiens participant au plan humanitaire de revenir au Chili pendant les neuf prochaines années, Daisy Margarit la voit comme « une atteinte à la liberté des personnes ». « Les personnes qui utilisent cet avantage ne peuvent plus l’utiliser, c’est vrai, mais vous ne pouvez pas restreindre la liberté des personnes », a-t-elle conclu, tout en avouant que la décision paraît arbitraire.

Altidor Jean Hervé

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