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Démolition d’une école d’excellence au Cap-Haïtien

Dans une déclaration portant la signature de la sœur Willnette Pierre, animatrice régionale, les Sœurs de la Congrégation de Sainte-Croix dénoncent les travaux de démolition du Centre professionnel Saint-Esprit, dirigé par l’Église anglicane, et le campus éducatif Regina Assumpta. Ces sœurs, membres d’une congrégation religieuse internationale, implantée en Haïti depuis plus de 65 ans, se disent à la fois attristées, indignées et profondément préoccupées par la situation du pays et par l’arbitraire qui y prévaut. Cette opération de démolition, font remarquer les sœurs, se réalise sous la gouverne du délégué départemental, représentant du chef de l’État. «Nous sommes indignées devant l’absence de dialogue de la part du délégué qui a convoqué une réunion pour donner son ultimatum et envoyé une lettre annonçant la date des travaux de drainage et/ou de démolition, sans faire connaître ni le projet global en question, ni son plan de travail, ni les résultats escomptés, malgré nos demandes réitérées de plus d’informations et notre volonté exprimée verbalement et par lettre, de collaborer à tout effort de l’État au service du bien commun. Nous lui avons même demandé de nous laisser du temps pour faire le curage du canal qui traverse notre cour, comme nous le faisons d’ailleurs régulièrement. Ce travail réalisé n’a même pas été évalué ni considéré », s’insurgent-elles. « Dans un pays où il manque d’écoles, de collèges, d’universités, de centres professionnels, comment peut-on, sous la gouverne d’un délégué départemental, représentant du président de notre pays, assister impuissantes, à la démolition de deux institutions éducatives dans la ville du Cap-Haïtien : le Centre Professionnel Saint-Esprit, dirigé par l’Église anglicane, et notre campus éducatif Regina Assumpta qui regroupe un jardin d’enfants, une école primaire, le Collège Regina Assumpta et la Faculté des sciences de l’éducation Regina Assumpta (la FÉRA), et ce au lendemain même du commencement de l’année académique 2018-2019? », se demandent-elles, avant de rappeler que le Collège Regina Assumpta et la FÉRA ont formé plusieurs générations de femmes et d’hommes qui ont fait une différence, et en Haïti et dans le monde. « Nous sommes profondément secouées par cette capacité des autorités actuellement en place, de détruire en un jour ce que notre congrégation, nos proches et la coopération canadienne et internationale ont mis plus d’un demi-siècle à bâtir », soulignent-elles. Selon plusieurs avis, les autorités n’ont pas averti les responsables de l’institution de ces travaux de démolition. Le délégué de la deuxième ville du pays, Antonio Jules, responsable de ces travaux, a rejeté ses accusations d’un revers de main. « Ces travaux rentrent dans le cadre des 350 ans de la ville qui seront célébrés en 2020. Nous avons donc décidé de repercer les canaux d’irrigation qui ont été bouchés par plusieurs bâtisses de la ville », a fait savoir le délégué. Selon lui, il est impensable que la ville soit inondée après chaque pluie. « J’ai averti les responsables du collège de ce travail depuis en janvier et ils ont demandé un délai jusqu’en été dernier qu’ils n’ont pas respecté », a poursuivi M. Jules qui dit n’avoir pas eu d’autres choix que de passer à l’action. Les membres du Salon universitaire du Nord (SUN) disent prendre acte avec “ébahissement” de la démolition d’une aile du collège Regina Assumpta (CRA) sous les ordres du délégué départemental du Nord, Antonio Jules, au motif de rouvrir des canaux d’évacuation des eaux usées sur lesquels était construit ce bâtiment, avec la bénédiction des autorités de l’époque, lit-on dans une note acheminée au Nouvelliste. Cette institution catholique congréganiste fondée par Mgr Albert Cousineau en 1958 et dirigée par les sœurs de Sainte-Croix, est aujourd’hui (un mois après la réouverture des classes) dans l’impossibilité de continuer à dispenser cette éducation de qualité aux jeunes filles de la ville, à cause de l’exécution de cette décision. Selon la note, cette intervention, exécutée avec légèreté, a endommagé la structure du bâtiment, et dans une période de fréquentes secousses comme celle que nous vivons, il est impossible d’envisager le retour des élèves.

Altidor Jean Hervé

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