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Jouir de ses droits, un fait rare en Haïti

En Haïti, le respect des droits de l’homme est tellement rare que la violation devient norme. Le droit au logement, à la santé, à l’éducation, même le droit à la nourriture est un luxe dans le pays. Ne parlons pas du droit à une orientation sexuelle, bien qu’Haïti ne reconnaisse que l’hétérosexualité. Le Collectif Défenseurs Plus plaide en faveur de la construction de logements sociaux décents, au profit des familles défavorisées en Haïti, à l’occasion de la Journée mondiale de l’Habitat, le 1er octobre 2018. Cette démarche devrait aider à soulager la crise de l’habitat et du logement dans le pays, surtout pour les classes défavorisées qui n’ont pas la possibilité de payer un loyer convenable, estime le Collectif Défenseurs Plus. Tout en déplorant l’absence d’une politique de logement dans les priorités gouvernementales, l’organisme de défense de droits humains appelle la population haïtienne à se mobiliser pour revendiquer son droit au logement décent, qui reste et demeure dans l’impasse. « L’État reconnaît le droit de toute citoyenne et de tout citoyen à un logement décent, à l’éducation, à l’alimentation et à la sécurité sociale », stipule l’article 22 de la Constitution de 1987. Le Collectif Défenseurs Plus réclame également la mise en place d’institutions capables d’offrir les services de base au peuple haïtien tels que : la distribution d’eau potable, l’électricité et la gestion des déchets, qui constituent de véritables défis. Par ailleurs, l’organisme de défense de droits humains en profite pour dénoncer la décision « arbitraire et illégale » des autorités judiciaires et policières, de démolir, le mardi 3 juillet 2018, les maisons de plusieurs familles à Pèlerin 5. Ces maisons représenteraient une menace pour la sécurité de la famille présidentielle, avaient argué les autorités. Un sit-in a été entrepris, le lundi 1er octobre 2018, près de la résidence du chef de l’État, Jovenel Moïse, à Pèlerin 5, à l’occasion de la Journée mondiale de l’Habitat. Le sit-in entendait dénoncer la démolition, dans la nuit du mardi 3 juillet 2018, de plusieurs maisons à Pèlerin 5, à proximité de la résidence du président, par la direction départementale de l’Ouest de la Police nationale d’Haïti, sur ordre du commissaire du gouvernement près le tribunal civil de Port-au-Prince, Clamé-Ocnam Daméus. Les autorités de l’État avaient mis en avant la menace que représentaient ces maisons pour la sécurité de la famille présidentielle. Les organisations initiatrices du sit-in : «Konbit Ayisyen pou Lojman Altènatif» (KAYLA), Bureau des Avocats Internationaux (BAI), Mouvement de Liberté, d’Égalité des Haïtiens pour la Fraternité (MOLEGAF), entre autres, ont réclamé indemnités et réparations pour les familles victimes.

Depuis peu, dans la capitale et dans certaines villes de provinces, notamment à Petit-Goâve, le drapeau arc-en-ciel est remarqué sur des murs, avec le message : «Non à la discrimination». Symbole de la fierté de la communauté LGBTI, gaie, lesbienne, transexuelle, bisexuelle et intersexe, certaines de ces bandes de couleurs se font effacer et salir par des inconnus. Petite bataille entre pro et anti LGBTI. Si l’identité de l’auteur de la campagne n’est pas connue, celle derrière la contre-campagne ne l’est pas non plus. Ces drapeaux sont généralement placés sur des murs isolés, dans des zones très fréquentées, pour attirer l’attention. Représentant la diversité des communautés, ce drapeau a été créé par l’artiste Gilbert Baker, originaire de San Francisco. Il répond au besoin de la communauté LGBTI de trouver un moyen de s’identifier et a été utilisé pour la première fois en 1978, lors d’un défilé de la Journée de liberté gay, lesbienne de San Francisco. En Haïti, l’homosexualité n’est même pas acceptée comme sujet de discussion. Pas de débat. L’homosexualité est une abomination, de l’avis de la majorité, au regard de la morale judéo-chrétienne. Le seul moment où l’homosexuel est admis, c’est pour le tourner en ridicule, et les lesbiennes, dans des soirées arrosées où elles se donnent en spectacle, pour satisfaire des fantasmes. Si le droit à la vie n’est pas garanti, le droit à l’avortement lui n’est même pas un sujet de discussion. Toutefois, des dizaines de personnes, dont des femmes pour la plupart, ont manifesté, le mercredi 26 septembre 2018, à Port-au-Prince, pour la légalisation de l’avortement en Haïti. À cause de la pénalisation de l’avortement, les femmes sont obligées d’avorter, en cachette, dans de mauvaises conditions, pour éviter d’être punies par la justice, déplore, lors du défilé, Katia Hilaire, chargée de projet pour Solidarite Fanm Ayisyèn (SOFA). Elle souhaite une plus grande sensibilisation auprès des autorités et de la population, sur le phénomène de l’avortement qui cause la mort, des maladies graves ou l’infertilité chez les femmes. Le Parlement est appelé à voter la loi sur la légalisation de l’avortement en Haïti. « Les femmes doivent pouvoir contrôler leurs grossesses, planifier librement leur vie. Les femmes, de toutes catégories confondues, doivent avoir accès à des soins de santé de qualité », plaide Katia Hilaire. Cette rareté de la jouissance des droits de l’homme en Haïti n’est pas sans effet, car l’absence du droit au logement fait grandir le nombre des sans-abri, dans tout le pays, des gens, sans déficience mentale, vivent à la belle étoile et dorment à même le sol. L’absence du droit à l’éducation laisse, sans formation, un nombre gigantesque de personnes, enfants surtout. Les gens meurent tous les jours, faute de soin, car le droit à la santé n’est pas non plu garanti. Le jour où les gens commenceront à exiger, ne serait-ce qu’un de ces droit, le vent du changement commencera à se fait sentir.

Altidor Jean Hervé

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