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Petro-mobilisation, les soi-disant peurs des entrepreneurs

En dépit de tout, les deux rapports d’enquête d’une commission sénatoriale, dirigée dans un premier temps par Youri Latortue et dans un second temps par Évalière Beauplan, demeurent lettre morte. La tentative de Jovenel Moïse et de ses alliés de faire enterrer le dossier de dilapidation des fonds PetroCaribe est au point mort. Toutefois, les malfrats sont aux abois. Alors, ils essaient d’emprunter les apparences de la vérité. Le président Jovenel Moïse, un inculpé pour corruption, avait déclaré, en marge d’une visite en France, qu’il avait des juges dans le système judiciaire pour faire traîner le dossier. Il avait assimilé le rapport parlementaire à une persécution politique. Les spécialistes de classement de rapports sans suite, ont essayé en vain de faire de même avec ceux du Sénat sur la dilapidation du fonds PetroCaribe. Cela n’a pas fonctionné, le peuple a pris conscience. Car, si Jovenel Moïse contrôle l’appareil judiciaire, il n’a pas le contrôle des réseaux sociaux, ni de la rue. Dans les villes, dans les quartiers populeux, même dans les régions reculées en Haïti, la population réclame la lumière sur l’utilisation des fonds PetroCaribe, plus de 3,8 milliards de dollars dilapidés par un petit clan, conduit par l’équipe du PHTK et ses alliés. C’est de cette forêt qu’il importe de débattre sérieusement, parce que les réponses éparses des responsables haïtiens, face à des revendications populaires justes, mais hétéroclites, ne sauraient tenir lieu de thérapeutique réelle, face à un mal qui doit être considéré comme profond. Plus de 3 milliard de dollars partis en fumée pour remplir les poches d’un petit groupe de malfrats: dans un pays exsangue comme Haïti, il s’agit là d’un crime lèse-humanité. La banalisation de la tricherie et du laxisme peut être datée, et il est singulier de constater que, bien souvent, elle fut le point fort du pouvoir de Martelly au cours de son mandat. Avec l’arrivée au pouvoir de Jovenel Moïse, PHTK deuxième version, le pays ne cesse de se hisser dans le haut du classement de la corruption. Il n’y a pas d’engagement visible en faveur de la lutte contre la corruption des dirigeants en place, notamment le chef des corrompus, Jovenel Moïse.

 

L’inquiétude du secteur des affaires.

Les mobilisations dans plusieurs régions et dans les grandes villes en Haïti pour réclamer la vérité sur l’utilisation des fonds PetroCaribe, font peur aux secteurs des affaires. En effet, dans une note en date du jeudi 13 septembre 2018, les dirigeants de la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Haïti (CCIH) expriment leur préoccupation en raison de l’intensification des mouvements de protestation, dans le cadre de l’affaire PetroCaribe. Dans cette correspondance, les responsables de la CCIH ont dit constater avec inquiétude que le pays « continue de faire face à d’immenses difficultés économiques, financières et sociales, ainsi qu’à une incertitude politique pouvant déboucher sur un chaos généralisé ». « Les pénibles évènements des 6, 7 et 8 juillet derniers, fruits du ras-le-bol, de la colère ou de la vengeance planifiée, devraient inciter chaque citoyen, en particulier nos dirigeants, à prendre conscience de l’exigence d’efficacité, de transparence et de justice que le Peuple haïtien exprime à cor et à cri ». Les responsables de la CCIH ont dit appuyer sans réserve, la demande de reddition de comptes sur les dossiers de l’accord PetroCaribe et accueillent avec satisfaction l’annonce par la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif de sa décision d’effectuer un audit impartial de tous les projets financés par les fonds provenant dudit accord. La Chambre espère aussi que les organes sociaux de l’ONA et l’OFATMA puissent aussi bénéficier d’un tel regard. « Que les vérificateurs et juges aient pour boussole le respect strict des règles dictées par les lois et règlements. Que les autorités étatiques, en particulier les organes du Pouvoir judiciaire : l’Unité Centrale de Renseignements Financiers (UCREF), l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC), la Commission Nationale des Marchés Publics (CNMP) et la Direction Générale des Impôts (DGI) se préparent, à la suite des conclusions de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif, à rendre justice à qui justice est due, à punir ceux-là et celles-là qui auront enfreint la loi, en détournant des fonds au détriment de toute une Nation, et à prendre les dispositions pour recouvrer les fonds dus à l’État », ont conclu les responsables de la CCIH.

Entre temps, la Conférence des Pasteurs haïtiens (COPAH) demande aux chrétiens de se solidariser avec les citoyens qui exigent la lumière sur la dilapidation des fonds PetroCaribe. En marge d’un point de presse le mardi 11 septembre 2018, la COPAH estime que « l’Église doit accompagner socialement le peuple de Dieu dans sa quête de justice sociale et de la jouissance pleine et entière de ses droits fondamentaux. L’appareil judiciaire haïtien a l’opportunité, à travers le dossier PetroCaribe, de se faire une bonne image, en permettant d’aboutir à un procès juste et équitable. Cette affaire serait le point de départ pour mettre fin à l’impunité en Haïti », a fait savoir la COPAH.

Emmanuel Saintus

 

 

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