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Les députés votent le budget rectificatif 2017-2018, on a déjà des prévisions

Contrairement aux trois premières séances qui, chacune, ont obligé la Commission Économie et Finances de la Chambre basse à aller réviser son cahier, la séance du jeudi 30 août 2018 se veut plutôt cordiale entre les élus du peuple.  Ici, l’heure n’est pas aux débats et le président de la Chambre basse, Gary Bodeau, avance avec assurance dans le vote des articles de la Loi de finances rectifiée, en frappant par la fameuse formule : «L’article x est mis en débat, une deuxième fois en débat, une troisième fois, adopté ». Les 68 députés réunis dans la salle, selon le décompte des secrétaires sténographes, laissent aller la séance à coups d’adoption des articles. Pas de débats, pas besoin de passer au vote, on adopte.  Cette attitude des députés fait sourire quelques cadres et employés du Parlement. Ils sont là pour travailler mais aussi pour se faire une idée du quatorzième mois annoncé récemment par le président Jovenel Moïse. Ils ont raison car tout dépendra du vote des 156 milliards de gourdes prévus dans ce document de budget rectifié. Dans cette atmosphère de bon enfant, la voix du député Déus Déroneth vient changer la donne. Il gravit la tribune et, étant président de la Commission Intérieur et Collectivités territoriales de la Chambre, il se pose en défenseur des sections communales, en réclamant une désaffectation de 571 millions de gourdes de la rubrique « Hautes interventions publiques » au profit des CASEC, à raison d’un million par section communale.  Sa proposition est signée d’une vingtaine de députés. La Commission admet bien cette nécessité mais trouve à redire sur la rubrique à désaffecter ses fonds. Le président de la Commission, Gandhi Dorfeuille, table plutôt sur la rubrique « Dettes publiques » soutenant que la rubrique « Hautes interventions publiques » ne peut pas supporter un tel dégraissage. On pourrait bien se fier aux propos du président Dorfeuille qui souligne qu’en dégraissant ainsi les « Hautes interventions publiques », les députés pourraient bien « se tirer une balle au pied » car c’est dans cette ligne budgétaire que le Pouvoir entend puiser pour payer les 3,2 milliards de gourdes comme quatorzième mois au sein de l’administration publique. Mais dans la salle, le député Abel Descollines joue le trouble-fête.  Il gravit la tribune pour désapprouver la Commission. Il avance ces chiffres : « dans le budget initial, la rubrique « Hautes interventions publiques » était de 7,6 milliards de gourdes, en rectifiant le budget, le gouvernement la porte à 12,6 milliards avant que vous de la Commission ne la fasse passer à 14,6 milliards. Comment les 3,2 milliards d’accompagnement des employés de la fonction publique peuvent-ils déranger le Pouvoir ? Et si on en retire encore les 571 millions, où est le problème ?» Tous les députés sont d’accord sur la nécessité d’octroyer les 571 millions de gourdes aux sections communales mais, la pomme de discorde reste quelle rubrique il faut toucher. Finalement, on a décidé : 270 millions seront dégraissés du « Fonds de développement local ». Le reste, soit 301 millions de gourdes, sera égrainé de la rubrique «Hautes interventions publiques».  Et pour ne pas casser l’élan de départ, l’assemblée des députés adopte à l’unanimité le projet de budget rectificatif 2017-2018.

Ailleurs, la Commission Économique Pour l’Amérique Latine et les Caraïbes (CEPALC), dans son dernier rapport annonce une prévision de croissance économique du Produit Intérieur Brut (PIB) de 1,8% en Haïti pour 2018.  Cette prévision de croissance est supérieure à 2017 (1.2%) et 2016 (1.5%). Toutefois, le gouvernement haïtien avait tablé sur une croissance de 3.9%. Aucune nouvelle prévision n’a été annoncée après les émeutes du 6 juillet 2018 qui ont provoqué la destruction de plusieurs entreprises.  L’étude rapporte le résultat modeste du secteur agricole (0,8%) et de faibles variations ou tendances à la décélération dans les secteurs du commerce (1,1%). Par ailleurs, l’industrie manufacturière est à 1%, le secteur de la construction à 0,9% et le secteur des services financiers à 1,6%.  En ce qui a trait à l’inflation, la Commission Économique pour l’Amérique Latine et les Caraïbes (CEPALC) prévoit une inflation à 15%. L’inflation est à deux chiffres pour la troisième année consécutive. Elle coïncide avec un accroissement de l’endettement, l’augmentation des produits importés de première nécessité, comme le carburant (+19%) et la dépréciation du taux de change de la gourde par rapport au dollar américain.  Le déficit budgétaire d’Haïti était de 4% du PIB en 2017 et le déficit du compte courant était en hausse en 2017 2,9% du PIB, principalement en raison des importations. Les prévisions de croissance de l’année 2018 pour l’Amérique latine et les Caraïbes sont de 1,5%.

Emmanuel Saintus

 

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