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Des proches d’Aristide inculpés pour corruption

Dans le tourbillon de la mobilisation contre la dilapidation des fonds PetroCaribe, les voleurs continuent de faire de faux-semblants.  En effet, la mobilisation contre la dilapidation des fonds PetroCaribe a pris une autre tournure. Ces derniers jours, dans plusieurs villes en Haïti, des milliers de personnes ont foulé le macadam pour exiger l’arrestation des dilapidateurs des fonds PetroCaribe.  Le dimanche 2 septembre, des centaines de manifestants ont marché dans la capitale, Port-au-Prince, pour réclamer des éclaircissements autour de la dilapidation des fonds PetroCaribe. De son côté, le chef du parquet de Port-au-Prince s’est prononcé sur le dossier PetroCaribe.  Il a dit légitime la mobilisation entamée par les citoyens pour exiger des poursuites judiciaires à l’encontre les dilapidateurs de ces fonds. Me Ocnam Clamé Daméus a fait la promesse d’exécuter le travail qui lui est confié par la loi, une fois que le rapport ou l’arrêt de débet de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA) sera prêt.  

Par ailleurs, plusieurs anciens responsables de la Fondation Aristide ont été inculpés par le juge Jean Wilner Morin.  Il s’agit de Jean Anthony Nazaire, ex-garde rapproché de l’ex-président Jean Bertrand Aristide, Toussaint Hilaire et Mirlande Libérus Pavert qui ont été inculpés pour blanchiment des avoirs.  Selon la source judicaire, le juge d’instruction Jean Wilner Morin a réalisé plusieurs auditions dans le cadre de son investigation. Il a interrogé Jean Anthony Nazaire sur l’origine de ses biens qui seraient évalués à plusieurs dizaines de milliers de dollars américains.  Il n’était pas en mesure de révéler la provenance de ces fonds. Jean Anthony Nazaire a dans son patrimoine un hôtel, un market, quatre grandes propriétés, dix véhicules et dix comptes en banque, a expliqué cette source judiciaire, soulignant que M. Jean Anthony Nazaire figurait parmi les proches collaborateurs de Jean Nesly Lucien [ex-directeur général de la police et de feu Oriel Jean (témoin à charge dans le dossier de l’assassinat de Jean Léopold Dominique], sanctionnés aux États-Unis pour blanchiment des avoirs liés au trafic de la drogue. Jean Anthony Nazaire achetait beaucoup de produits de la Fondation Aristide qui s’est écartée de la mission définie dans son statut d’aider les pauvres.  La fondation a utilisé « beaucoup d’argent de l’État », a expliqué la source qui croit savoir que le juge a puisé des informations sur le mode opératoire de la Fondation Aristide pour la démocratie dans le rapport réalisé par l’ex-sénateur Paul Denis après la chute de Jean Bertrand Aristide en 2004. La loi de 2014 permet de traîner devant le tribunal la Fondation Aristide pour la démocratie, une personne morale. En cas de condamnation, elle risque d’être fermée et ses biens confisqués, a expliqué cette source. Le juge d’instruction a inculpé Toussaint Hilaire et Mirlande Libérus Pavert. Mme Pavert qui vivait à l’extérieur du pays, a été « inculpée comme auteur intellectuel » de l’assassinat du journaliste Jean Léopold Dominique.  Tous les inculpés sont actuellement en liberté. Il est à la charge du commissaire du gouvernement de les mettre en état, à la disposition du tribunal pour être jugés, a expliqué notre source. En plus, le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Me Ocnam Clamé Daméus, a confirmé que l’ordonnance de renvoi du juge Jean Wilner Morin, dans le cadre du dossier de blanchiment des avoirs visant Jean Anthony Nazaire, a été acheminée au secrétariat du parquet.  Cependant, ce lundi 3 septembre 2018, il devrait en prendre connaissance, a expliqué le commissaire Daméus, promettant que la décision du juge d’instruction sera signifiée aux inculpés la semaine prochaine.

Par ailleurs, « la Cour, conformément aux dispositions de l’article 18 du décret du 23 novembre 2005 établissant l’organisation et le fonctionnement de la CSC/CA, accorde quitus aux membres du Comité exécutif de la COLFAM pour leur gestion portant sur la période allant d’avril 2012 à septembre 2013 ; ordonne main levée et radiation des opérations et inscriptions hypothécaires prises par anticipation au profit de l’État, sur leurs biens tant meubles qu’immeubles », lit-on dans un arrêt prononcé par Fritz Robert St-Paul, Saint-Juste Momprévil et Jean Ariel Joseph, respectivement président et membres du collège de jugement, à l’audience ordinaire et publique en novembre 2015.  Cette décision a soulevé la colère de nombreux militants en lutte contre la corruption qui gangrène le pays. Selon l’arrêt, les responsables de la Commission Nationale de Lutte contre la Faim (COLFAM) sont les sieurs Jean Robert Brutus et Jean Hilbert Lebrun, respectivement directeur exécutif et comptable en chef, la dame Sophia Martelly et le sieur Klaus Eberwein, respectivement présidente et vice-président de la COLFAM, selon les informations communiquées dans cet arrêt de la CSC/CA. Sur un budget de quarante et un millions cinq cent onze mille neuf cent soixante-neuf gourdes et soixante-seize centimes (41.511.969,76) gourdes, uniquement treize millions (13.000.000.00) de gourdes pour l’exercice 2011-2012 ont été dépensées, lit-on dans cet arrêt qui relève des fautes de gestion mineures, non préjudiciables à l’État.  « C’est Mme Martelly qui avait sollicité l’audit de la Cour, à l’approche des élections en 2015 », a confié une source interrogée à la Cour des comptes, le mercredi 29 août 2018. « Je viens d’apprendre que la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif a accordé décharge pleine et entière à Mme Sophia St-Rémy Martelly pour sa gestion à la tête de la puissante commission présidentielle COLFAM. Je suis renversé par cette décision », a écrit Me André Michel dans un tweet. Celui-ci est l’actuel avocat de plusieurs personnes ayant porté plainte entre autres, contre d’anciens dignitaires du régime Tèt Kale en rapport à l’utilisation du fonds du programme PetroCaribe.

Emmanuel Saintus

 

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