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L’esclavage et la traite des personnes 

De la commémoration de l’un aux difficultés de l’autre

Plusieurs organisations socio-politiques ont organisé une mobilisation au Champ-de-Mars, pour marquer le 227e anniversaire du soulèvement général des esclaves, le mercredi 22 août 2018. Un appel en ce sens avait été lancé par des organisations comme : le « Mouvement 22 janvier » (M22), le parti Rasin kan pèp la, le Kolektif òganizasyon etidyan pwogresis ayisyen (KOEPA) et le Mouvman vizyonè desalinyen (MOVID). Cette mobilisation avait pour objectif de demander au père de la Nation, en l’occurrence Jean-Jacques Dessalines, la force pour combattre la corruption, les corrompus au pouvoir ainsi que le système en place, indiquent les organisateurs, dans une note. Elle vise également à dénoncer l’injustice et les conditions inhumaines dans lesquelles se trouve la population. La mobilisation a débuté par un défilé sur la Place des Héros de l’Indépendance, pour prendre fin aux pieds de la statue du Marron Inconnu, qui représente un esclave révolté. Débuté dans la nuit du 22 au 23 août 1791, le soulèvement général des esclaves de Saint-Domingue contre le système colonial esclavagiste, a abouti à la première abolition de l’esclavage, le 29 août 1793, puis à la conquête de l’indépendance d’Haïti, proclamée le 1er janvier 1804. Lors de ce rassemblement du 22 août, il y avait également une exposition de photos et de documents liés au dossier de dilapidation des fonds de la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH) et de PetroCaribe. Installé le 1er décembre 2015 par le président Michel Martelly, le Comité national de lutte contre la traite des personnes est en quasi-dysfonctionnement, depuis un certain temps. Plusieurs membres ont déserté le comité, visiblement incapable de remplir sa mission, faute de moyens. La mésentente entre la ministre démissionnaire des Affaires sociales et du Travail, Stéphanie Auguste, et le président du comité Ély Thélot est une autre entrave à son bon fonctionnement. Le comité est aujourd’hui amputé de plusieurs membres. « Certains ont laissé le pays, a précisé le président du comité, le sociologue Ély Thélot. D’autres ne travaillent plus dans l’institution qu’ils représentaient au comité. » Ce n’est pas la seule cause du handicap dudit comité. Ély Thélot souligne que la structure qu’il dirige ne dispose pas de moyens pour accomplir sa mission. « Le comité n’a pas de local, fait-il remarquer. C’est un casse-tête pour l’organisation de nos réunions.» Pourtant, d’après l’article 5 de la Loi sur la lutte contre la traite des personnes, le comité est doté d’un secrétariat exécutif. Selon ce même article, le comité peut solliciter auprès de l’autorité compétente, le recrutement de consultants ou d’autres catégories de personnel. « Tout cela reste au stade de vœux pieux », constate Ély Thélot. Si le comité ne dispose pas d’un budget de fonctionnement, ce n’est pas parce que la loi ne le prévoit pas. « Il est créé, dans le cadre de la présente loi, un fonds spécial de lutte contre la traite des personnes. Ce fonds sert à financer les activités de lutte contre la traite des personnes, avec un accent particulier sur l’assistance aux victimes de la traite des personnes », lit-on dans l’article 7 de la loi. Ce fonds, selon le même article, est alimenté par l’allocation inscrite dans le budget de fonctionnement de la République ; les dons et subventions ainsi qu’une partie des revenus de la vente aux enchères des biens, meubles et immeubles, provenant d’activités liées à la traite des personnes. En attendant la mise en place de ce fonds, le Comité national de lutte contre la traite des personnes a pu réaliser quelques activités, grâce au soutien de certaines institutions internationales, dont l’ambassade américaine et l’Union européenne. Ély Thélot estime que le comité a contribué à alerter l’opinion publique sur la traite des personnes. « Un plan d’action est déjà élaboré en soutien avec plusieurs secteurs, se réjouit-il. Ledit plan a été présenté aux acteurs et aux trois pouvoirs de l’État » durant la première conférence nationale sur la traite des personnes en Haïti, les 21 et 22 juin 2017 à l’hôtel Royal Oasis.

Altidor Jean Hervé

 

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