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L’économie haïtienne sous la loupe des spécialistes

Il n’est un secret pour personne que l’économie haïtienne est le secteur le plus gros handicapé dans le contexte du développement du pays car un pays, sans une politique économique solide, ne peut espérer au progrès du lendemain.  Cette économie qui est parfois critiquée, scrutée et analysée par les spécialistes, ne trouve toujours pas la bonne formule, la bonne politique.  Le rapport du Département d’État des États-Unis passe cette année en revue les économies de plus de 170 pays, y compris celle de la République d’Haïti, afin de fournir des informations très précises aux entreprises américaines.  Quelle que soit la taille de l’entreprise, elle peut se servir de ce rapport pour identifier avec quel marché faire des affaires. Retour sur des analyses sans concession qui servent de fil rouge aux entreprises américaines, témoignages de leurs difficultés rencontrées sur le terrain, les investissements directs étrangers (IDE), la facilitation des affaires, le système judiciaire, le système bancaire et financier, la corruption, sont autant d’activités, autant de situations et bien d’autres encore, prises en compte dans ce rapport consacré au climat de l’investissement dans le monde, rendu public chaque année par le Département d’État des États-Unis.  En 2017, les entrées d’IDE en Haïti ont atteint 374 millions de dollars, soit une amélioration significative par rapport à l’exercice 2016 (105 millions de dollars).  Cependant, en dépit de cette embellie, la branche de l’Exécutif fédéral en charge des relations internationales indique que l’amélioration des perspectives d’investissement pour Haïti nécessite la promulgation de réformes structurelles, susceptibles d’améliorer l’environnement commercial et politique d’Haïti.  « En général, l’instabilité politique d’Haïti, la faiblesse des institutions et les politiques économiques incohérentes entravent la capacité du pays à stimuler les investissements directs étrangers », souligne le Département d’État.  En matière de facilitation des affaires, le rapport dénote qu’actuellement il faut compter entre 70 et 90 jours pour inscrire le nom d’une entreprise au registre du commerce auprès du Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) et pour obtenir l’autorisation de fonctionnement (droit de fonctionnement).

 

D’autre part, la BRH a rendu publique sa note de politique monétaire.  Toutefois, pour l’économiste senior, Pierre Marie Boisson, il y a, dans ce document, un « panorama mitigé, marqué par un déséquilibre croissant des finances publiques, porteur d’inflation, un environnement d’affaires et d’investissement peu favorable ».  Pierre Marie Boisson a aussi observé dans cette note, des informations autour d’une reprise des exportations et des transferts d’émigrés en nette croissance.  Cette reprise sauve « la mise et crée des opportunités dans le secteur des services, la production alimentaire et les exportations légères », a-t-il estimé.  L’économiste Pierre Marie Boisson a indiqué être d’accord, dans l’ensemble, avec les tendances exprimées dans la politique monétaire de la BRH.  «  Il y a une croissance lente, en baisse au 3e trimestre, essentiellement alimentée par :

  • les transferts de la diaspora, en hausse de plus de 15% par an, par rapport au record enregistré l’an dernier; les exportations de biens, en hausse de 8% sur les six premiers mois mais en baisse au 3e trimestre: les dépenses publiques alimentées par l’important déficit public de l’exercice ;
  • l’inflation de 13%, essentiellement liée à une forte croissance monétaire imputable au déficit public ;
  • la dépréciation, liée à une croissance importante de la masse de gourdes, due au financement monétaire du déficit, face à la baisse des dépôts en dollars (en contraste marqué avec l’importante offre de devises, liée aux transferts de la diaspora). Ce dernier phénomène est d’une ampleur sans précédent, qui semble provenir principalement de la “gourdisation” du crédit bancaire », a longuement détaillé Pierre Marie Boisson.

Cependant, l’économiste Pierre Marie Boisson ne « partage pas les conclusions ou la méthode d’analyse de la BRH, soit :

  • la liaison incorrecte entre le déficit commercial et le taux de change (si c’était vrai, on aurait eu une dépréciation systématique chaque année depuis 30 ans !) ;
  • la liaison entre le niveau des importations et les prix des produits pétroliers ou autres: le niveau des importations de biens et services est strictement égal à l’offre de devises moins la variation de réserves. Les prix influent plutôt sur la composition des importations, pas leur niveau ;
  • le fait d’analyser un trimestre par rapport au précédent rend l’analyse moins parlante, la variation étant alors plus volatile et contenant un effet saisonnier potentiellement trompeur. Il vaudrait mieux comparer un trimestre par rapport à la même période, il y a un an, ce qui reflèterait mieux la tendance de l’année », a expliqué Pierre Marie Boisson.

 

De son côté, pour l’économiste Etzer Émile, « il est clair que sur le plan économique, nous sommes assis sur une poudrière qui peut exploser à n’importe quel moment.  Et ce ne sont pas les kilomètres de routes et les plats chauds distribués qui feront changer la donne demain matin », a-t-il confié au journal, interrogé sur la note de politique monétaire rendue publique par la BRH le 23 juillet 2018.  « L’inflation, qui avait enregistré depuis quelques mois une tendance baissière, vient de subir un décrochage en atteignant le niveau de 13% en juin dernier, et cela ne devrait pas s’arrêter, car au-delà des maux existants (déficit budgétaire, déficit commercial, faible production locale, …), les événements des 6 et 7 juillet vont sans aucun doute accélérer la pression sur les prix pour un coût de la vie plus élevé, sans oublier l’impact à court terme de la révision de certains tarifs douaniers », a expliqué Etzer Émile.  « Ajoutée à cela, a-t-il poursuivi, la dépréciation de la gourde ne s’arrête pas, malgré les multiples mesures et interventions de la BRH ».  « L’arrêté sur la « dédollarisation » n’a pas suffi pour faire modifier les contrats de bail pour les locataires en gourdes ainsi que de multiples autres transactions commerciales.

 

« Les nouvelles politiques monétaires énoncées par la BRH n’ont rien de nouveau », a confié, au journal, le professeur Jean Poincy.  Il souligne que la BRH utilise les mêmes outils financiers asphyxiant l’économie depuis toujours ».  « Penser que les récents événements de la fin de semaine du 6-7 juillet porteraient la BRH à assumer, pour une fois, son rôle accompagnateur de l’économie, serait illusoire.  En effet, aucune nouvelle mesure monétaire porte à croire à une ingénierie monétaire capable de sortir l’économie du bourbier où elle s’enlise », a indiqué Jean Poincy.  « Il convient de dire que la BRH a une perception réduite de son rôle comme autorité monétaire du pays.  Il s’agit principalement de stabiliser la gourde, de gérer les poussées de l’inflation et de faciliter la circulation d’une juste quantité de monnaie dans l’économie.  Elle fait abstraction de son rôle majeur d’accompagner l’économie dans sa quête de croissance et de surveiller toute tendance à la récession pour la contrer », a poursuivi Jean Poincy.

Altidor Jean Hervé

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