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« Une tentative de percée de Nicolas Duvalier, à l’ombre de sa mère : de la pure indécence …»

Comment sortir des spectres traumatisants du legs de la dictature épouvantable de son grand-père, en passant par la pseudo velléité de démocratisation du règne de son père, pour aboutir à l’établissement d’une démocratie monarchique dans son pays d’origine ?  Qu’en est-il du sang des victimes du régime dictatorial des Duvalier, père et fils, qui encore crie justice ?  Le pillage systématique du trésor public, avant, pendant et même après la chute du régime, pour servir des causes personnelles et partisanes, restera-t-il impuni ?  Sans langue de bois ni aucune forme de tergiversation, il s’agit là, d’autant d’interrogations auxquelles, d’entrée de jeu, Nicolas François Jean Claude Duvalier 2, dit Ti-Nicolas, se doit de répondre, si véritablement il aspire à accéder à la plus Haute Magistrature du pays.  Paradoxalement, il ne semble pas encore être disposé à implorer pardon à la mémoire des disparus, aux matraqués, aux exilés forcés et aux victimes innocentes des régimes sanguinaires de son grand-père et de son père.  Même si, pour la plupart, ils sont déjà partis vers l’au-delà, et que certains autres sont déjà entrés dans la catégorie du troisième âge, tous ont été marqués par les séquelles des atrocités d’une administration vautour.  Il n’en demeure pas moins que la chose la plus élémentaire que l’intéressé devrait apprendre pour mieux s’orienter, c’est qu’il n’y a aucune panacée pour atténuer les souffrances et les douleurs d’un peuple ayant subi, au plus profond de son âme, les répressions d’un régime aussi criminel pendant près de trente ans !

La deuxième chose que l’intéressé doit aussi savoir, c’est qu’en dépit du fait d’être né en Ayiti, de pouvoir s’exprimer décemment dans la langue de Voltaire et de dompter, en apparence, sa « langue de naissance », soit le créole, cela ne fait pas pour autant de lui un Ayisyen, d’emblée, après avoir passé, en terre étrangère devenue sienne par adoption, toute son enfance, son adolescence et sa jeunesse – étapes déterminantes dans l’acquisition de l’essence et des particularités de la culture du pays dont on se réclame, dans ce cas précis, Ayiti.  Ainsi donc, par syllogisme, la conclusion est simple : Ti-Nicolas, n’est pas Ayisyen.  Sur cette question, nous devons être clairs ! C’est le point de départ de tout débat autour de la réapparition timide mais progressive d’un individu qui a été forcé de s’exiler, alors qu’il était un enfant de trois (3) ans, dans les bras de ses parents, pour la simple et bonne raison qu’ils avaient renié de servir leur pays en citoyens dignes de l’héritage sacré et glorieux de leurs ancêtres, pour de préférence servir, sans honte aucune, les causes d’une oligarchie exploiteuse, raciste et impérialiste.  En effet, il est héritier direct d’une tyrannie dont la cruauté est telle que le pays n’en a jamais connue avant ! Et cela lui vaut, d’entrée de jeu, la censure de l’histoire, même avec le supposé désir de sortir le pays des ornières des interminables crises et instabilités politiques, des gouffres de la pauvreté, de la misère et du sous-développement, ce dont je doute fort.  On parle d’une dictature ayant provoqué la mort de milliers d’Ayisyen et d’Ayisyèn, opposants légitimes ou non déclarés du régime, professionnels de haut rang disposés à servir leur pays.  Ils ont été traqués comme des bêtes sauvages, ces citoyens conséquents et compétents, réduits au silence et à l’indignation, alors que leur seul péché était de vouloir sentir souffler, sur toute l’étendue du territoire, un air de changement en profondeur, en faveur de pauvres innocents, n’ayant ni de près ni de loin, rien à voir avec la politique.  Comme la colère du diable, la terreur des tyrans s’est abattue sur eux, sans merci, sous les effets des balles assassines, des tortures inhumaines, et sous l’emprise aiguë des baïonnettes des tonton-makout et des fiyèt-lalo assoiffées de sang.

Que dira-t-il à ces honnêtes citoyens du pays qui, aujourd’hui encore, pleurent en silence leurs êtres chers ? La réapparition d’un Duvalier, prétendant à la présidence du pays, ne fera que raviver les mauvais souvenirs de ses aïeux,  que rouvrir les plaies dont il n’en restait que les cicatrices, en y remuant le fer de la réminiscence des cruautés d’antan à Fort-Dimanche, de celles perpétrées par des escouades de l’Anti-Gang, de Cafétéria, des enterrements sommaires et sans cérémonie à Titanyen, sous le haut commandement de Ti-Bobo, de Ti-Boulé, de Mme Max Adolphe, de Luc Désir, de Samuel Jérémy, de Roger Lafontant, pour ne citer que les plus connus?  Comment un homme qui se respecte peut-il être capable d’une telle profanation et d’un tel sacrilège, en s’adonnant à des petits jeux de machination pour asseoir ses prétentions à l’administration de cette portion de terre que ses parents semblent lui avoir léguée ?

C’était à prévoir, cette volonté de résurgence en force des Duvalier !  L’avalanche qui les a déracinés en 1986 du Palais de la Nation, leur a laissé un goût amer, les faisant, pour la première fois de leur vie, savourer, jusqu’à satiété, la puanteur de l’exil qu’ils offraient en trophée, en guise de représailles, à défaut d’élimination physique, à leurs adversaires.  La seule différence dans leur cas, c’est qu’ils étaient partis avec les poches regorgeant de millions, comme prime pour les spectacles de carnage qu’ils avaient offert à la population.  En effet, ce n’était pas si difficile à pressentir, après les multiples sorties intempestives de l’ex-première Dame sous dit Baby Doc, Michelle Bennett Duvalier, la mère de l’intéressé, sur les réseaux sociaux, sur certains sujets brûlants de l’actualité politique nationale (comme pour avoir la conscience tranquille).  C’était autant de tests sur l’atmosphère qui règnerait en cas de leur éventuel retour en force sur la scène politique.  Cela semble avoir donné le résultat escompté, du moins de leur point de vue, face à un peuple en proie à la misère et à la pauvreté les plus abjectes, confronté à une situation de désespoir qui fait déguerpir massivement les enfants du pays vers des rives incertaines, abandonnés à leur pauvre et triste sort, et de surcroît souffrant d’une amnésie chronique tendant à contaminer la totalité de l’étendue du territoire.  L’heure du déclic de la percée nicolasienne semble donc avoir sonné.  C’est donc le tour du petit-fils, d’arpenter, comme lors de pèlerinages, les couloirs du Département d’État américain, en quête de la bénédiction des anciens patrons de ses parents, en vue de sa propulsion, à son tour, sur l’échiquier politique ayisyen.  D’où un premier élément de compréhension de la raison de l’intérêt du staff de « La Voix de l’Amérique » à s’intéresser à la figure du doublement fils et petit-fils des dictateurs Duvalier.

À partir de cette interview, non pas accordée par hasard récemment à « La Voix de l’Amérique », à Washington, Ti-Nicolas fait, sur la scène politique haïtienne, son entrée tant attendue par les derniers mohicans duvaliéristes, la bourgeoisie-sangsue, l’oligarchie des menfouben politicailleurs, les pleure-misères amnésiques et, bien sûr, les rapaces impérialistes sur la scène politique ayisyèn.  Ainsi, il aurait fallu seulement être un citoyen insouciant et irresponsable pour ne pas se sentir interpellé par le boom médiatique que suscite cette sortie-éclair.  Il convient donc de se demander :

  • Quelle est la motivation véritable qui sous-tend un si soudain enthousiasme ? Est-ce effectivement Ayiti ?  Est-ce en soi mauvais, un tel dévouement ?
  • En cas de confirmation de ses ambitions politiques, dont on craint le désir d’établissement d’une démocratie monarchique dans le pays, comme la tendance le fait entrevoir, quel aurait été son plan de sortie de crise pour Ayiti ?  Quels sont ses véritables intentions et projets pour le pays ?
  • Pourquoi donc, dans ce contexte si complexe du dénouement de la crise nationale, s’évertuer à faire revivre, par un élan si rare d’apologie, les horreurs d’un passé si douloureux en faveur d’un régime qui a fait tant de torts au pays ?

Il est clair que le devoir de mémoire en profondeur, auprès des générations post-86, concernant les barbaries du duvaliérisme, n’a pas été fait.  Pensez-vous qu’un descendant d‘Adolphe Hitler, pour prendre un exemple des plus extrémistes mais pourtant illustratif, oserait faire irruption sur la scène politique allemande de la sorte, même en ayant, a priori, imploré la clémence du peuple allemand pour toutes les exactions que lui a infligées la monstruosité de cette caricature d’homme ?  Ou plus près de nous, pensez-vous qu’il en serait de même pour un descendant de l’ex-dictateur de Pinochet au Chili ?

Ayiti renaîtra à sûr coup de ses cendres, certes pas avec les ennemis de la patrie qui glorifient l’injustice et la corruption sur toutes leurs formes mais avec des citoyens conséquents, de vrais patriotes qui s’évertuent et s’engagent à garantir à tous ses fils et à toutes ses filles, non pas un climat d’apaisement social mais plutôt de paix véritable et durable, de justice sociale et de rejet de l’impunité.

Jean Camille Étienne, Arch.Msc. en Politique et Gestion de l’Environnement, 24/06/2018

Chronique de la Renaissance d’Ayiti. CrAy.

E-mails: camilingue@hotmail.com / jeancorreo@yahoo.ie

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