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L’aggravation de l’insécurité dans la zone métropolitaine

La Solidarité haïtienne de défense des droits humains (SOHDDH) dénonce une recrudescence des actes de violences en Haïti, notamment dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Ces pratiques violentes « rappellent une époque non lointaine, (durant laquelle) les citoyennes et citoyens avaient préféré se recroqueviller chez eux ou bien vaquer à leurs activités avec la peur au ventre », souligne-t-elle. La SOHDDH enjoint les autorités compétentes, particulièrement le Conseil supérieur de la police nationale (CSPN), à œuvrer en vue d’endiguer les meurtres, kidnappings et tortures physiques. L’État a l’obligation de garantir la paix à toute la population, rappelle-t-elle. Le 13 avril 2018, le premier ministre Jack Guy Lafontant avait déclaré qu’Haïti est un pays sécuritaire. Cette déclaration, jugée « déconcertante » du chef du CSPN, semblerait ouvrir la voie à la multiplication des actes de banditisme, avance l’organisme de défense des droits humains. Environ 29 décès ainsi que deux disparitions ont été enregistrés durant le mois de mai 2018, par rapport à 34 morts et plusieurs cas de kidnappings et de blessés, en juin 2018, rapporte l’organisme de défense des droits humains. 44 décès par balles, sur un nombre de 46 recensés, ont été enregistrés dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, du vendredi 1er au lundi 18 juin 2018, indique la Commission épiscopale Justice et paix (JILAP) de l’Église catholique romaine en Haïti. Au cours de la période, 37 cas de décès par balles ont été dénombrés à Port-au-Prince, Martissant et Delmas, 5 dans la municipalité de Carrefour (sud) et 4 à Croix-des-Bouquets (au nord-est de la capitale, Port-au-Prince). La recrudescence de l’insécurité, constatée dans le pays, serait liée au laxisme des autorités, dénoncent différentes organisations de droits humains. « Il aurait pu y avoir plus de dégâts. Mais jusqu’à présent, grâce à Dieu, il n’y a pas trop de dégâts. On peut toujours entendre des coups de feu. Mais, on ne peut pas dire qu’il y a 10 ou 20 morts » dans la périphérie sud de la capitale, a tenté de justifier, voire de banaliser, le Premier ministre Jack Guy Lafontant, en conférence de presse, le jeudi 14 juin 2018, sur le regain d’actes de banditisme dans les quartiers populaires dénommés « Cité-de-Dieu » et Site Letènèl. De telles déclarations d’un chef de gouvernement d’Haïti sont qualifiées d’irresponsables. Elles ont été vivement critiquées par diverses organisations sociales.

Justement, depuis plusieurs semaines, les cas d’insécurité et de tension sont légion, presque quotidiennement, dans la périphérie sud de la capitale, Port-au-Prince. Lundi après-midi, le 25 juin 2018, des barricades de pneus usagés enflammés, ont été érigées dans la zone par des mains inconnues, tandis que des tirs sporadiques d’armes ont été entendus par passantes et passants, riveraines et riverains. Ce qui a forcé les automobilistes à bifurquer et à tenter d’emprunter le boulevard Harry Truman et d’autres rues adjacentes, pour éviter de devenir des victimes collatérales. Les unités policières n’étaient pas présentes. Autre fait qui dément l’interprétation de la situation par Jack Guy Lafontant : il devient de plus en plus dangereux, pour les citoyennes et citoyens, d’emprunter la route des Dalles (sur les hauteurs de Martissant), en passant par Gran-Ravin, tant les gangs armés continuent de semer la terreur, au vu et au su des autorités judiciaires et policières. La semaine dernière, un chauffeur de transport public, un «tap-tap» dans lequel se trouvaient plusieurs passagères et passagers, a été apostrophé par un chef de gang à Gran-Ravin, qui lui reprochait d’avoir choisi de passer par cette zone. Des passagères et passagers ont été pris d’anxiété, au vu d’un long fusil que détenait ce chef de gang qui, visiblement, de sang-froid, poursuivait ses opérations de terreur sur les citoyennes et citoyens. D’autre part, des gardes rapprochés du maire assesseur de Cabaret, Jean Gary Jean-Louis, auraient provoqué un bain de sang, jeudi, aux environs de midi, dans la localité de Lafito. Le groupe, emmené par Ilorcin Lemieux et James François, auraient assassiné par balles, trois jeunes, et blessé plusieurs autres personnes. L’une des victimes, appelée «Tatoute», est un jeune rappeur très connu dans la région sous le nom de D-Flex. Giovany, l’un de ses camarades, a été également tué au cours de la fusillade. Les autorités du Tribunal de Paix de Cabaret et la police se sont rendues immédiatement sur place pour les constats légaux. Furieux, les habitants de Lafito ont voulu incendier la maison de Lemieux où il vit avec sa femme, mais les autorités sur place les en ont empêchés.

Altidor Jean Hervé

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