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Discorde entre l’État et l’Église épiscopale

L’Église catholique d’Haïti a célébré le mercredi 27 juin, les 75 ans de consécration d’Haïti à Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours. La Conférence épiscopale d’Haïti (CEH) a, du même coup, clôturé l’année du jubilé, en présence du président de la République, Jovenel Moïse, qui, dans son discours et en réaction aux autorités religieuses, a montré son hostilité. Il n’y a pas de ressemblance entre la cérémonie de consécration d’Haïti à Notre-Dame-du-Perpétuel -Secours en 1942 et la célébration des 75 ans de cette consécration en 2018. Comme en 1942, il y a eu une grande procession qui a débuté au Bel-Air. Mais les évêques n’ont pas été autorisés à organiser la prière de bénédiction dans la cour du Palais national. En 1942, l’État haïtien, sous la présidence d’Élie Lescot, s’est allié à la Conférence épiscopale de l’époque pour déclarer la Vierge Marie, sous le vocable de Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours, patronne du pays, après avoir reconnu que c’est par son intercession que les familles haïtiennes furent sauvées de l’épidémie de la petite vérole qui les ravageait. En 2018, Jovenel Moïse, qui n’a pas participé intégralement à la cérémonie – il est arrivé à la fin – qui s’est déroulée au stade Sylvio Cator, a profité de l’occasion pour recadrer les autorités de l’Église pour avoir critiqué certaines décisions prises par l’administration Moïse-Lafontant. « Aujourd’hui, notre petite vérole se présente sous la forme de « mensonge ». Le message de l’Évangile est un message de vérité. Et la vérité est la lumière. L’Église, comme institution morale, a pour mission de chercher l’harmonie dans la société pour une vie dans la fraternité. L’esprit de l’amour exige le respect de l’un envers l’autre et la vérité. Le mensonge est un gros péché », a réagi Jovenel Moïse, qui avait sa femme à ses côtés, ainsi que le Premier ministre Jack Guy Lafontant, les membres du haut état-major de l’armée. « On ne peut construire un pays sur le mensonge, sur des fausses informations, des rumeurs, la haine, la violence et l’hypocrisie. Ces actes sont contraires à l’Évangile », a ajouté le chef de l’État, se présentant comme le partisan du dialogue. Les allégations de Jovenel Moïse sont venues après que le président de la Conférence épiscopale d’Haïti, Mgr. Lauré Saturné, ait exprimé ses préoccupations face à la politique économique du gouvernement. Dans un discours à l’occasion de la fête patronale de la Vallée de Jacmel, Saint-Jean Baptiste, le prélat avait critiqué la décision du gouvernement d’augmenter les prix de l’essence dans les prochains jours. Les nouveaux tarifs pourraient être appliqués au cours de cette semaine, confirment plusieurs officiels haïtiens. L’Évêque de Jacmel s’indigne que le gouvernement continue d’imposer de nouvelles taxes aux citoyens, alors que le salaire minimum des ouvriers n’a pas été ajusté. Il constate qu’en dépit des nouvelles taxes, les conditions de vie de la majorité n’ont pas été améliorées. Le prélat a fait part de ces doutes sur les résultats des nouvelles taxes, interrogeant les membres du gouvernement sur les projets sociaux envisagés. Est-ce que les services sociaux seront améliorés pour satisfaire les droits de tous les citoyens, si les prix de l’essence sont augmentés, s’interroge Mgr. Saturné, évoquant notamment les infrastructures sanitaires, routières et éducatives? Il plaide pour l’augmentation du salaire minimum des ouvriers. Si les taxes augmentent, est-ce qu’elles permettront de combattre la cherté de la vie, a ajouté l’évêque de Jacmel. En même temps, il dénonce la corruption et la mauvaise gestion des fonds publics. Il presse le chef de l’État à combattre le gaspillage. Le ministre de la Culture et de la Communication a été interrogé sur la position du gouvernement par rapport aux dernières déclarations du président de la Conférence épiscopale d’Haïti, Mgr. Launay Saturné. « Nous avons beaucoup de respect pour les autorités religieuses. En plus, il s’agit d’un évêque. Cependant, je veux lui demander comment le gouvernement peut améliorer la situation de la population, sans ressources financières », a déclaré Delva, d’entrée de jeu. Selon le journaliste devenu ministre, le gouvernement ne peut pas investir dans l’éducation, dans la santé, etc., sans percevoir des taxes. « Nous ne pouvons pas financer les programmes sociaux à l’intention de la masse défavorisée. Sans moyens financiers, on ne peut entreprendre aucune action pouvant avoir une incidence sur les conditions de vie de la population. Sans les moyens, la situation de la population risque de se dégrader », a-t-il fait remarquer.

Saintus Emmanuel

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