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Haïti s’abstient, pour le bien de la République bolivarienne et le sien

By Altidor Jean Hervé

Après des jours de tractations, de consultations et de menaces, lors de la 48e Assemblée générale de l’OEA, le mardi 5 juin à Washington, 19 pays ont voté en faveur de la résolution demandant d’appliquer contre le Venezuela, la Charte démocratique de l’organisation hémisphérique. Onze (11) pays ont fait abstention, dont Haïti, et quatre pays ont voté contre la résolution. En attendant toute autre étape dans les démarches des États-Unis visant à exclure la République bolivarienne de l’OEA, le Venezuela conserve son siège pour l’instant. À la suite de ce vote d’abstention, les avis sont partagés concernant ce choix. Si pour certains, c’était le choix idéal, la position qu’il fallait prendre pour le bien du pays, la sauvegarde de la relation haïtiano-vénézuélienne, pour d’autres, c’est un acte de lâcheté et de trahison à l’égard du Venezuela. L’économiste William Savary se réjouit du fait qu’Haïti se soit abstenue lors du vote qui s’est tenu mardi pour tenter d’exclure le Venezuela de l’Organisation des États américains. À son avis, le pays a pris sa décision de manière souveraine. Par ailleurs, l’économiste minimise les conséquences de ce positionnement en raison de l’absence d’aide budgétaire directe américaine à Haïti. Vu son passé, Haïti ne peut se permettre de soutenir une dictature… C’est l’avis d’Erick Gaillard, ancien membre de la Commission de vérification des élections d’octobre 2015. Intervenant pendant le Journal du matin, il a estimé que s’abstenir constituait une erreur et revenait à se désintéresser de la situation des droits de l’homme au Venezuela… un acte contraire à l’engagement traditionnel d’Haïti en faveur de la liberté en Amérique latine, selon lui. Haïti a pris position en faveur du peuple vénézuélien touché par l’embargo décrété par les États-Unis, en abstenant lors du vote à l’OEA, explique le conseiller spécial du président.

Guichard Doré précise que les autorités haïtiennes entendent rester fidèles à leur histoire de bonnes relations avec le Venezuela. Sans toutefois négliger le conflit politique qui agite ce pays, le conseiller du chef de l’État haïtien affirme que le gouvernement haïtien, par son vote à l’OEA, refuse d’interférer dans les affaires internes du Venezuela. Alors que le conseiller spécial du président de la République, Guichard Doré, justifie cette position de s’abstenir lors du vote de la résolution sur l’avenir du Venezuela à l’OEA, d’autres secteurs apostrophent le gouvernement. Le député de la commune de Kenscoff, Alfredo Antoine, qualifie, quant à lui, de lâche, l’abstention d’Haïti lors du vote de l’Organisation hémisphérique sur le Venezuela au sein de l’organisation. Le parlementaire pro-gouvernemental estime qu’Haïti aurait dû voter contre cette résolution initiée par les États-Unis, compte tenu de sa coopération très fructueuse avec la République bolivarienne.

Le député élu sous la bannière du parti Lavalas, Printemps Bélizaire, a logiquement critiqué, lui aussi, le fait par Haïti de n’avoir pas sanctionné la résolution ouvrant la voie à l’exclusion du Venezuela de l’Organisation des États américains. Pour l’élu de la troisième circonscription de Port-au-Prince, les autorités haïtiennes ont cédé aux pressions américaines. Camille Chalmers, le responsable de la Plateforme de plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA), a qualifié l’abstention d’Haïti d’une position de traître. L’altermondialiste dit croire que le Gouvernement haïtien aurait dû prendre clairement position en faveur de la République bolivarienne, en votant contre cette résolution. Pour le moment, le Venezuela conserve son siège à l’OEA. Cependant, avec cette majorité simple de 19 votes pour, les États-Unis et le Groupe de Lima qui compte 14 pays, obtiennent la possibilité d’avancer vers leur objectif qui est l’exclusion de la République bolivarienne de l’OEA. La résolution va être acheminée au Conseil permanent. Il y aura ensuite un autre vote, a expliqué au Nouvelliste, une source à l’OEA. Selon ce qu’ont fait savoir au Nouvelliste des sources diplomatiques dignes de foi, les États-Unis espéraient obtenir le vote d’Haïti pour l’exclusion du Venezuela de l’OEA, sans pour autant négocier ce vote. « Ils ne nous ont même pas donné la possibilité de négocier notre position. À aucun moment dans les discussions, la question du TPS n’a été évoquée », ont révélé nos sources diplomatiques. « Au cours des pourparlers avant le vote, les diplomates américains nous disaient qu’ils allaient prendre acte de notre vote…», déclarent nos sources. Les sources diplomatiques qui se sont confiées au Nouvelliste ont fait savoir que le Venezuela a compris le vote d’abstention d’Haïti qui est considéré comme un vote de principe, en ce sens qu’Haïti n’a pas lâché la République bolivarienne.

Altidor Jean Hervé

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