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La dangerosité de certaines maladies, ignorée par les Haïtiens

Dans la société haïtienne, une personne est considérée comme malade lorsque celle-ci ne peut pas se lever pour vaquer à ses activités. Cela induit parfois à penser à la sorcellerie, quand quelqu’un, considéré comme en bonne santé, meurt subitement, alors qu’il se peut fort bien que ce dernier ait été gravement malade depuis bien longtemps. Les études et les tests de détection sont certainement parmi les meilleurs moyens pour connaître l’état de sa santé. À cet effet, l’Institut haïtien d’oncologie (IHDO) et la Société haïtienne d’oncologie (SHONC) ont lancé, du lundi 21 au dimanche 27 mai 2018, une campagne de dépistage des cancers du sein et du col de l’utérus dans six départements géographiques d’Haïti. Les départements ciblés par cette campagne, sont l’Ouest, le Nord-Ouest, le Sud, le Sud-Est, le Plateau central et l’Artibonite. Cette campagne vise à sensibiliser la population sur les dégâts causés par ces maladies chez les femmes, et, du coup, offrir des consultations gratuites, a fait savoir l’administratrice et co-fondatrice de l’IHDO, la docteure Elsie Carrénard. En Haïti, le cancer du col de l’utérus tue beaucoup plus les femmes haïtiennes, alors que le cancer du sein fait plus de morts dans le monde, fait-elle remarquer. Cette situation s’expliquerait par un manque d’éducation des femmes, l’absence des examens de contrôle, un manque de structures offrant ces types de services et l’incapacité économique des femmes à payer les soins. Mme Carrénard encourage les femmes à faire très souvent des consultations, chez un médecin spécialiste en la matière, pour se prémunir contre ces maladies. L’IHDO et la SHONC recommandent à toute femme, ayant une vie sexuelle, de faire le test de Papanicolaou, couramment appelé « Pap test », chaque année, pour détecter précocement le cancer du col de l’utérus. L’Institut haïtien d’oncologie enregistre, chaque année, 500 nouveaux cas de cancers, dont 60% sont des cancers du col de l’utérus. Les personnes, qui se présentent à l’hôpital pour se faire soigner de cette maladie, sont souvent dans un stade très avancées. Pourtant, la maladie met généralement 7 à 15 ans avant de se développer, indique la Dre Carrénard. Pour sa part, le Dr Jean Jumeau encourage l’établissement d’un programme de dépistage et de traitement de la fistule, axé sur la formation, afin qu’il y ait, dit-il, suffisamment de compétences capables, d’une part, de diagnostiquer et d’autre part, d’effectuer la prise en charge des patientes. La fistule obstétricale représente un problème réel en Haïti, souligne le vice-président de la Société haïtienne d’obstétrique et de gynécologie (SHOG), le docteur Batch Jean-Jumeau, à l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la fistule obstétricale, le mercredi 23 mai 2018. Un programme a été mis en œuvre par le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) et la SHOG, en vue de chercher, d’identifier et de documenter des cas de fistule pour constituer une base de données pouvant servir de guide pour prendre des décisions. Jusqu’à présent, nous ne disposons pas de statistiques précises concernant la fistule en Haïti, car moins de 50% de femmes accouchent à l’hôpital, regrette-t-il. Le vice-président de la SHOG déplore un manque d’accès des femmes aux soins de santé et à une couverture sanitaire. Quatre à cinq personnes sont capables de réparer les fistules à Port-au-Prince, sans compter les médecins étrangers qui réalisent ce type d’intervention en Haïti, fait-il savoir. Jean-Jumeau reconnaît qu’il n’est pas facile pour une femme de déclarer une fistule, cette « maladie de la honte » qui affecte son estime de soi. 5 à 10% des cas de fistule sont affectés par une infertilité, indique-t-il. 99 % des fistules dans le monde proviennent des pays en développement, avec des facteurs en commun comme : l’analphabétisme, la malnutrition, le manque d’éducation et d’accès aux soins de santé, l’inégalité entre hommes et femmes, et des grossesses précoces, ajoute-t-il. On reconnaît la fistule chez la femme lorsqu’elle souffre d’une incontinence permanente, après un accouchement ou bien une intervention gynécologique. Il arrive même que des matières fécales mêlées avec de l’urine passent à travers le vagin de la femme atteinte. Ces études montrent le niveau élevé de l’ignorance des Haïtiens en matière de santé. Tout cela est souvent dû à une carence en éducation et à nos croyances moyenâgeuses.

Altidor Jean Hervé

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