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« 215e anniversaire de la création de notre bicolore. Où en sommes-nous ?»

 

C’était à l’Arcahaie le 18 mai 1803 que se créa le fier Bicolore ayisyen, pour, dès lors, ne plus cesser d’inspirer et de motiver le reste du monde, particulièrement la Grande Colombie de Bolivar et de Miranda dont la majeure partie de leur étendard émane du nôtre.  Il s’agit là du premier et véritable acte d’indépendance posé par nos ancêtres, sous la commande du père de la Patrie ayisyèn, Jean-Jacques Dessalines.  Regroupé avec l’ensemble des chefs de la Révolution ayisyèn, il arracha du drapeau français, la partie centrale de couleur blanche, en le dépouillant du symbolisme de royauté, sur cette terre de liberté, de fierté et de dignité.  Par le geste de rupture du Tricolore français aux bandes verticales, bleu, blanc rouge, la bleue attachée à la hampe, la rouge flottant dans l’air, né de la réunion, sous la Révolution française, des couleurs du roi (blanc) et de la ville de Paris (bleu et rouge), le blanc n’avait plus sa place.  La foudre enragée des « dieux insurgés » a sévi contre le système colonialiste, esclavagiste et raciste qui avait déjà trop duré, et en a eu raison. Le talent couturier de Catherine Flon, comme par un acte magique en furie, a façonné le drapeau ayisyen.  L’union des Noirs et des Mulâtres était consacrée.  Le message était clair, il a fallu à tout prix ôter les Blancs du milieu des Noirs et des Mulâtres, en vue de l’alliance sacrée menant à la création de la Nation ayisyén.  Cette alliance nouvelle ne pouvait être qu’éternelle, et le jour où nous entreprendrions de penser à sa rupture, nous nous livrerions au plus grand sacrilège de toute notre histoire de peuple.  Notre réalité aujourd’hui en témoigne !

Cependant, nous assistons aujourd’hui impuissants, à la profanation des prouesses de nos ancêtres qui pourtant ornent les annales de l’Histoire universelle.  Les questions, à nous poser en vue de trouver les causes d’une situation politique chaotique qui encense la puanteur et nous bascule carrément dans la déliquescence d’un système en phase d’effondrement, sont multiples et variées.  Les plus classiques auraient été : Où en sommes-nous aujourd’hui ? Comment, pourquoi et quand fûmes-nous convaincus qu’il fallait tout chambarder, dans le strict sens des propres intérêts mesquins d’un petit groupe, maintenant depuis toujours le pays dans les affres macabres de la misère, de la pauvreté et du sous-développement ? Était-ce vraiment le seul chemin à prendre ? Fallait-il faire feu de l’âtre périlleux comme alternative pour continuer à nous signifier à la face du monde ?  Bref, des interrogations, on pourrait continuer à en avoir jusqu’à perdre la lucidité, pour explorer l’univers des hallucinations.

À ce titre, point n’est besoin d’être savant, ni de s’investir à corps perdu dans la fine habilité de la lecture des grands livres, pour parvenir à une définition élégante et exhaustive de ce que c’est la politique.  il s’agirait là d’une démarche fort erronée qui s’avèrerait, à un certain égard, d’une effroyable et flagrante perte de temps, d’énergie, très probablement de ressources, peut-être qui sait même d’argent. Mais aussi et surtout, ce serait imposer aux neurones une trop lourde charge de vain labeur.  Décidons-nous enfin à faire trêve d’apologie de nos propres leurres, la définition classique du terme pris dans son sens propre ne peut-être rien d’autre qu’un jeu d’intérêts sur fond de rapports de force et de division entre les différents groupes de pression composant toute structure organisationnelle et sociale, et dont la suprématie des actions aura des répercussions, alternativement et/ou subséquemment sur la population, à court, moyen et long terme. Malheureusement, c’est un processus à effets rétroactifs quant à ses incidences, au pire des cas, néfastes, quand elles sont mal motivées et focalisées, sur le présent et l’avenir. Ainsi donc, toutes les autres tentatives d’un cadrage extérieur que la posture intérieure n’est que pure spéculation !

Ayant atteint sa phase ultime de déliquescence, rien ni surtout personne ne peut arrêter la marche irréversible d’Ayiti vers sa renaissance.  Oui, de ses cendres Ayiti renaîtra.  Que nul ne se berce d’illusions, car en cela il n’y a point de contradiction ni de confusion.   Nous sommes aujourd’hui, comme jamais avant notre histoire de peuple, réduits à la plus simple expression de notre essence en tant que nation, celle d’un ramassis d’esclaves modernes, après plus de 200 ans de tâtonnement, de tergiversation, de procrastination, de complaisance, de confusion, de marginalisation, d’exclusion, de nonchalance, de négligence,  d’inconscience, d’insouciance, d’inaction et d’exactions, à la faveur de la corruption, de la malversation, de l’incompétence, de la manipulation, de l’immoralité, de l’incohérence, de l’inconstance, de l’inconsistance, pour le strict compte des intérêts mesquins de minorités de souches. Dieu seul sait leurs origines, leurs natures, et surtout leurs objectifs, quant au devenir du pays.  Désormais il nous faut, à tout prix travailler plutôt à la résurgence de cette nouvelle génération d’hommes, de femmes, d’enfants, de jeunes et de vieillards haïtiens et haïtiennes, profondément épris du sentiment patriotique et nationaliste, en vue de mettre nos compétences, nos savoir-faire, même au prix du sacrifice de nos vies, pour l’avènement de la Renaissance de notre pays.

Mes très chers compatriotes, tout comme vous, je suis plus que fier des prouesses et des hauts faits d’armes que nos ancêtres avec fierté, enthousiasme, dévouement, bravoure, dignité et surtout avec toute la force de leurs bras et de leur âme, avec détermination et force de volonté, se sont évertués à briser les chaînes de l’esclavage de l’exploitation et du racisme.  Cependant à quoi servent-ils aujourd’hui tous ces exploits, si nous continuons dans le sacrilège de notre propre histoire, tête baissée et à corps perdu ? Depuis que le monde est monde, la profanation a toujours eu des effets néfastes sur ceux qui s’y adonnent ! Sachez que l’Haïti d’aujourd’hui n’est plus seule, du 15e au 19e siècle, et que nous n’avons plus rien à prouver au monde, sinon que notre grandeur d’âme, notre désir déchaîné, notre capacité et détermination à sortir de par nous-même des gouffres de la pauvreté, de la misère du sous-développement, de l’infamie et surtout des jours du néocolonialisme de l’esclavage et du racisme moderne.

En fin de compte, la politique n’est rien de plus ni de moins que le spectre macabre des rapports de force découlant de l’interaction du jeu d’intérêts entre les différents groupes de pression sur la base de stratification sociale, économique, religieuse, culturelle, voire même ethnique.  Il nous faut désormais dégager la mentalité de l’Homme-Haïtien des scories qui de plus en plus le rongent de l’intérieur, et ce, du plus simple citoyen au plus éminent politicien. Il nous faut désinfecter sa conscience par l’administration d’une forte dose d’antivirus de nationalisme et de patriotisme, à toute épreuve.  Il faut reformater tout le système d’exploitation de notre mode de pensée et de fonctionnement, en vue du renforcement de nos facultés de compréhension et de réflexion, à la lumière de l’absorption et de la confrontation de l’établissement de nouvelles stratégies, pour mieux appréhender les grands défis du développement durable via la quête constante de l’atteinte des Objectifs du Millénaire.  Le changement véritable, dans toutes les acceptions du terme, et le reformatage de la conscience nationale en vue de son définitif réveil, c’est tout ce dont le pays a besoin pour l’avènement de la nouvelle génération d’Ayisyen et d’Ayisyén voués à se consacrer à l’avènement de la nouvelle Haïti.  Pour ce faire, il nous faut repenser et redéfinir l’homme-haïtien, via un profond processus de reprogrammation, en vue de la reconquête de ce que nous avions été, au bon vieux temps.

Si nous faisons véritablement ce qui est nécessaire pour que notre très chère Ayiti puisse renaître de ses cendres, il faut que sur toute l’étendue du territoire national, que l’Idéal dessalinien, dans toute sa splendeur et majesté, prévale ! Car c’est l’unique voie pouvant nous conduire à la reconquête de la souveraineté du territoire ainsi que celle de notre grandeur et de notre fierté d’être la Première République noire du monde et l’un des rares peuple à avoir conquis sa liberté à coups d’honneur et de dignité, de refus catégorique de soumission au triple système colonialiste, esclavagiste et raciste, visant à l’exploitation de l’homme par l’homme, sous prétexte d’une flagrante illusion de suprématie ethnique.

Notre bilan de 214 ans de peuple indépendant est piètre et macabre.  Il est loin d’inspirer ni de procurer satisfaction ni orgueil à quiconque, même pas aux peuples noirs du monde qui ont vu en nous un phare, dans la quête véritable d’émancipation des peuples vidés de leur essence, celle de la dignité humaine.  Le pays se draine de plus en plus de son essence, de ses valeurs, de sa force motrice et régénératrice : la jeunesse. Le processus de décapitalisation intellectuelle du pays va à toute allure, notre produit intérieur brut s’enfonce de plus en plus, la production nationale est radicalement dévitalisée, nous pataugeons dans la misère, dans la pauvreté, dans la malpropreté, dans l’insécurité, dans l’infamie.  Nos institutions n’existent plus, l’État est défaillant, l’homme-ayisyen s’est dénaturé, en quête du simple primum vivere.  Nous piaffons dans la crasse, dans l’inconscience et dans l’insouciance, sous prétexte de résilience.  Au fait, je reste et demeure convaincu que, face au constat flagrant de l’échec piteux de la politique en Ayiti, il nous faut nous donner pour devoir d’emboîter le pas, par le social, l’éducation, l’économie et la culture.  J’en suis plus que certain et je demeure convaincu que nous sommes parvenus aujourd’hui où s’allument les sentiers menant au salut de notre pays, qu’on en soit conscient ou non.

En ce 215e de la création de notre bicolore, Haïtiens de partout, d’ici et d’ailleurs, tant de l’Intérieur que de l’extérieur, donnons-nous pour devoir d’œuvrer, au-delà de nos contentieux séculaires, multiformes et complexes, à tirer la révérence aux fondateurs de la Patrie, d’avoir pu, avec autant de verve, d’enthousiasme, de conviction et de brio, ériger cet empire de fierté, de dignité que ne peut, malgré vents et marées, cesser de représenter aux yeux du monde, Ayiti.  Que l’esprit du 18 mai 1803 à nouveau habite nos esprits, jusqu’aux moindres fibres de notre « haïtiannité », en vue de la refondation de l’Ayiti dont nous rêvons tous et du réveil de la conscience nationale sans laquelle, l’œuvre de nos ancêtres ne peut, comme c’est le cas aujourd’hui, que servir de vaine glorification de ce que nous fûmes il y a de cela plus de deux siècles et avec quoi nous avons délibérément choisi de rompre.  Tâchons aujourd’hui de transcender nos luttes intestines pour la garantie de nos intérêts mesquins de classe et de race, afin de nous élever à la dimension des héros que furent nos ancêtres qui se sont investis dans la construction de la patrie commune !

12/5/2018

Jean Camille Étienne

Cray.

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