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Une action criminelle et préméditée

La situation est de plus en plus tendue en Haïti, ces derniers jours. Une politique d’intimidation et de terreur s’implante dans plusieurs endroits du pays. Systématiquement, on cherche à faire taire, à réprimer et à intimider certains opposants au pouvoir. On constante un important manquement en matière de liberté d’expression, ces derniers mois en Haïti.

 

En effet, plusieurs organisations de droits humains ont dénoncé l’attaque meurtrière au gaz lacrymogène perpétrée le samedi 28 avril à Café Trio, lors d’une conférence-débat sur la corruption. Elles ont réclamé que toute la lumière soit faite sur cet acte criminel et que les personnes coupables soient jugées et condamnées avec la dernière rigueur. Ces organisations de droits humains dont le Conseil Haïtien des Acteurs Non Étatiques (CONHANE), le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), la Commission Épiscopale Nationale Justice et Paix (CE-JILAP), le Centre d’Analyse et de Recherche en Droit de l’Homme (CARDH) et la Plateforme des Organisations Haïtiennes de Droits Humains (POHDH) ont dénoncé le lundi 30 avril 2018, dans un communiqué conjoint, l’attaque criminelle, perpétrée le samedi 28 mars 2018 contre des centaines de citoyennes et de citoyens du Cap-Haïtien. « Cette attaque a été perpétrée au Café Trio, au Cap-Haïtien, au moment où les sénateurs Youri Latortue et Jacques Sauveur Jean présentaient, dans le cadre d’une conférence-débat, les rapports sénatoriaux relatifs à la dilapidation des fonds PetroCaribe. Des individus mal intentionnés ont sciemment fermé les portes d’accès de la salle où se déroulait la conférence, avant d’y lancer des bombes lacrymogènes. Il s’agit là d’un acte cynique, barbare, dont l’intention évidente était de porter atteinte à la vie des participants, en les condamnant à une mort par asphyxie. La gravité de cet acte exige une enquête sérieuse et sereine devant aboutir à la traduction par devant les autorités de jugement, les criminels impliqués dans l’organisation et la perpétration de cette attaque », a dit la note. Et de poursuivre que les personnes qui participaient à la conférence du 28 avril 2018 n’ont commis de crime que d’avoir voulu exercer leur droit à la liberté d’expression, de réunion et d’association, garanti par la Constitution haïtienne, en ses articles 28 et 31.

 

À rappeler que le samedi 28 avril 2018 au Café Trio au Cap-Haïtien, alors que les sénateurs Youri Latortue (Artibonite) et Jacques Sauveur Jean (Nord-Est) donnait une conférence-débat sur le thème : la « corruption des Fonds PetroCaribe », des individus ont fait irruption dans la salle et lancé du gaz lacrymogène sur les participants, semant la panique et occasionnant plusieurs blessés dans le public en proie à la suffocation. Jacques Dubois, un animateur et porte-parole du groupe Tropicana d’Haïti est décédé et des dizaines de personnes, notamment de jeunes, sont blessées.

 

« C’était un acte criminel et il était de la responsabilité de la police d’assurer la sécurité du lieu. La police est la première responsable de laisser gazer des gens, lors d’une conférence pleine de monde, il y a un mort et plusieurs blessés » a déclaré le sénateur Latortue, affirmant que des « gens très puissants […] ne veulent pas parler de corruption, surtout comment ils dépensent les fonds PetroCaribe, c’est une honte et nous n’allons pas nous taire. » Selon les informations transmises à la presse par une source, le chauffeur du délégué départemental du Nord serait impliqué dans l’attaque. C’est une action criminelle et préméditée des hommes du pouvoir pour museler et intimider tous ceux qui osent parler de la dilapidation des fonds PetroCaribe.

 

Par ailleurs, le dimanche 29 avril, après l’attaque survenue la veille au Cap-Haitien au Café Trio, le Premier Ministre Jack Guy Lafontant, accompagné de Jean Roudy Aly, Ministre de la Justice et de la Sécurité Publique, de Jean-Marie Reynaldo Brunet, nouveau Ministre de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales, de Michel-Ange Gédéon, Directeur Général de la Police Nationale d’Haïti (PNH) et du Directeur Central de la Police Judiciaire, Normil Rameau, a présidé une réunion extraordinaire du Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN), à la Délégation du Nord. Dans une note publiée à la presse, le Premier ministre Jack Guy Lafontant avait condamné avec véhémence l’incident grave survenu au Cap-Haïtien, à Café Trio, le samedi 28 avril 2018, dont le bilan provisoire est d’un (1) mort et de plusieurs blessés. « En cette douloureuse circonstance, le Premier ministre et le Gouvernement présentent leurs condoléances les plus émues à la famille du journaliste et animateur vedette de cette conférence, Jacques Dubois, qui a perdu sa vie et souhaitent un prompt rétablissement aux blessés. Le Ministre de la Justice et de la Sécurité Publique est instruit, en vue de passer des instructions formelles et immédiates aux autorités judiciaires et policières, afin de diligenter, dans les meilleurs délais, toutes les enquêtes nécessaires, à l’effet de mettre la main sur les auteurs directs et les complices de cet acte odieux, pour qu’ils soient arrêtés, jugés et punis par la loi, à la hauteur de leurs forfaits », a affirmé le Premier Ministre.

 

Le Conseil Municipal de Cap-Haïtien, dans une note rendue publique, a condamné l’acte barbare qui s’est produit dans la deuxième ville du pays au Centre culturel Café Trio. « Le Conseil Municipal du Cap-Haïtien condamne de toutes ses forces cet acte barbare sur le territoire capois contre la dignité capoise ». Il rappelle que la Constitution haïtienne de 1987 en vigueur, garantit le droit à la vie. Toute atteinte à ce droit relève de la barbarie et doit être sanctionnée de manière rigoureuse. Le Conseil Municipal du Cap-Haïtien demande aux autorités judiciaires et policières de prendre les mesures nécessaires, en vue de faire la lumière sur cet incident similaire à un acte terroriste.

 

Le sénateur du Nord, Jean-Marie Ralph Féthière (PHTK), président de la Commission sénatoriale permanente « Défense et Forces armées » a dit condamner avec la dernière vigueur, l’incident survenu, le samedi 28 avril 2018 au Café trio dans la ville du Cap-Haitien. « Nous déplorons vivement les incidents survenus au Cap-Haitien, qui se sont soldés par une perte de vie et de nombreux blessés, au moment où notre collègue de l’Artibonite, Youri Latortue et celui du Nord-Est, Jacques Sauveur Jean se trouvaient à Café Trio pour une présentation concernant le rapport sur les Fonds PetroCaribe. Plus que jamais, il est temps que la violence sorte de nos mœurs, afin que ce pays offre une autre image à notre jeunesse et au monde entier. Nous demandons qu’une enquête sérieuse soit diligentée afin de trouver les vrais responsables de cet acte malhonnête et inutile. Toutes mes sympathies aux parents de M. Dubois, à l’orchestre Tropicana, aux nombreux blessés, à la ville du Cap et à tout le Département du Nord, sous le choc, après ce malheureux évènement que nous condamnons avec force. »

 

Également, l’Office de la Protection du Citoyen (OPC), condamne l’incident survenu au Café Trio au Cap-Haïtien, le samedi 28 avril ayant occasionné la mort de Monsieur Jacques Dubois et causé plusieurs blessés au sein de la population civile de la deuxième ville du pays. L’OPC rappelle les dispositions de l’article 31 de la Constitution haïtienne qui stipule que : «la liberté d’association et de réunion, sans armes, à des fins politiques, économiques, sociales, culturelles et à toutes fins pacifiques, est garantie».

Emmanuel Saintus

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