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L’insécurité foncière fait rage en Haïti

La question de propriétaire foncière reste une préoccupation majeure en Haïti. Des hommes accaparent du terrain, parfois avec ou sans papier en main. Le problème foncier est une anomalie qui remonte à la génèse de la nation haïtienne et qui s’est révélée au lendemain de notre naissance en tant que peuple. Depuis, les conflits terriens hantent le quotidien haïtien, particulièrement à la campagne. De nombreuses personnes, notamment des familles de la Diaspora haïtienne, ont été dépossédées de leurs biens en Haïti, après l’acquisition par des accapareurs se présentant comme des propriétaires. Depuis quelques années, on constate une augmentation des cas de vols terriens dans diverses régions en Haïti. Plusieurs de ces conflits se règlent par la violence. Les propriétaires subissent une violence qui s’institutionnalise de plus en plus. Dans plusieurs cas, la police et la justice haïtiennes sont impliquées. Souvent, on entend des gens se plaindre d’avoir « mal acheté » un terrain ou que quelqu’un d’autre veut s’en approprier manu militari. Le problème foncier en Haïti est un fait et les autorités le reconnaissent. L’accaparement de terrains et de maisons, l’exploitation et la dépossession illégale sont monnaie courante. L’insécurité foncière en Haïti est source de grands conflits terriens, puisqu’elle met à nu les faiblesses de l’État en matière de cadastre. Elle s’érige également en système où les accapareurs font et défont, tandis que les vrais propriétaires sont de plus en plus vulnérables. Face à ce problème crucial, le Gouvernement de Jovenel / Lafontant a mis en œuvre une structure et une force d’élite (BRICIF) pour tenter d’y remédier. Ce projet s’inscrit dans un contexte de pression démographique très élevée, où les formes de tenure des terres sont complexes et où les traditions politiques autoritaires et anti-démocratiques, marquées par la corruption et le clientélisme sont autant d’éléments qui tendent à pervertir cette structure.

 

Une opération de la police pour déloger des membres de la population dans la localité de Bleck a mal tourné. Cette localité est située dans la section communale de Mamirande, commune de Thiotte, dans le département du Sud-Est. En effet, le vendredi 27 avril 2018, une opération des agents de la Brigade d’Intervention Contre l’Insécurité Foncière (BRICIF), une unité spécialisée de la Police Nationale d’Haïti (PNH) venue exécuter un jugement dans un conflit terrien, a tourné au vinaigre. À en croire le député de la commune de Thiotte, Vickerson Garnier, la Direction Départementale du Sud-Est de la PNH, la délégation départementale, le Commissaire du Gouvernement, les autorités policières au niveau national, personne n’était au courant de cette opération. Le député s’est montré très critique vis-à-vis des agents de la BRICIF, qui auraient dû, selon-lui, analyser la situation et consulter la population, avant de prendre une quelconque décision. Selon les informations, les agents de la BRICIF venaient d’exécuter un jugement de cour prononcé en faveur d’un individu voulant récupérer 317 carreaux de terre. Le député a fait savoir que la situation a dégénéré, lorsqu’un adolescent a été blessé par un tir qui serait venu, pour une raison inconnue, des agents de la PNH, selon des témoins. En colère et très motivés, des membres de la population ont vandalisé, pillé et incendié les deux véhicules qui transportaient les 14 agents de la BRICIF et 2 arpenteurs. Face à la colère de la population, les agents de la BRICIF ont vidé les lieux sous les menaces et les jets de pierres, ont dû abandonner leurs véhicules et les armes qu’ils contenaient (fusils d’assaut Galil de fabrication israélienne, de calibre 5.56 mm, des fusils de calibre 12 et des armes de poing de calibre 9 mm). Les autorités locales affirment mettre tout en œuvre pour retrouver et rendre ces armes à la PNH.

 

D’autre part, contacter par le journal Le Nouvelliste, le directeur département du Sud-Est, Ménès Auguste, a donné sa version des faits. Il a fait savoir la population s’opposait à l’exécution d’un jugement par les agents du BRICIF. Ces derniers avaient refusé d’affronter les habitants qui les ont mis en déroute. « Étant donné que l’endroit est enclavé, les policiers n’avaient pas pu laisser la zone avec les 2 deux véhicules. Ils sont sortis sains et saufs mais les véhicules ont été incendiés », a dit le directeur. Ménès Auguste a révélé qu’il n’a pas été mis au courant de cette opération. « Je le comprends très mal. Mais je pense que cela s’est passé ainsi parce que cette unité relève du ministère de la Justice. Sinon, la DCPA ou la Direction générale m’aurait contacté », souligne-t-il. Le samedi 28 avril, au lendemain des incidents, la tension montait d’un cran dans la ville de Thiotte, du fait que la population avait peur des représailles de la police. Questionné à ce sujet, le directeur départemental souligne qu’une opération de ses troupes dans la zone n’est pas à l’ordre du jour. « La Police n’a pas la mission de faire des représailles sur la population. Cependant, si des armes ont disparu dans la nature au moment de la fuite des agents, il serait bon que les autorités locales les récupèrent sans l’intervention de la Police. Sinon, il va falloir attendre les instructions de mes supérieurs hiérarchiques », a-t-il conclu. Le secrétaire d’État à la Sécurité publique, Léon Ronsard Saint-Cyr, dans une note publiée à la presse, en date du 27 avril 2018, concernant l’incident, a dit que « Le bureau du secrétaire d’État à la Sécurité publique (BSESP) informe la population que, suite à une opération régulière dans le département du Sud-Est, (2) deux véhicules du convoi de la Brigade d’intervention contre l’insécurité foncière (BRICIF) ont été incendiés par des inconnus dans l’après-midi du 27 avril. Le bureau du secrétaire d’État salue le comportement professionnel et exemplaire de ces vaillants policiers, pour leur conduite face à des menaces et des jets de pierre dont ils ont été l’objet, et remercie quelques notables de la zone qui ont permis à ces 14 policiers de regagner leurs domiciles respectifs tôt ce samedi 28 avril 2018 ».

Emmanuel Saintus

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