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Dictature au sein des partis politiques

Dictature au sein des partis politiques

La démocratie recèle plusieurs définitions. Les plus connues sont : Élections libres et démocratiques, Alternance des dirigeants, Pouvoir du Peuple par le Peuple et pour le Peuple. Séparation des trois pouvoirs : Exécutif, Législatif et Judiciaire, etc.

Ces définitions sont souvent vulgarisées chez nous, surtout à l’époque électorale. Les innocents y croient et participent au fonctionnement huilé et mis en place par des experts en vue tout simplement de défendre ou de conserver les intérêts des classes dominantes. Ces experts n’ont rien inventé. Ils se collent sur cette théorie qui veut faire croire et avec raison que la Vie c’est d’abord soi avant d’être l’autre. Donc, on a intérêt à défendre ses propres intérêts avant de voir ceux des autres.  Le sacrifice de soi-même au profit de tous est chose ancienne. On l’a vu une seule fois. Celui qui, à l’âge de 33 ans, se faisait crucifier afin de laver les péchés et de sauver l’humanité. Il serait maintenant à la droite de son Père, le Créateur.

Ceci dit, ce serait absurde de penser que les dirigeants ou les politiciens tiennent compte des besoins des autres. C’est ce qui explique d’ailleurs l’état de notre pays. Nos sœurs et frères se font humilier partout. Ils sont exploités et sont victimes très souvent de toutes sortes d’abus. Les faits parlent d’eux-mêmes en République dominicaine, au Chili, au Brésil, au Canada, aux États-Unis, aux Bahamas, et j’en passe.

Ne cherchons pas midi à quatorze heures afin de reconnaitre que la faute revient à nos dirigeants pour qui le pouvoir devient une raison de vivre. Cette lutte pour le pouvoir ne se manifeste pas seulement à l’échelle nationale quand il s’agit de briguer des postes électifs. Elle est présente au sein des partis politiques. Il semble que les partis sont incrustés dans la vie ou dans la personne des responsables ou des dirigeants. On réclame l’alternance des dirigeants au niveau national ou à la tête du pays. Mais pas à la tête des partis. Les coordonnateurs, les secrétaires généraux, les présidents des partis politiques sont à vie. Venons aux faits. Qui peut remplacer Son Excellence Jean-Bertrand Aristide à la tête de Fanmi Lavalas ? D’ailleurs il est coordonnateur à vie. Personne ne peut parler ou se présenter en public au nom de ce parti sans avoir au préalable l’aval de son coordonnateur-fondateur. Qui peut oser parler au nom du Rassemblement des démocrates nationaux haïtiens du feu Leslie Manigat? Qui peut tenter de déloger l’ancien Premier Ministre, monsieur Évans Paul, à la tête du KID? Qui peut remplacer Son Excellence Michel Joseph Martelly à la tête du PHTK ? Il va falloir avant tout se raser le coco. La liste peut être longue.

Les plus naïfs peuvent se demander pourquoi rester à la tête d’un parti est si convoité. Les raisons sont simples : cela donne de la visibilité, cela permet de développer des accointances avec le monde des affaires, cela vous met en position de briquer des postes électifs ou de participer à des gouvernements de consensus, et j’en passe. Mais depuis quelque temps, un autre facteur vient de s’ajouter aux raisons citées plus haut : Les partis politiques sont subventionnés.  Donc, il y a de l’argent qui rentre. Ceci dit, les responsables, les secrétaires généraux, les coordonnateurs sont payés. En un mot, ils gèrent.

Mais sont-ils obligés de rendre des comptes à l’État haïtien qui leur octroie cette subvention? C’est une question que je pose à nos honorables parlementaires. Car il s’agit de l’argent des contribuables. Ces partis qui reçoivent ces subventions doivent être contraints de dresser et de fournir des rapports à l’État. Tout ceci pour dire qu’on peut comprendre pourquoi il existe tant de tollés au sein des partis politiques. On vise le Pouvoir central à travers des élections ou tout consensus, mais aussi on veut gérer à sa façon la subvention et la cotisation des membres. Donc le torchon qui brûle entre Victor Benoit et madame Edmonde Supplice Beauzile n’est pas nouveau dans la mouvance politique haïtienne. Plusieurs partis goûtent à cette médecine. Cette politique subventionniste affaiblit les partis politiques et renforce le Pouvoir en place qui ne se sent pas menacé. Donc cette subvention produit un effet contraire. Encore un coup dur pour la démocratie. Car la dictature au sein des partis ne peut en aucune façon faire avancer la Démocratie dans un pays où la corruption est monnaie courante.

Que l’on ne soit pas dupé des élections qui sont organisées au sein des partis. C’est paradoxal, ces mêmes leaders qui dénoncent à tout bout de champ le CEP, font exactement la même chose en vue de conserver leur poste à la tête des partis politiques. On commence par réunir les principaux représentants du parti, s’il en existe. On paie leur déplacement, leur nourriture et leur hébergement. Contents, ces représentants ou ces coordonnateurs locaux ou sectoriels sont déjà acquis à la cause. Ils vont séduire les autres membres, s’il en existe. Et après, on procède à des élections truquées et dépourvues de sens. D’où la dictature au sein des partis politiques. Pauvre Haïti!

Joseph P. Augustin

 

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