accueilActualité

Sécurité: brouhaha et bla-bla-bla…

Alors que l’insécurité est à son comble dans diverses régions en Haïti, le premier ministre haïtien Jack Guy Lafontant a fait savoir que le pays n’a pas de problème de sécurité. Le premier ministre a fait cette déclaration le jeudi 12 avril, devant l’assemblée des sénateurs, lors d’une convocation des membres du Conseil Supérieur de la Police Nationale, en raison du climat d’insécurité qui sévit dans divers endroits du pays, notamment à la capitale, Port-au-Prince. En effet, après la recrudescence des situations de tension et d’insécurité que connaît la zone métropolitaine, le Premier Ministre Lafontant, accompagné des membres du Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN), s’était rendu au Sénat pour répondre aux questions des membres de la Commission Justice et Sécurité Publique du Sénat. M. Lafontant a ignoré le phénomène d’insécurité qui sévit en Haïti. Il a dit saluer le travail de la Police Nationale pour contrecarrer les cas isolés d’insécurité, enregistrés ces derniers jours au niveau de certains quartiers de Port-au-Prince et il a assuré les sénateurs qu’Haïti est un pays sécuritaire, contrairement aux messages alarmistes qui s’amplifient à travers les réseaux sociaux. « Donc les conflits entre gangs, les enlèvements, agressions, assassinats, braquages, zones de non droit, insécurité à l’aéroport, etc. ne seraient que des cas isolés qui ne menacent pas la sécurité des citoyens et le danger est exagéré sur les réseaux sociaux », a dit le Chef du Gouvernement. M. Lafontant a préféré faire des éloges et parler longuement des progrès et résultats positifs obtenus lors des évènements festifs, tout en « oubliant les 17 blessés par balles au dernier Carnaval » et des grands évènements (Sommet et symposium internationaux) à travers le pays. Il a donné la garantie aux sénateurs que des dispositions seront prises pour mettre des moyens adéquats au service d’une police qui continue de se professionnaliser et d’assurer la sécurité des biens et des personnes.

Néanmoins, les autorités judiciaires et policières haïtiennes semblent dépassées par la recrudescence de l’insécurité dans le pays, notamment dans les quartiers populaires. Les échanges successifs de tirs nourris entre des groupes armées dans divers quartiers populaires de la capitale (Bicentenaire, Cité de l’Éternel, Matissant, 4e et 5e Avenue de Bolosse, Grand-Ravine) ont provoqué de longues discussions entre le CSPN et les sénateurs. Entre-temps, les balles de bandits armés continuent à tuer de paisibles citoyens. Un employé civil de la Police nationale d’Haïti (PNH) a été tué par balles, dans l’après-midi du dimanche 8 avril 2018, au Bicentenaire (Boulevard Harry Truman). Le lundi 9 avril 2018, deux individus circulant à moto ont abattu, à Saint-Louis-du-Nord (département du Nord-Ouest), la sœur du titulaire du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), Saint-Jeanne Cadet. En plus, des individus non identifiés ont ouvert le feu dans la nuit du 9 avril sur le local du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH). Jusqu’à présent, l’équipe de Jovenel / Lafontant se montre incapable de faire la lumière, près d’un mois après, sur la disparition du photojournaliste Vladjimir Legagneur à Grand-Ravine. Par ailleurs, une plainte a été déposée au parquet de Port-au-Prince par Pierre Espérance le mercredi 11 avril 2018, après l’attaque armée sur les locaux du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH). Il a demandé au commissaire du gouvernement de mettre l’action publique en mouvement contre les auteurs de ces attaques. Des organisations de défense des droits de l’homme comme le CARDH, le CE-JILAP, le CEDH, la POHDH et l’OPC ont apporté leur soutien à Pierre Espérance et au RNDDH. Après l’attaque armée sur les locaux de cet organisme de défense des droits humains et les menaces de mort contre sa personne, Pierre Espérance a déposé, mercredi, une plainte au parquet de Port-au-Prince, en ces termes.

« Le RNDDH souligne que depuis plusieurs années, l’organisation ainsi que son directeur exécutif, Pierre Espérance, reçoivent des menaces qui, depuis quelques jours, ont tendance à s’intensifier. Le RNDDH a rappelé que dans la nuit du 5 au 6 avril 2018, des individus non identifiés ont jeté dans la cour et devant les locaux de l’organisation un lot de tracts dans lesquels ils reprochent au RNDDH de s’être mué en un « réseau national de division et de déstabilisation d’Haïti », et accusent le directeur exécutif de l’organisation, Pierre Espérance, d’avoir créé cette institution pour empêcher le pays de se développer. C’est donc à la grande stupéfaction de tout le personnel du RNDDH que dans la nuit du 9 au 10 avril 2018, vers deux heures du matin, des individus armés non identifiés ont tiré plusieurs projectiles en direction des locaux de l’organisation. La barrière principale du bâtiment porte les impacts de cinq (5) projectiles, dont quatre (4) l’ont percée. Un véhicule de marque Chevrolet, de couleur blanche, immatriculé au numéro AA-20702 qui était garé dans la cour, a aussi été touché par deux (2) projectiles. De plus, une enveloppe jaune de dimension 9″ par 12″ a été lancée dans la cour du RNDDH avec à l’intérieur deux (2) projectiles et une lettre de menaces invitant Pierre Espérance à les admirer et à bien s’y habituer car la prochaine fois, il les recevra à la tête. Dans les tracts, « le RNDDH est accusé d’avoir lui-même orchestré le dossier du gang Galil dirigé par Woodly Ethéart, arrêté le 8 mai 2014, inculpé pour enlèvement suivi de séquestration contre rançon, assassinat, trafic illicite de stupéfiants, vol de véhicule, détention illégale d’armes à feu, faux et usage de faux, usurpation de titre, blanchiment des avoirs, complicité de blanchiment des avoirs et association de malfaiteurs – et libéré le 17 avril 2015 à la faveur d’un procès criminel bâclé, orchestré alors pour sa libération ».

Emmanuel Saintus

 

Related Articles

Check Also

Close
Close
%d bloggers like this: