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La santé en Haïti, pas en santé

by Emmanuel Saintus

« La santé, chez nous, n’est pas en santé.  La santé est malade, » a indiqué le sénateur Carl Murat Cantave, à la suite du malaise qu’a subi le sénateur Nawoon Marcellus, atteint d’un accident vasculaire cérébral (AVC) mardi soir, en pleine séance.  Il a été transporté à bord d’un avion-ambulance, dans l’après-midi du mercredi, à Jacksonville Memorial Hospital, en Floride.

L’un des indicateurs d’un système de santé malade se trouve à Delmas 2.  Le réaménagement du bâtiment est achevé, le plateau technique est fonctionnel.  Mais on est toujours à la case départ.  L‘hôpital de Delmas 2, qui devait accueillir le service des urgences de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH), après plus de quatre ans, n’a toujours pas ouvert ses portes.  Le manque de financement en est la principale cause.  Avec 4,5% du budget, on ne peut demander à un ministre de faire des miracles, selon le Dr Jean Hugues Henrys qui demande d’arrêter cette hypocrisie.  Depuis plus de quatre ans, le projet d’aménager un service des urgences afin de désencombrer l’HUEH a été lancé.  Aujourd’hui, le plateau technique est opérationnel mais pas la structure.  Cette infrastructure construite sur 1 200m2 dispose d’une grande salle de 23 places pour les femmes, 22 places pour les hommes, 4 ou 6 chambres semi-privées, deux stands d’infirmières, une petite salle pour l’administration, une pharmacie, un laboratoire, une radiologie, deux blocs opératoires, des appareils portables pour ICU (unité de soins intensifs).  « C’est un hall industriel qui a été réaménagé en structure de soins.  Cette structure a été réhabilitée pour accueillir les urgences.  Elle répond à sa vocation », a mis en lumière le Dr Jean Hugues Henrys, membre du cabinet de la ministre de la Santé.  Le médecin confirme que les portes de l’hôpital ne sont pas encore ouvertes au public, pourtant son ouverture était prévue en 2017, une fois les équipements installés.  Aucune piste n’a été donnée quant à une ouverture prochaine de cette structure qui est louée à l’État haïtien par la famille Brandt et dont le coût, entre son réaménagement et l’acquisition des équipements, s’élève autour de deux millions de dollars américains.  Elle a été financée par la Banque interaméricaine de développement (BID).  « Le financement et la disponibilité des ressources en sont les problèmes », a affirmé le spécialiste en santé publique qui précise que le coût de fonctionnement pour une telle structure est très élevé.  En général, la prise en charge des urgences est très coûteuse partout.  Selon les prévisions, le coût de fonctionnement pour la première année est estimé à 300 000 dollars américains.

Construit depuis 2012 par les Turcs, l’hôpital de la Croix-des-Bouquets laisse voir un visage beaucoup plus triste, occupé par des herbes sauvages, des animaux, par toute autre chose, sauf par des malades, ou par le personnel soignant et administratif.  Offerte en don par le peuple turc à l’État haïtien, cette infrastructure édifiée selon les normes, dépérit faute de moyens pour la faire fonctionner. 1,7 million de dollars américains ont été investis dans cette construction. L’hôpital est équipé.  Une autre partie des matériels est à la douane depuis des années.  Dans le quartier de Rakèt, à la Croix-des-Bouquets, il y a très peu de gens qui ont connaissance de l’existence de cette infrastructure.  Certains autres l’oublient tout bonnement.  Cela remonte à très longtemps, depuis 2012 que la construction a été achevée mais rien n’a bougé.  « Lopital sa a la toujou ?», s’étonne un habitant de la zone à qui on a demandé de nous indiquer le chemin.  En effet, pour indiquer à une personne l’adresse de l’hôpital, le garage est devenu le point de repère.  Des garagistes investissent et obstruent l’entrée de l’hôpital.  Son entrée comme son intérieur ne laissent présager qu’il s’agit d’une infrastructure devant abriter un centre hospitalier.  La cour est envahie par les mauvaises herbes.  On y remarque de la crotte de bique, une dizaine de poules qui grattent, picorent et circulent librement.  À l’intérieur du bâtiment, des équipements et matériels entassés sont couverts de poussière.  Pour quelqu’un qui a visité l’immeuble dans le temps, le changement saute aux yeux.  Autrefois, il y avait les drapeaux des deux pays (Turquie et Haïti) estampillés sur la façade principale de l’immeuble.  Aujourd’hui, il ne reste que le bicolore national.  Le mur a été repeint avec une peinture plus vive, capable de couvrir le drapeau rouge étoilé de la Turquie.  Les Turcs auraient envisagé pendant un certain temps que le MSPP pouvait prendre en charge l’hôpital et de faire venir des médecins spécialistes turcs pour le faire fonctionner.  Mais les contraintes les ont poussés à abandonner le navire.  Même les agents de sécurité ne sont plus payés par le consulat turc en Haïti.  Ils ne voulaient plus continuer à investir dans quelque chose qui ne fonctionne pas.  Les agents de sécurité encore sur place sont pris en charge par le MSPP, a expliqué l’agent rencontré sur place.  Comme les Turcs, l’État central qui hérite de ce bâtiment construit sur une surface de 1 250 m2 l’abandonne.  Comme une litanie, les mots « manque de financement » reviennent sur les lèvres pour expliquer la situation.  Et dire que le Premier Ministre est lui-même un médecin !

Emmanuel Saintus

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