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PetroCaribe, le dossier qui ne peut être étouffé

Plusieurs organisations de la société civile haïtienne ont organisé, le mercredi 14 mars 2018, une journée d’information sur le dossier de la mauvaise gestion des fonds de PetroCaribe. C’était l’occasion pour les sénateurs ayant réalisé les deux enquêtes, de présenter le rapport résultant de leurs investigations. Les responsables des organisations RNDDH, CONANE, POHDH, CRESFED, COEDH, CARD et Collectif du 4 décembre se réjouissent de la tenue de ces ateliers, d’autant que le rapport de la commission spéciale n’avait pu être présenté lors d’une séance plénière au Grand Corps.  3 sénateurs ayant pris part à la seconde enquête : Évalière Beauplan, Nénel Cassy et Antonio Chéramy étaient présents, supportés par deux de leurs collègues : Youri Latortue et Jacques Sauveur Jean.  Réputés proches de la majorité, les sénateurs Latortue et Jean militent pour que le rapport soit soumis aux autorités judiciaires.  Plus de 150 dirigeants d’organisation de la société civile et de partis politiques, présents à cette rencontre spéciale, ont insisté sur la nécessité d’approfondir l’enquête sur la dilapidation de plus de 3 milliards de dollars destinés à la réalisation de projets d’infrastructure.   Des représentants de la communauté internationale, dont un représentant de l’Union Européenne, avaient assisté à la présentation des sénateurs voulant sensibiliser l’opinion publique sur la dilapidation des fonds de PetroCaribe.  Elle incite le peuple haïtien à contester publiquement le remboursement de ce prêt accordé par le Venezuela avec des conditions préférentielles, en cas d’absence de poursuites judiciaires.  Les rapports de gestion des fonds PetroCaribe révèlent « de graves défaillances » de management comme des irrégularités dans la gouvernance publique.  Les organisations signataires du communiqué critiquent l’absence d’impact des fonds PetroCaribe sur l’économie haïtienne et les méfaits de la corruption sur la vie des citoyennes et des citoyens.  Ces fonds auraient bien pu aider à améliorer la situation précaire dans laquelle sombre la population haïtienne si les autorités les avaient investis dans les secteurs productifs, avancent-elles.  Elles réclament également la lumière sur les manquements et les défaillances de ce système de gestion.  Pour sa part, Clarens Renois, ancien candidat à la présidence, évoque une « rencontre inédite », parle même d’une « étincelle » et salue l’« appropriation qui se fait du rapport » par la société civile.  « Si cette prise de conscience parvient à toucher beaucoup d’autres sphères de la vie nationale, il y a de l’espoir qu’un jour, on verra naître la justice », soutient le journaliste devenu politique.  Mais Clarens Renois refuse de s’emballer à l’idée de l’éclosion d’un procès PetroCaribe, quoiqu’il y soit favorable.  « Il y a beaucoup de scepticisme, ici.  Les gens ne croient pas qu’il y aura justice dans cette affaire.  Ceux qui sont impliqués dans cette vaste corruption sont très puissants.  Ils ont les moyens de bloquer la justice », explique-t-il, rappelant tout de même la nécessité que jaillisse la lumière sur la gestion des fonds PetroCaribe.  Calme, Clarens Renois se demande : « comment est-ce possible d’assurer la gestion d’autant d’argent par un pays sans qu’on en aperçoive les résultats ».  Il plaide pour la reddition des comptes et appelle à la dépolitisation de l’affaire PetroCaribe.  Sur un autre ton, Clarens Renois croit que c’est malheureux que le président Jovenel Moïse s’immisce dans le dossier et brandisse l’arme de la persécution politique pour annihiler la poursuite qui devrait être engagée contre les personnes épinglées dans le rapport.  « Cela donne une couverture à tous les corrompus et les corrupteurs », dit-il, avant qu’Éric Jean-Baptiste, autre politique, lui aussi ancien candidat à la présidence, en rajoute une couche.  Pour ce dernier qui salue l’initiative de la société civile, c’est « un grand pas dans la bataille ».  Mais la bataille contre la corruption, s’empresse-t-il de préciser, est un long combat.  « C’est une bonne chose que la société civile s’applique à s’approprier l’affaire, parce que si nous ne prenons pas le taureau par les cornes, cela voudrait dire que tout le reste de la société peut continuer à piller, à voler », analyse Éric Jean-Baptiste.  « Mais le plus gros bénéficiaire de la corruption est une mafia qui siège dans le secteur privé haïtien.  La bataille sera davantage corsée, difficile », peste le puissant tenancier de « bòlèt ».  Et il enchaîne : « Nous souhaitons que ces vidéos stimulent les personnes accusées dans le rapport sur la nécessité d’aller vers un procès PetroCaribe.  Et c’est là seulement, qu’elles pourront préserver leur honneur. »  Notons que la majorité sénatoriale décide de rouvrir le débat sur le rapport Petrocaribe.  La décision a été adoptée lors d’une retraite des pères conscrits visant à trouver une solution à la crise au Grand Corps.  La résolution ayant permis le transfert du rapport de la commission spéciale d’enquête sur la gestion des fonds de Petrocaribe à la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif (CSCCA), sera remise en débat.  Il s’agissait de l’une des exigences des sénateurs modérés et de l’Opposition.  Les membres de la commission et les sénateurs modérés ont critiqué la résolution, arguant qu’elle n’avait pas été adoptée lors d’une séance plénière, régulière.  Aucun membre de la commission n’avait pris part à la séance.  La décision des sénateurs de la majorité permet de relancer le débat sur la mauvaise gestion des fonds de Petrocaribe au Parlement.  Les sénateurs modérés et ceux de l’opposition réclament que le Grand Corps se dessaisisse d’un dossier déjà traité par les autorités judiciaires.  Le président du Sénat, Joseph Lambert espère que cette décision permettra de retrouver un fonctionnement régulier du Grand Corps.  En raison du conflit sur le dossier PetroCaribe, aucune séance plénière n’avait pu être réalisée depuis plus de 45 jours.

Emmanuel Saintus

 

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