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Petrocaribe rend le Sénat désertique et inopérant

Depuis que la majorité PHTK du Sénat a renvoyé le dossier PetroCaribe à la Cour des comptes, le grand Corps n’arrive plus à tenir les séances plénières. Il y a eu trois tentatives ; toutes ont buté sur l’effet de la colère de certains élus qui réclament toujours des comptes et cherchent à comprendre pourquoi il y a eu cette précipitation à jeter le rapport PetroCaribe dans les silhouettes de l’actualité. Au moment où le pouvoir en place est remonté contre la MINUJUSTH pour avoir salué la nomination d’un juge pour instruire l’affaire – celle-ci étant devant la justice –, il y a eu de l’électricité au grand Corps. Les sénateurs Jean Renel Sénatus et Kédlaire Augustin ont failli en venir aux mains.

Ces deux sénateurs, l’un du PHTK et l’autre de LIDE (Ligue Dessalines), connus pour leur grande gueule, adorent s’affronter. Jean Renel Sénatus, lui qui s’est fendu la semaine dernière d’une lettre au Bureau pour lui demander de mettre sur pied une commission parlementaire d’enquête sur les 123 millions de dollars d’achat d’équipements par le président de la République, a exigé un compte rendu de la séance du 1er février. Pour lui, il n’y a pas eu de séance le 2 février dernier, contrairement à ce que veut faire croire le Bureau. Le parlementaire, comme d’autres, refuse qu’on se défasse aussi légèrement du rapport PetroCaribe. Mais rien n’y fit. Il n’en fallait pas plus pour que Kédlaire Augustin lui tombe dessus.

Les noms d’oiseaux ont plu. Jean Renel Sénatus pète les plombs : des verres et micros sont brisés. Dans le brouhaha des coups de sang, le sénateur de l’Ouest a dézingué les élus PHTK qu’il accuse d’avoir une part de l’argent vénézuélien dans leurs poches et, à l’entendre, le rapport PetroCaribe ne sera jamais enterré. Il y eut réplique. « Arrêtez de faire du cinéma », tance Richard Hervé Fourcand. « Apportez-lui le journal dans lequel la résolution est publiée », ironise Denis Cadeau, habituellement sournois, dans un grand rire. Il y a eu suspension de séance, huis clos. Le président du Sénat, d’une rare sérénité, s’arc-boutant sur les règlements intérieurs, annonce sanction – rappel à l’ordre et inscription au procès-verbal – contre Jean Renel Sénatus. Celui-ci le conteste et annonce la couleur. Malgré tout, le président du Sénat, Joseph Lambert, a tenté de démentir les affirmations de son collègue Jean Renel Sénatus, selon lesquelles, le grand Corps est en crise depuis le vote en catimini le 2 février dernier, d’une résolution transférant le dossier PetroCaribe à la Cour des comptes. Faux, a rétorqué l’élu du Sud-Est qui reconnaît toutefois que le Sénat est une assemblée de débats contradictoires.

C’est normal que les positions divergent, a encore essayé de minimiser l’ancien conseiller de l’ex-président Michel Martelly et allié de son dauphin Jovenel Moïse. C’est d’ailleurs cela qui fait sa force, a poursuivi M. Lambert. Le parlementaire a tenté de banaliser le fait que les séances ne puissent se tenir depuis le 2 février, affirmant que les activités du grand Corps ne se limitent pas seulement aux séances. Il se félicite d’ailleurs que les commissions continuent de travailler et que plusieurs membres du Sénat soient en déplacement à l’étranger ou sur le point de le faire. Nous n’avons pas un Sénat en crise comme le prétend le sénateur Sénatus, a-t-il indiqué. Bien que mis à l’écart par le Sénat via les proches du pouvoir, cinq parlementaires du bloc minoritaire à la Chambre basse ont transcrit au président de la Cour supérieure des Comptes et du Contentieux administratif, M. Arol Élie, pour rappeler à ce dernier que la CSC/CA est incompétente en matière de corruption.

Ces députés qui n’acceptent pas le transfert par le Sénat du dossier relatif à l’utilisation des fonds PetroCaribe à la Cour des comptes, appellent cette institution à se déclarer incompétente et à réclamer au premier ministre, de passer des instructions au directeur de la DGI, en sa qualité de représentant de l’État, de telle sorte qu’il puisse se porter partie civile dans le cadre de l’affaire Petrocaribe. Les élus-signataires de cette correspondance : Printemps Bélisaire, Jean Robert Bossé, Joseph Manès Louis et Bertrand Sinal, ont souligné que la CSC/CA, au regard du décret du 23 novembre 2005, est une institution indépendante ayant pour mission de juger les actes de l’administration publique, les comptes des ordonnateurs et comptables de deniers publics, entre autres…

Altidor Jean Hervé

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