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Les ONG, nouveaux vecteurs d’abus sexuels dans le monde

Le scandale des abus sexuels commis en Haïti par des employés d’OXFAM, après le tremblement de terre de janvier 2010, jette la panique au sein de plusieurs ONG, après que de nombreuses voix eurent appelé à la suspension du financement de l’ONG britannique qui a reçu cette année 35,7 millions d’euros du gouvernement anglais, soit 8% de ses ressources annuelles.  Pas seulement Oxfam mais aussi Médecins Sans Frontières et d’autres groupes cherchent à diminuer l’impact des cas graves d’abus après les avoir reconnus, selon des informations recueillies par l’agence Reuters.  Le manuel d’éthique des Nations Unies décrit ces événements comme «un échec catastrophique».  Autrement dit, l’échec dévastateur d’une action qui provoque l’effet contraire à celui recherché.  Dans ce cas, il est question d’une attaque contre ceux que l’on devrait protéger.  Depuis une semaine, le scandale d’abus sexuel et de corruption qui secoue l’ONG OXFAM, un géant de l’aide humanitaire britannique, répond non seulement à cette définition, mais il éclaire aussi les zones d’ombres d’une activité louable et respectée.  Trois hommes impliqués dans le scandale sexuel d’OXFAM en Haïti auraient menacé physiquement les témoins de leurs actions, au cours d’une enquête interne effectuée en 2011, a annoncé lundi, l’organisation non-gouvernementale.

L’organisme qui a attendu étrangement 7 ans pour le faire, a publié les détails de l’enquête, à la suite de la controverse de ces dernières semaines, provoquée par le scandale d’exploitation sexuelle dont des cadres et des employés d’OXFAM se sont rendus coupables en Haïti, peu après le tremblement de terre qui a dévasté le pays en 2010.  Dans un document interne daté de 2011, l’ONG a noté qu’il était « nécessaire d’en faire plus » pour empêcher que le personnel à la base des problèmes puisse aller commettre les mêmes actes dans d’autres organisations caritatives.  OXFAM, qui compte quelque 10 000 personnes travaillant dans plus de 90 pays, a déclaré vouloir être « aussi transparent que possible » sur ses activités, après la controverse qui a forcé au retrait son directeur en Haïti, Roland van Hauwermeiren, et provoqué la démission du directeur exécutif d’OXFAM, Penny Lawrence.  Le problème, cependant, est que des pages du document, à partir de 2011, sont effacés pour cacher l’identité de certaines personnes, y compris celles traitant des forfaits des trois hommes accusés d’agressions contre des témoins.

La réunion prévue vendredi entre le ministre de la Planification, Aviol Fleurant, et des représentants d’OXFAM autour des accusations d’exploitations sexuelles dont font l’objet des employés de l’ONG, a été reportée à la semaine prochaine, selon une source gouvernementale.  Une enquête devrait bientôt être lancée, annonce un officiel à la presse étrangère.  Un article du journal The Times a révélé la semaine dernière que des “travailleurs humanitaires”, venus soi-disant apporter de l’aide, auraient recouru aux services de prostituées supposément mineures, dans le cadre d’un vaste scandale sexuel en Haïti, au lendemain du tremblement de terre de 2010.

 

La Commission européenne menacerait de couper les financements d’OXFAM, appelant l’organisation à « faire toute la lumière » sur l’implication de ses membres dan ce scandale.  L’État haïtien tient à faire toute la lumière sur cette question et à trouver les responsables, ceux qui sont impliqués dans cette affaire et que, s’ils sont trouvés coupables, soient punis conformément à la justice” a déclaré le ministre haïtien des Affaires étrangères, Antonio Rodrigue.  Beaucoup de secteurs sont pessimistes, quant à l‘espoir que justice soit faite, surtout quand ce sont des étrangers qui sont mis en cause, que ce soit dans des dossiers de détournements de fonds ou d’abus sexuels.

 

Les révélations sur le scandale sexuel d’OXFAM pourrait avoir un effet boule de neige.  Save The Children publie un rapport « accablant » révélant que 23 organisations humanitaires, de maintien de la paix et de sécurité ont abusé des enfants en Haïti, en Côte-d’Ivoire et au Soudan-du-Sud.  Des enfants de 6 ans ont été forcés à des rapports sexuels par des travailleurs humanitaires, en échange de nourriture.  Le rapport révèle, en plus, qu’OXFAM et les autres agences d’aides humanitaires ont été informés de ces viols et de ces exploitations sexuelles, il y a dix ans.  L’information a été relayée par le journal britannique The Independent qui transmet l’inquiétude exprimée dans le rapport : « Chaque organisme est menacé par ce problème … les efforts actuels pour protéger les enfants de l’exploitation et des abus sexuels sont inadéquats ».  Plusieurs formes d’exploitations sexuelles ont été énumérées par le rapport, y compris le viol, la prostitution, la pornographie, l’esclavage sexuel, les agressions et la traite, selon les témoignages des victimes.  Une mineure de 15 ans a raconté que des travailleurs humanitaires lui ont offert 2 livres sterling pour des rapports sexuels.  « Les hommes m’appellent dans les rues et ils me demandent d’aller avec eux », a déclaré une autre Haïtienne.  « Ils font cela à toutes les jeunes filles », a-t-elle déclaré.  Plusieurs autres victimes ont aussi livré le récit de leur drame contre des « travailleurs humanitaires ».  Une fille de six ans a déclaré avoir été abusée par un « employé d’ONG » après avoir reçu un dollar.  Ce viol lui a causé plusieurs séquelles physiques.  Des garçons, comme elle, avaient été également violés, selon les propos de la jeune fille.  Mme Csaky qui est une conseillère mondiale en développement et ne travaille plus à Save The Children dit que l’organisation de bienfaisance recevait des rapports « anecdotiques » des exploitations sexuelles sur le terrain. « La chose la plus importante que vous puissiez faire pour empêcher cela est d’investir dans ces communautés », a-t-elle déclaré à The Independent.  Corinna Csaky dit avoir été surprise de voir comment ce phénomène affecte toutes les ONG.  Elle refuse de dévoiler le nom des 23 organisations impliquées, mais affirme qu’elles faisaient partie du « spectre complet ».      « Nous avons organisé des événements pour parler de ces questions et des solutions où tous ces donateurs et exécutants faisaient partie de ces conversations », a-t-elle ajouté, affirmant que le rapport a suscité des réunions et des réformes au sein de l’ONU.

Emmanuel Saintus

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