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Un marché de plus incendié

Un incendie a dévasté le Marché en fer, l’un des plus emblématiques marchés publics de Port-au-Prince, dans la nuit du 12 au 13 février 2018. Les dégâts, selon les premières évaluations sommaires, sont considérables. Les flammes de l’incendie ont endommagé plus de 60 % de sa partie sud et emporté avec elles les marchandises de nombreux petits commerçants sombrant maintenant dans la douleur et dans les pleurs. Si dans la tête et aux yeux de plusieurs, l’incendie serait d’origine criminelle ou encore politique, ceci n’est pas une information confirmée par Maarten Boute, Président de la DIGICEL, la compagnie ayant financé, à hauteur de 18 millions de dollars américains, la totalité de la reconstruction du marché, entre 2010 et 2011.

Le Président-Directeur-Général de la compagnie de téléphonie mobile, DIGICEL, privilégie la thèse accidentelle, en ce qui concerne l’incendie du marché Hyppolite, communément appelé, Marché en fer, survenu dans la nuit du 12 au 13 février dernier. En effet, Maarten Boute estime que le feu aurait probablement démarré en dehors du Marché où l’on brûlait des immondices. Les forts vents qui soufflaient sur Port-au-Prince cette nuit-là seraient à la base de la propagation du feu dans les étals des marchands, veut-il croire. En ce sens, le chairman de la DIGICEL dénonce l’incapacité de l’État haïtien à faire bonne gestion de cet édifice historique dont la réhabilitation après le séisme de janvier 2010 a coûté 18 millions de dollars américains à la compagnie. Déplorant le fait que le marché Hyppolite ne soit pas assuré, monsieur Boute révèle que les assureurs ne veulent pas prendre de risque, à cause de l’espace environnemental de l’édifice commercial et du caractère répétitif des incendies de marchés publics en Haïti. Plus loin, il précise qu’une contribution de la DIGICEL pour reconstruire le marché en fer n’est pas d’actualité pour l’instant. Le mardi 13 février 2018, le Président de la République, Jovenel Moïse, accompagné du Premier Ministre, Dr Jack Guy Lafontant, et des membres du gouvernement, a effectué, une visite de solidarité aux marchands et marchandes, victimes de l’incendie.

 

Le Président Jovenel Moïse qui a voulu s’enquérir personnellement de l’étendue des dégâts enregistrés à l’occasion de ce drame, a annoncé la création d’une commission interministérielle qui devra rapidement inventorier le nombre de commerçants victimes, afin d’assurer leur prise en charge. Des instructions ont été passées au chef du gouvernement en vue de l’octroi d’une allocation mensuelle aux victimes, à travers le ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST) et de la Caisse d’Assistance Sociale (CAS), en attendant de prendre des mesures plus concrètes, en vue de l’obtention de prêts à des taux préférentiels aux victimes. Par ailleurs, Jovenel Moïse a demandé au ministre de la Justice, au commissaire du gouvernement de Port-au-Prince et à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) de diligenter une enquête sur l’origine de l’incendie. « Si l’incident survient de manière accidentelle, on n’aura aucun problème et on prendra nos responsabilités. Si cela est d’origine criminelle, les coupables, exécutants ou auteurs intellectuels, doivent payer. Je veux m’adresser à ceux qui ont des mauvaises intentions dans ce pays. Je veux leur dire que dans l’Haïti que nous voulons construire, on ne peut pas accepter qu’un individu ou un groupe d’individus fasse souffrir une majorité », a-t-il fait savoir.

 

Plus d’une centaine de marchands du Marché en fer ont manifesté mardi matin peu de temps après que le feu ait ravagé une partie du marché dans la nuit du 12 au 13 février 2018. La manifestation a démarré alors qu’une pelleteuse de la mairie commençait à nettoyer les lieux. « On na pas encore fini d’éteindre le feu qu’ils ont commencé à nettoyer, c’est une façon pour effacer les traces de nos pertes », crie une marchande. Kitsbert Jean-Baptiste regrette qu’aucun constat légal n’ait été fait avant toute autre démarche. « Aucune autorité ne nous a encore rendu visite », s’insurge ce jeune vendeur de téléphones portables. Selon la plupart des marchands arrivés sur place après le sinistre, il s’agit d’un incendie criminel. Des restes de plusieurs lots de pneus enflammés ont été vus à côté du marché. « On ne vend pas de pneus ici », a craché un marchand. Hier soir, j’ai laissé très tard et il n’y avait pas ces pneus ici, a renchéri une autre.

 

Les victimes de l’incendie survenu au Marché en fer sont au nombre de 600 environ, selon Maridza Saint-Dic, responsable du marché. « Il y a 477 étalages numérotés et environ une centaine d’autres qui ne sont pas numérotés », a-t-elle expliqué. Construit originellement à la fin du 19e siècle, ce marché a été inauguré en 1891 par le président Florvil Hyppolite. Arrivé de Paris en pièces détachées en Haïti, il a été assemblé sur place. Le Marché en fer qui tire son nom du matériau qui constitue son ossature, est aussi dénommé Marché Vallières ou Marché Hyppolite. Après sa reconstruction par la DIGICEL, il a été rebaptisé « le Marché en fer SAM » et était devenu une société anonyme mixte. La DIGICEL détient la majorité des parts et s’occupe de la gestion de l’édifice.

 

Le Marché en fer a été reconstruit à l’identique par Denis O’Brien, patron de la DIGICEL, pour la somme de 18 millions de dollars, un an après le tremblement de terre de janvier 2010. Il devait représenter le renouveau du centre-ville de Port-au-Prince, lors de son inauguration en 2011 en présence de Bill Clinton et d’une brochette d’invités. Après des années de vaches maigres, le Marché était redevenu une attraction touristique et un des plus beaux Marchés du pays.

 

Altidor Jean Hervé

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