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L’État, seul importateur de produits pétroliers

En Conseil des ministres en date du 10 janvier 2018, le gouvernement haïtien accorde au Bureau de Monétisation des Programmes d’Aide au Développement (BMPAD), le monopole de l’importation des produits dérivés du pétrole. L’Exécutif a décidé d’accorder l’exclusivité de l’importation de mazout, d’asphalte, de butane et d’autres produits du même genre, ceux conditionnés en bombe aérosol au BMPAD. La résolution a été publiée dans le journal Le Moniteur du vendredi 12 janvier 2018. Le gouvernement sollicite une grande quantité d’asphalte dans le cadre du programme de la Caravane du Changement. Le ministre des Travaux publics, Fritz Caillot, a fait état des difficultés de l’État, au cours des dernières semaines, pour s’approvisionner en asphalte. Selon la résolution, les commandes seront effectuées dans le cadre d’un processus ouvert à tous les opérateurs, conformément à la loi. Le ministère de l’Économie et des Finances devra, au cours des six (6) prochains mois, adopter les mesures appropriées, en vue de la mise en œuvre des dispositions concernant le gaz naturel. Le Bureau de Monétisation des Programmes d’Aide au Développement (BMPAD) est autorisé à centraliser les opérations liées à l’importation des produits et dérivés du pétrole ainsi que ceux liés au gaz naturel.

Le gouvernement juge qu’il « est impérieux de prendre toutes les mesures pouvant contribuer à l’amélioration des conditions de vie de la population, à cause du caractère stratégique des produits et dérivés du pétrole, ainsi que ceux liés aux gaz naturels ». Selon les autorités haïtiennes, « il est du devoir du gouvernement de s’assurer de la disponibilité, en tout temps, des produits pétroliers, leurs dérivés ainsi que ceux liés aux gaz naturels non conditionnés en bombe aérosol, et ce, sur l’ensemble du territoire national ». Tout a commencé par une décision de l’État haïtien d’acheter de l’asphalte. Une commande de 500 000 gallons d’asphalte a été placée à l’étranger. Le coût du gallon est de 1,85 dollar, contre les 3,85 payé à Total pour l’acquisition de 100 000 gallons d’asphalte, quelques mois auparavant. Le président Jovenel Moïse est entré dans une colère noire quand le fournisseur étranger a décidé de rembourser l’argent de la commande, tandis que les compagnies de construction ont pu faire entrer de l’asphalte sur le territoire, a longuement expliqué au journal, le ministre des TPTC, l’ingénieur Fritz Caillot, lors d’une interview, le lundi 5 février 2018.

Après cet incident, en Conseil des ministres, une résolution a été prise pour que seul l’État commande les produits dérivés du pétrole, a confié le ministre des TPTC, l’ingénieur Fritz Caillot. L’État ne peut pas empêcher les particuliers d’importer des produits dérivés du pétrole, a-t-il dit, soulignant que l’État doit créer des conditions pour favoriser les affaires. Rien n’empêche que l’État, sous Jovenel Moïse, décide de s’octroyer le monopole de l’importation sur d’autres produits de consommation de masse.
Cette décision de l’administration Moïse-Lafontant est « dangereuse », a pesté un homme d’affaires haïtien, interrogé par le journal. « Haïti est un pays communiste ou quoi ? Est-ce que nous sommes revenus au temps des magasins de l’État ?», s’est-il demandé. Un autre homme d’affaires a indiqué au journal que la consommation annuelle d’asphalte ne dépassait pas un million de gallons. Pour une entreprise comme Total, un stock peut s’écouler sur plus d’un an. Il faut stocker l’asphalte, le chauffer. Cela a un coût, a-t-il expliqué, soulignant que la marge au gallon n’indique pas la rentabilité sur la vente de l’asphalte. La politique des prix administrés sur la gazoline, le gasoil, le kérosène, marche à peu près. Cependant, imposer, sans discussions, sans écouter, ces nouvelles dispositions, crée de la crispation sur le marché où beaucoup d’acteurs ne font pas confiance à l’État. Cette mesure prise pour les produits pétroliers et leurs dérivés peut être prise un bon matin pour la farine, le riz. Ce n’est pas un bon signal envoyé au marché, a insisté cet homme d’affaires.
Altidor Jean Hervé

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