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Le Rapport PetroCaribe fait des remous

La semaine dernière, le vote en catimini au Sénat d’une résolution demandant au Grand Corps de transférer le dossier PetroCaribe à la Cour supérieure des Comptes via l’Exécutif, ne signifie pas la fin de l’histoire. Le rapport n’appartient plus au Parlement car le peuple haïtien s’en est déjà approprié, a indiqué le Dr Schiller A. Louidor, de la Table de l’opposition démocratique. Le dirigeant de Fanmi Lavalas a soutenu que les parlementaires ont été monnayés pour faire ce qu’il appelle «le sale boulot». Il pointe aussi directement du doigt, le président du Grand Corps, le sénateur Joseph Lambert qui, a-t-il dit, est prêt à tout pour conserver son immunité parlementaire, et c’est pour cela, renchérit-il, que l’élu du Sud-Est a «servi la tête basse» les anciens présidents René Préval et aujourd’hui, Jovenel Moïse. Ce dernier, ajoute-il, épinglé dans le rapport PetroCaribe, est un président inculpé qui n’a aucune légitimité pour décider de l’avenir du dossier. Il est entouré de corrompus et est, lui aussi, un corrompu, a pesté le Dr Louidor qui invite les citoyens à continuer à assumer leurs responsabilités dans le dossier PetroCaribe.

Le secrétaire général du Conseil des ministres qualifie de sage, la décision prise par la majorité gouvernementale, de transférer à la Cour supérieure des comptes le dossier PetroCaribe. Pour Rénald Lubérice, par la résolution prise le 1er février, le bloc majoritaire n’a fait que dépolitiser cette affaire relative à la dépense des fonds publics. Alors que des critiques pleuvent sur cette séance réalisée «en catimini» pour trancher, en l’absence des sénateurs de l’Opposition, le politologue regrette que certaines gens n’évoquent l’autonomie du Sénat que quand une décision ait été prise en leur faveur. Rénald Lubérice souligne la constance du Grand Corps qui, seul, peut décider sur un dossier quelconque sans être téléguidé par une entité extérieure, même l’Exécutif, par exemple. «La question de la gestion des fonds PetroCaribe est fondamentale et exige un traitement sérieux» affirme monsieur Lubérice, arguant que le Sénat de la République, en tant qu’institution éminemment politique, ne devrait pas se saisir d’une telle affaire.

Pour essayer de prouver le côté partisan du travail réalisé par les sénateurs Évalière Beauplan, Antonio Chéramy, Nénel Cassy, entre autres, le secrétaire d’État au Conseil des ministres avance le fait que la période Privert n’ait pas été prise en compte dans l’enquête menée sur huit années gouvernance, soit de 2008 à 2016. «Pourquoi l’administration de Jocelerme Privert n’est pas prise en compte par les enquêteurs, alors que cette dernière avait signé des résolutions dans le cadre de PetroCaribe», s’interroge Rénald Lubérice qui croit dur comme fer que le rapport-Beauplan protège inexorablement une personne ou un groupe de personnes.

De son côté, le président de la République, Jovenel Moïse, dit relever « plus de 50 gros mensonges » dans le rapport d’enquête de la Commission éthique et anti-corruption du Sénat sur le programme PetroCaribe dont une bonne partie des fonds a été dilapidée, selon les données de l’enquête parlementaire. Le chef de l’État a fait cette déclaration à la presse, à l’occasion d’un discours-bilan sur la première année de son mandat (7 février 2017-7 février 2018). Moïse n’a pourtant donné aucun détail sur les mensonges qu’il a soulignés dans le document qui serait préparé, selon lui, par un groupe de l’opposition qui réclame son départ dans les rues, au mépris des principes constitutionnels. Il assimile, encore une fois, ce rapport à une forme de persécution politique, visant à ternir l’image de citoyennes et citoyens. Tout en rappelant son rôle de garant de la bonne marche des institutions haïtiennes, le chef de l’État promet de protéger chaque citoyenne et citoyen envers et contre tous, jusqu’à la fin de son mandat.

Intervenant sur le transfert du document à la Cour supérieure des Comptes et du Contentieux administratifs (CSC/CA), il rappelle qu’il n’est mentionné nulle part dans la Constitution que le Parlement a la prérogative de monter un dossier pareil, puis de l’envoyer à la Justice. « Oui, il y en a eu » lance, tout de go, Michel Martelly au présentateur de la TNH, Seginho Lindor, qui lui a demandé s’il y a eu ou non du vol, selon lui, dans la gestion des fonds PetroCaribe. L’ancien président et lead vocal du groupe Sweet Micky est très présent ces derniers temps dans les médias, après son exclusion du carnaval des Gonaïves et de Jacmel. « Pour ce qui se passe dans le dossier PetroCaribe, je suis sûr qu’il y a des gens qui ont volé, que ce soit au niveau de l’État ou au niveau du secteur privé », a lancé l’ancien président à la TNH. Le chanteur, dont les propos sont rapportés au Nouvelliste, veut que les coupables soient jugés, mais sans aucune manœuvre politique. En ce sens, Michel Martelly prolonge les propos de son successeur, Jovenel Moïse, qui a, plusieurs fois, rejeté le rapport PetroCaribe édité par certains parlementaires de l’opposition. Selon lui, le Parlement qui est une instance politique n’est pas en mesure de traquer les dilapidateurs de ces fonds. Michel Martelly qualifie de « tractations » les accusations du rapport d’Évalière Beauplan. Il croit qu’il est plutôt du devoir des institutions telles que l’ULCC et l’UCREF, de faire la lumière sur cette affaire. Par ailleurs, l’ancien président reproche aux parlementaires de ne pas avoir assez de preuves pour justifier les accusations portées contre lui et son ancienne administration.
Emmanuel Saintus

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