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Tickets pour l’enfer, en pays voisin

Jean Edmond et Jean Louis Dorélus, deux frères d’origine haïtienne, respectivement âgés de 20 et 22 ans, ont été assassinés, le 20 janvier 2018, à Las Matas de Farfán, une municipalité située dans la province de San Juan, en République Dominicaine. Un autre ressortissant haïtien dénommé Johnny Riché a été, pour sa part, grièvement blessé par balles le même jour, a rapporté Rigard Orbé, responsable de plaidoyer du GARR, à Belladère. Originaires de Lascahobas (Centre), les victimes étaient accompagnées de trois autres ressortissants haïtiens qui étaient en train de chercher du travail sur le territoire dominicain. Un fermier dominicain leur a proposé d’aller travailler dans sa plantation, à raison de 640 pesos pour une journée. À la fin de la journée, l’argent promis aux travailleurs agricoles haïtiens leur a été refusé, ce qui a provoqué une vive altercation entre le Dominicain et les Haïtiens. Selon les témoignages de Serge Edmond, responsable de l’Organisation pour le Développement du Peuple Haïtien Uni en République Dominicaine (ODPHURD), le fils du fermier qui était présent leur a tiré dessus. Jean Edmond et Jean Louis Dorélus ont été tués sur le coup. Johnny Riché a été grièvement blessé. Les deux autres ressortissants haïtiens se sont échappés de justesse. Les cadavres des deux frères haïtiens qui ont été rapatriés le 25 janvier 2018, se trouvent maintenant dans une morgue privée à Lascahobas. Pour sa part, Johnny Riché est admis à un centre hospitalier de cette même commune frontalière pour se faire soigner, selon la même source. Au cours d’un entretien avec le GARR, Gérard Dorélus, père des travailleurs agricoles haïtiens lâchement assassinés, a condamné énergiquement cet acte barbare, perpétré à l’encontre de ses fils. Il réclame justice et reparation.

D’autre part, de nouveaux foyers de grippes aviaires ont été découverts dans le nord-ouest de la République Dominicaine, en novembre dernier. Une nouvelle inquiétante pour Haïti qui continue d’importer des produits avicoles chez le pays voisin, malgré l’arrêté publié en 2006. Cet arrêté interdit toute importation d’œufs et de poulets de chair qui sont actuellement très consommés dans le pays. L’incapacité des autorités haïtiennes de faire appliquer les strictes mesures prévues par l’arrêté de 2006 profite aux contrebandiers qui font passer des produits avicoles alors que des foyers de grippes aviaires ont été découverts en 2008, en République Dominicaine. Le responsable de la direction santé animale au ministère de l’Agriculture, dans un entretien accordé au Nouvelliste, se plaint des dérives. « Les autorités dominicaines avaient assuré que les volailles des foyers contaminés ont été abattus » a affirmé Norélus Pierre qui trouve que ces mesures sont insuffisantes. À son avis, les autorités dominicaines ont manifesté la volonté de voir cesser ces interdictions, mais croit qu’elles sont acceptables. « Une fois qu’un foyer de grippe aviaire est découvert dans un pays, ses partenaires commerciaux doivent cesser toute importation de produits avicoles en provenance de ce pays » a fait savoir l’agronome Norélus Pierre. Il dit craindre une éventuelle propagation de la grippe aviaire en Haïti qui, selon lui, causerait préjudice aux producteurs haïtiens. Les éleveurs haïtiens produisent au moins 1 million 450 poulets de chair tous les mois contre un besoin de consommation de l’ordre de 7,5 millions tous les mois, toujours selon les chiffres du ministère de l’Agriculture. Cette même source rapporte qu’Haïti consomme au moins 411 millions d’œufs par année. Les producteurs locaux n’en produisent que 30%. La plus grande marge est laissée aux États-Unis, au Brésil et au Canada. Mais, l’importation la plus inquiétante provient de la contrebande qui s’opère au quotidien sur la frontière avec la République Dominicaine.
Tout ceci laisse croire que la terre de l’est est loin d’être le paradis que les Haïtiens cherchent tant en fuyant le pays car, à côté des miettes de bonne nouvelle qu’ils reçoivent, les gigantesques maux qu’ils rencontrent ne sont que des tickets pour l’enfer.

Saintus Emmanuel

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