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Départs massifs et déportations, les restants de la migration

Plus de 10 000 sans-papiers haïtiens ont été appréhendés par les membres de l’Unité chargée de la sécurité frontalière terrestre (CESFRONT) et de l’armée dominicaine, puis remis aux autorités migratoires, alors qu’ils tentaient de s’installer illégalement de l’autre côté de l’île, après avoir traversé la frontière. Ce vaste coup de filet a eu lieu en l’espace de 10 jours seulement, du 30 décembre 2017 au 9 janvier 2018, selon ce qu’a confié le directeur de la CESFRONT au journal Listin Diario, le général Sugar Frugis Martínez, qui dit travailler 24 heures sur 24 pour contenir cette immigration. Mais, comme un pied-de-nez au système de surveillance frontalière, ces sans-papiers haïtiens ainsi appréhendés ne rencontrent aucune difficulté pour retourner en République dominicaine après avoir été rapatriés en Haïti. Le Listin Diario cite en exemple « des Haïtiens avec un record de sept arrestations », dénonçant un cercle vicieux de l’immigration clandestine pratiquée par Haïti au niveau de la frontière poreuse à souhait.

Le journal dominicain explique que le cycle débute par la poursuite militaire pour aboutir à un retour, plusieurs fois dans la majorité des cas, en toute sécurité sur le territoire dominicain. « La plupart de ces émigrants qui sont arrêtés, lorsqu’ils entrent irrégulièrement dans le pays, ne rencontrent pas de problèmes pour [y] entrer de nouveau, en violation d’une quelconque partie de la frontière. » Le haut gradé a ensuite expliqué au Listin Diario que les Haïtiens, quand ils sont arrêtés, disent aux militaires qu’ils se donnent beaucoup de mal pour rien car ils reviendront, en utilisant tous les moyens pour revenir. Concernant les enfants et les femmes enceintes, ils sont nombreux à traverser la frontière, selon le général Frugis Martínez qui ne dispose pas de statistiques spécifiques. Les «parturientes» haïtiennes préfèrent accoucher en territoire dominicain, parce que les hôpitaux d’Haïti leur font payer beaucoup d’argent, tandis qu’en République dominicaine, elles ne paient rien, rapporte le quotidien dominicain qui a entrepris de recueillir leurs témoignages. Les autorités d’immigration en République dominicaine ont lancé, le mercredi 10 janvier, la deuxième phase du Plan national pour la Régularisation des Étrangers (PNRE). C’est une occasion unique qui s’offre aux étrangers, notamment les Haïtiens, vivant en situation irrégulière dans le pays, pour renouveler ou modifier leur statut d’immigration, selon la Direction Générale des Migrations (DGM). Selon Listin Diario, faisant référence à un communiqué de presse de la DGM, cette étape sera réalisée par régions et progressivement, en commençant par la zone orientale, puis par le sud, le nord puis, le 7 février, la capitale du pays.

Un avion surchargé avec des passagers dans les portes et sur les ailes, c’est ainsi que le caricaturiste du journal Le Nouvelliste présente l’exode des Haïtiens vers le Chili, le Brésil et vers d’autres pays de l’Amérique. Des statistiques indiquent que plus de 150 000 personnes ont fui vers le Chili et le Brésil, en seulement deux ans. La situation est comparable à des pays en guerre ou confrontés à de graves crises économiques. Les migrants ne sont pas uniquement des jeunes, mais également des adultes et des enfants. Dans son discours sur l’état de la nation au Parlement, le chef de l’État, Jovenel Moïse, a évoqué en quelques mots ce dossier. Il a insisté sur la nécessité pour que les jeunes formés jouissent, entre autres, d’une sécurité foncière. Il déplore que ces cadres aillent consolider les économies d’autres nations, de l’Amérique notamment. Les fermetures des frontières américaines et dominicaines ont poussé les migrants haïtiens à regarder vers d’autres horizons. À Port-au-Prince, on ne demande plus la destination d’un migrant. On sait qu’il s’est envolé vers le Chili. Dans les conversations, le départ vers le Chili est utilisé comme une expression. Cette vague de migrants ne semble pas trop émouvoir les autorités et les citoyens qui ont toutefois appelé à des dispositions pour freiner le départ vers l’étranger des jeunes formés.
Emmanuel Saintus

Les autorités d’immigration en République dominicaine ont lancé, le mercredi 10 janvier, la deuxième phase du Plan national pour la Régularisation des Étrangers (PNRE).

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